Une brève histoire du football à Cuba

2012-12-08 04:55:15
Une brève histoire du football à Cuba

La Coupe du Monde de Football Afrique du Sud 2010 a réveillé nouvellement la passion des Cubains pour le plus universel des sports. Certaines classes sont suspendues dans les écoles, le travail s’interrompt dans les bureaux pour regarder un match, un grand nombre de personnes prennent des vacances pour jouir de la compétition à plein temps.  Nonobstant l'équipe de l'île ne prend pas part au tournoi. Alors, pourquoi tant de ferveur ?

Dire Cuba est synonyme de base-ball, de boxe… y compris d’athlétisme, de volley-ball et même de judo. Mais dans le sport des multitudes ce pays caribéen n'occupe pas une place importante, ni même au niveau régional. Si le F.C Barcelone ou le Real de Madrid ont des milliers de fans ici, les clubs locaux sont largement méconnus. Le Championnat National se déroule chaque année sans peines ni gloire, obscurci par la Série Nationale de Base-ball et la Ligue Supérieure de Basket-ball.

L’histoire était bien différente il y a 90 ans. L'effervescence et les résultats du football local sont arrivés à un tel niveau que Cuba a été invité à la Coupe du Monde de France en 1938. Le ballon avait commencé à rouler deux décennies avant…

Le premier match

Bien que la création du football date de 1863, il n'est pas arrivé à Cuba avant 1907, quand Manolo Rodriguez et Raúl Lombardo ont fondé la Football Association de Cuba. De cette même institution est apparu le Sport Club Hatuey, la première équipe organisée dans l'île.

Deux ans plus tard, l'Ecossais William A. Campbell a formé le Club Rovers, pour lequel un terrain de 350 000 mètres carrés a été acquis dans une zone occupée en partie, aujourd'hui, par le Habana Golf Club.

Les deux « onze » ont joué le premier match officiel de l'histoire du football cubain le 11 décembre 1911 dans l'ancien « Campo de Palatino » du quartier havanais El Cerro. Le résultat a été une victoire des Anglo-saxons, un but à zéro. En février 1910 le Hatuey avait dérouté 8-0 des marins anglais dont le bateau mouillait dans le port de La Havane, quelques jours après un match semblable a eu lieu dans la ville de Cienfuegos.

À partir de ce moment la fièvre du but s'est déployée  dans le reste du pays, spécialement à La Havane et dans l'ancienne province de Las Villas (actuellement Villa Clara, Cienfuegos et Sancti Spíritus). Le succès du public est arrivé à un tel point que dans l'Almendares Park de la capitale, les jeux de base-ball ont eu lieu le matin pour programmer les matches de football l'après-midi.

Le rêve d'une Coupe du Monde

Pendant la décennie de 1910 les aficionados ont augmenté, malgré des divergences entre les clubs et, même, une éphémère guerre civile en 1917 et la crise économique postérieure à la Première Guerre Mondiale.

La nouvelle Fédération Cubaine de Balompié, créée en 1916, s’est affiliée à la Fédération Internationale de Football Association (FIFA) en 1925. C’était les années de la splendeur, soutenue fondamentalement par la communauté des émigrants espagnols. Les noms des célèbres équipes de cette époque démontrent l'influence de cette communauté et de leurs descendants, enracinés en sol cubain, malgré la fin de la domination coloniale de Madrid : Euskeria, Iberia, Cataluña…

La Belle Époque a aussi attiré d'importantes équipes de prestige international à La Havane, comme le Real Club Deportivo Español de Barcelone et le Colo Colo du Chili, en 1926, ou le Real Madrid, en août 1927. Durant son court séjour, le fameux club « merengue » a vaincu 2-1 le onze de la Juventud Asturiana.

Le Real Madrid est revenu à Cuba à la fin du mois de juillet 1952. À cette occasion il a joué deux fois et il a obtenu deux victoires, 3-2 et 8-2 contre des équipes d'une éphémère Ligue Professionnelle qui a duré à peine cinq ans, entre 1948 et 1953. Dans ce championnat ont pris part des joueurs d'Argentine, d'Uruguay, du Mexique et d’Haïti.

Mais le zénith du football à Cuba a été sa participation à la Coupe du Monde en France, en 1938, invité suite au boycott des pays d'Amérique Latine. Son début a eu lieu le 5 juin dans le Stade Chapou, de Toulouse, face à la sélection de la Roumanie. Environ 7 000 spectateurs ont assisté à la surprise : un match nul 3-3 obtenu en grande mesure grâce aux prouesses du gardien Benito Carvajales et avec un but d'une des figures mythiques du football national, Juan « Romperredes » Tuñas, qui débutait à l’age de 16 ans.

Les deux équipes se sont nouvellement rencontrées le 9 juin et cette fois la victoire a souri aux Cubains 2-1. C’était la première victoire d’un pays caribéen dans une Coupe du Monde.

Épuisés par les deux matchs, les Cubains ont affronté la Suède le 12 juin dans le Stade Fort Carrée, d'Antibes. Là, ils ont été écrasé 8-0 et ils ont conclu leur unique incursion dans ces rendez-vous mondiaux avec une digne septième place parmi 15 nations, même au-dessus de la France.

La dernière étincelle du onze cubain dans l’arène internationale a eu lieu lors des Jeux Olympiques de Montréal 1976, quand il a obtenu un surprenant 0-0 face à la Pologne, qui avait terminée troisième de la Coupe du Monde en Allemagne deux ans auparavant. Lors des Olympiades de Moscou 1980, l'île a battu la Zambie 1-0 et elle a fait ses adieux à ces rendez-vous estivaux, au moins jusqu'à aujourd’hui.

En attendant le grand jour de voir son équipe dans une Coupe du Monde, les Cubains partagent leurs préférences entre le Brésil, l'Argentine, l'Espagne ou d'autres plus éloignés, comme l'Allemagne, la Hollande et la France. Et jusqu'au 11 juillet, le plus beau sport du monde remplira d’anxiété et d’émotions les maisons et les rues de Cuba, où les enfants rêvent de mettrent des buts comme Messi.

Habana XXI

Habana XXI s’efforce de retranscrire, que ce soit par l’image, le son, ou l’écrit, la vie quotidienne de La Havane et de Cuba à un public hétéroclite, curieux, intéressé, souvent non résidents. Toujours en dehors des grands débats politiques, économiques ou des thèmes couramment traités par les médias officiels, Habana XXI souhaite au contraire faire témoigner les Cubains de tous les jours, la société dans son organisation actuelle, à travers des lieux, des traditions, des expressions culturelles parfois méconnues. Habana XXI privilégie la chronique comme mode d’expression,  pour sa forme plus humaine, plus proche des réalités de l’île. Prédomine donc la « première personne » dans les témoignages, exprimant ainsi une expérience vécue représentative de la Cuba du XIXe siècle. Habana XXI sur Youtube. 

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