Une parcelle de la France à La Havane

2017-05-24 16:05:28
Luna Valdés
Une parcelle de la France à La Havane

 

Le Musée des arts décoratifs de La Havane montre d’importantes pièces venues de France, d’Italie, d’Angleterre, de Chine, du Japon et de l’Inde.

Par Luna Valdés

Tel un énorme coffre contenant bien à l'abri des pièces d'une valeur incalculable, cette  île des Caraïbes garde jalousement de nombreux trésors.  Fort heureusement pour les habitants et les visiteurs, une partie de l’histoire est contée à travers ces objets.

Et quand il s'agit d'apprécier des trésors, les musées sont par excellence les espaces destinés à préserver le patrimoine, les biens de famille et autres objets de valeur. En ce sens, le Musée national des arts décoratifs de La Havane, inauguré le 24 juillet 1964 par le célèbre écrivain Alejo Carpentier, conserve jalousement une partie de l’histoire des arts qui permet de mieux connaître  et d'évoquer d’autres époques depuis Cuba.

Une demeure, un joyau

Le siège actuel du musée, une demeure située à l’angle des rues 17 et D, dans le quartier du Vedado, est en soi un chef-d'œuvre. Construite de 1924 à 1927, le projet fut conçu à Paris par les architectes français P. Virad et M. Destugue, sous la direction de l’architecte cubain Alberto Camacho.

La décoration fut confiée à la maison Jansen de Paris. L’acajou fut le seul matériau cubain utilisé pour les portes et les fenêtres. Tous les autres matériaux furent importés de France, d’Italie et de Belgique.

Cette demeure appartenait à la famille Gómez Mena, une des plus influentes de l’époque. Sa propriétaire plus importante fut sans aucun doute Maria Luisa Gómez Mena, qui fit un mariage de convenance avec l’Espagnol Agapito Cagiga, comte de Revilla Camargo. Elle s'installa dans la demeure dix ans après sa construction, lorsque le premier propriétaire, son frère José, s’en alla vivre ailleurs, à La Havane.

Selon les dires de l'époque,  Maria Luisa était une femme excentrique, habituée au luxe et à l’ostentation, de là ses richesses et sa fortune. Elle réussit à rassembler des pièces d’arts décoratifs du monde entier. Cette importante collection comprend des objets apportés, entre autres, de France, d’Italie, d’Angleterre, de Chine, du Japon et de l’Inde.

Les trésors de la comtesse

Le musée compte actuellement près de 33 000 pièces, dont des meubles, de la vaisselle, des lampes, des sculptures. Certaines ont appartenu à d’importantes personnalités des règnes de Napoléon III, Louis XV et Louis XVI : objets avec des ornements  en ivoire, en nacre, en pierre dure, en os, en malachite, ainsi que des éventails, des cannes, de la lingerie, des tableaux, des tapis et d’autres objets d’une valeur incalculable.

On y trouve aussi des objets de différentes époques de l’art français de siècles antérieurs : une horloge de Caffieri, dont le mécanisme fut mis au point par Martinot, l'horloger de Louis XV, roi de France, ainsi que des porcelaines de Sèvres, de Paris, de Chantilly et de Limoges ; des commodes de style Transition, des XVIIIe et XIXe siècles et de style rococo, dont une réalisée  par Simoneau pour le château de Sceaux. Les murs de la salle principale sont recouverts de boiseries. Les meubles sont décorés de nacre. On peut aussi admirer des porcelaines de Jacob Petit et des pièces de René Lalique, entre autres.

Pour mieux apprécier tous ces objets, la demeure est divisée en différentes salles : la salle principale, la salle des laques orientales, la salle à manger, la salle néoclassique, la salle de Sèvres, le boudoir Second Empire, la salle anglaise, la salle éclectique et celle d’Art Nouveau et d’Art Déco.

Toutefois, un des plus grands trésors est, sans nul doute, un secrétaire confectionné par Henri Riesener et ayant fait partie du mobilier personnel de la reine Marie-Antoinette au palais de Versailles. Selon les spécialistes, ce secrétaire arriva à La Havane au siècle dernier, à la suite d’une vente aux enchères. Aujourd’hui, il est exposé dans la salle néoclassique.

Les éventails de la poétesse

« Une vie d’amour. Collection des éventails de Dulce Maria Loynaz » est le titre donné à l'une des expositions les plus chères au musée. Elle montre les éventails utilisés par Dulce María Loynaz.

Cette exposition compte 94 éventails qui représentent les 94 ans de vie de la poétesse, Prix national de littérature (1987) et Prix Cervantes (1992). Ces éventails ont été sélectionnés, restaurés et conservés. Ils sont d’époques, de styles, de techniques et de matériaux différents. Certains en ivoire, d’autres en nacre ou incrustés d’or et de pierres précieuses ; il y en a même en dentelle ou reproduisant des œuvres d’art…

Signés par des artistes tels que Madeleine Lemaire, peintre française du XIXe s., ou Vernis Martin, du XVIIIe s., certains exemplaires ont appartenu à des familles de l’aristocratie cubaine et furent récupérés par Dulce Maria et sa famille au fil des ans.

La collection de Dulce Maria Loynaz compte plus de trois cents éventails, mais il semble qu'elle ne les utilisa que rarement. L’objectif de sa collection relevait uniquement du simple plaisir de posséder ces petites œuvres d’art que le public pourra admirer lors d’une visite au Musée des arts décoratifs de La Havane.

A propos, l’Alliance française et l’ambassade de France ont organisé une visite guidée, dans le cadre de la deuxième édition du mois de la culture française à Cuba, pour apprécier toutes les pièces d’origine française.

Habana XXI

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