Voyage en « guagua » (prononcer « wawa »)…



Les guides conseillent en général de ne pas prendre le bus, sauf pour le visiteur en quête de sensations fortes. C’estvrai que c’est souvent le parcours du combattant, un moment de sport dans des journées déjà chargées. Cependant, ne jamais le prendre, même une seule fois, serait dommage parce qu’on perd une expérience à 100% cubaine, là-dessus pas de doute. Deux qualités nécessaires: de la patience et de l’humour.

En quelques points, voici une présentation des bus cubains.

Photo : Kaloian

Par: F. Buzzy

Etat: parfois troué, les vitres bloquées, avec des graffitis, déclarations d’amour ou d’amitié, le coin du chauffeur décoré d’un ou de plusieurs drapeaux, de peluches, d’auto-collants aux messages humoristiques, de babioles en tout genre. Généralement, ce sont des bus chinois qui assurent les lignes régulières de La Havane. Les bus des entretreprises sont plus hétéroclites, souvent d’occasion: bus jaunes qui ont servi au ramassage scolaire du Québec, des autocars ayant roulé dans les grandes villes espagnoles, des bus « Girón » assemblés à Cuba…

L’attente: le temps n’estpas le même qu’en France. Pour certaines lignes très mal desservies, l’attente peut être longue jusqu’à une heure trente facilement. On entend alors la phrase mythique « el P4 (nom d’une des pires lignes) está en candela ». Expression intraduisible, qui en substance, signifie que la ligne est catastrophique… ou encore « está perdido »: « il ne passe jamais ».

Le matin les bus passent à peu près à la même heure tous les jours. Mais au fil de la journée, les contre-temps s’accumulent: arrêts des chauffeurs pour boire un coup et manger rapidement, panne ou autres, et c’est vite la cohue. Alors il, faut s’armer de patience et profiter qu’il ne pleuve pas (pour cette fois). Ils finissent toujours par passer.

La musique: les chauffeurs ont trouvé le moyen de rendre le voyage agréable en proposant une large gamme de musique cubaine (la plupart du temps) pour leurs passagers. Il est donc courrant d’entrendre de la salsa, du reggaetón, de la trova ou de la bachata (surtout le dimanche et dans le P5 ou le 27). D’autres fois la radio fera l’affaire. Ainsi, vous pourrez voir les Cubains de 7 à 77 ans chanter ensemble un air commun. Si le chauffeur n’est pas d’humeur musicale, des jeunes mettront alors de la musique (ie du reggaetón) sur leurs portables. Une compétition musicale surgit parfois et plusieurs musiques se disputent la première place dans la plus grande cacophonie.

D’ailleurs, les Cubains, qui ont beaucoup d’humour et qui aiment rire de leur quotidien, chantent leurs difficultés: écoutez la chanson de reggaeton « P6, P9 » d’Ire Oma qui raconte que le chanteur veut aller à une fête mais le bus ne passe pas.

Les arrêts: les arrêts sont signalés par un panneau, même si parfois les numéros des bus n’y sont pas affichés, et un ou plusieurs bancs, protégés dans certains cas complètent le cadre. Très souvent le bus est tellement bondé que le chauffeur n’a pas d’autre choix que de « sauter » l’arrêt. Il va quand même déposer ses passagers un peu avant ou un peu plus loin. Certains, ceux qui le peuvent, voyant que le bus s’arrête à un pâté de maison trop tôt piquent un sprint. Les bus sont souvent bondés mais leurs chauffeurs estiment toujours qu’ « il y a de la place dans le couloir » ou « c’est vide ».

Les queues: lorsque vous prenez le bus à son arrêt de départ, il faut faire la queue pour monterdans le bus. En ce qui concerne les autres arrêts, il vaut mieux être très décidé pour pouvoir monter. Beaucoup poussent et si le bus est déjà plein alors la lutte devient bien plus acharnée.

Le Prix: dérisoire, 0,40 centimes de CUP. Il est parfoir difficile d’avoir la monnaie alors certaines personnes aux arrêts de bus échangent un peso contre 0,80 centimes. L’autre solution est d’aller faire de la monnaire (pièces de 0,20 centimes) à la banque.

Courtoisie: si vous êtes une femme (peu importe votre âge), il est très probable qu’on vous laisse la place. Si vous êtes une femme enceinte ou avec un enfant, on vous laissera obligatoirement la place. N’importe quel homme vous tendra la main en sortant du bus pour vous aider à descendre. Il est aussi d’usage qu’on vous propose de vous porter votre sac si vous êtes debout et la personne en face assise, que vous soyez homme ou femme.

La patience, mère de ce pays

La notion de temps est différente à Cuba. Une heure en France à faire la queue, ça arrive, de temps en temps, dans les magasins, les veilles de fêtes, aux soldes ou autres. À Cuba, une heure de queue à la banque, à la boucherie, à l’arrêt de bus signifiera voir eu beaucoup de chance.

Grâce à ce moyen de transport, il est pourtant possible de traverser d’un bout à l’autre la capitale, d’aller à la plage à Guanabo en bus. Rares sont les capitales qui offrent, à un prix aussi dérisoire, l’opportunité de se rendre dans n’importe quelle partie de la ville et de sa banlieue.

Bref, on ne peut pas dire que prendre le bus soit de tout repos. Il énerve, surprend, fait transpirer, chanter, rire, courir mais il reste en tout cas le moyen de transport le plus emprunté à Cuba.