Vision française de Cuba


Ph


Ubi France, agence française pour le développement international des entreprises a proposé le 25 mai dernier à Paris une conférence sur Cuba, marché stratégique dans la Caraïbe.

L’occasion pour l’ambassadeur de France à Cuba, son excellence Jean Mendelson, d’ouvrir les débats en introduction de cette après midi économique.

« Tout change et rien ne change. »

Monsieur Mendelson, en poste à la Havane depuis 6 mois expliqua pouvoir constater une certaine évolution de la rue mais une générale stabilité au demeurant dans les grands axes de la vie politique…

Propos typiquement diplomatiques, presque normands, notre ambassadeur précisa toutefois combien l’année 2011 marquée par le VIème congrès du parti communiste cubain laisserait apparaître une évolution certaine.

Pourtant, ce congrès selon lui ne correspondait pas réellement à ce que la presse internationale a bien voulu présenter. « Il stabilise et formalise une évolution prévue depuis longtemps », précisa t il, « l’objectif est clair mais on prend tous les moyens pour ne rien faire dérailler. »

Car apparemment, l’évolution est prudente et contrôlée mais irréversible.

Ouverture – Contrôle – Irréversibilité

Monsieur Mendelson expliqua combien les carences étaient apparentes dans le système économique et social en place depuis plus de 50 ans principalement le caractère hypertrophique du service public avec des salariés de l’Etat en surnombre. Selon lui, le gouvernement cubain semble par conséquent vouloir accepter que les personnes puissent travailler à leur compte puisque cette évolution était obligatoire, mais non pas pour les secteurs clefs de l’économie.

La nouveauté est donc dans le fait de permettre à la société cubaine de tisser des relations avec l’Individu. OUI, l’Etat a la volonté de permettre des initiatives individuelles… toutefois en les contrôlant.

Dans cet état d’esprit nouveau et puisque c’était le but de la réunion, notre ambassadeur confirma que le contexte bilatéral franco-cubain était très favorable, les accords de coopération en nombre et les possibilités économiques françaises intéressantes.

Une société particulière

Il précisa ensuite les particularités de la société cubaine, auxquelles tout investisseur devait s’intéresser avant même des projets d’implantation.

En effet, la population intellectuellement très formée mais sans réelle culture du travail apparaît comme l’une des caractéristiques importantes de Cuba.

On a affaire à un marxisme très spécifique tendance Paul Lafargue (!). Autant dire qu’aucun modèle actuel ou passé ne pourrait aider dans la compréhension de l’évolution attendue, pas même le modèle chinois. « Attention aux raccourcis de comparaison trop facile ! » précisa-t-il.

Puis une ambiance de sécurité qui protège vraiment les étrangers, mais hélas, sauf dans le domaine juridique. Il fut cité en exemple l’Alliance Française de Cuba, l’une des plus actives au monde, mais sans statut juridique officiel.

Une « r-évolution » qui lui est propre

Monsieur Mendelson évoqua ensuite les quatre éléments qui font penser que Cuba vit actuellement une évolution bien différente des révolutions au Machrek et au Maghreb et que de ce fait, il était impensable d’assimiler l’évolution cubaine actuelle aux révolutions orientales tant les écarts entre Cuba et ces pays est grand.

D’abord parce que l’île doit faire face à d’importants problèmes démographiques qui lui sont propres : une population vieillissante et une jeunesse qui s’exile. Ensuite parce que c’est une réalité que de dire qu’à Cuba, personne ne souffre actuellement du manque de travail même si on trouve étonnamment plus de violoncellistes que de plombiers (!). De même il précisa que nul à Cuba ne pouvait soupçonner une corruption à l'échelle de celle que dénonçaient chez leurs dirigeants les peuples tunisien ou égyptien et enfin l’absence de lien créé par Internet avec le reste de monde est aussi une des particularités de la société cubaine.

Notre ambassadeur conclut son intervention par l’exposé de son sentiment personnel de vivre des changements historiques dans un pays exceptionnel.

Il rassura les investisseurs potentiels en expliquant que l’économie cubaine ne pouvait faire autrement que de se moderniser. Cette évolution passerait par un objectif de convergence entre les deux monnaies nationales (actuellement de 1 à 25) et par l’accroissement des niveaux de productivité qui devraient permettre de contrecarrer les difficultés démographiques.