“Welcome to el solar de la California” (Bienvenue au squat de Californie)

2015-05-06 14:30:46
“Welcome to el solar de la California” (Bienvenue au squat de Californie)

Lorsque le musicien cubain Isaac Delgado a quitté l'île dans les années 90, ce fut une grande perte pour le pays. En pleine période dite « spéciale », sa salsa – tout comme celle de l'orchestre Los Van Van, la Charanga Habanera, Paulito FG ou encore « El médico » (le médecin) - était une musique qui apaise... comme le calme après la tempête.

Vingt ans plus tard, le changement sur les lois migratoires donnent enfin à l'artiste l'occasion de revenir au pays. Les cubains ne partent plus vers un point de non retour, mais ils « vont et viennent » à présent. Et à Cuba, le « va-et-vient » d'Isaac Delgado fait partie des meilleures nouvelles de l'année 2013. Lors du Havana World Music, il a chanté “El solar de la California” pour la première fois sur une scène cubaine depuis les années 90.

Et c'est comme si l'âme de la nation était guérie.

En el centro de La Habana hay un solar,

el solar de la California,

donde vive un ingeniero y un constructor,

un « ecobio » y un doctor…

[Dans le centre-ville de La Havane, il y a un squat

le squat de Californie

où vivent  un ingénieur et un constructeur

un frère et un docteur…]

Tout comme d'autres grands classiques de la musique cubaine contemporaine, les chansons évoquent souvent la vie quotidienne de l'île par des textes comme celui-ci. Il n'y a pas de meilleur guide que « La Fórmula» (la solution) , «Malecón », « La vida es un carnaval » (la vie est un carnaval)...

On peut penser que, du fait de cette capacité à retranscrire Cuba dans toute sa profondeur, “El solar de la California” est, sans doute, la chanson d'Isaac Delgado la plus populaire pour les cubains.

Si quieres conocer

como es La Habana, andar La Habana,

Centro Habana,

la verdadera Habana…

[Si tu veux connaître

comment est La Havane, parcourir La Havane

le centre-ville de La Havane,

la vraie Havane...] 

Isaac est un homme sympathique et d'une grande douceur. Avec seize albums à son actif et une carrière qui s'étend sur plus de trois décennies, c'est une vrai superstar de la salsa à Cuba et dans le monde latino en général. Surnommé « El Chévere de la Salsa » (le décontracté de la salsa), il attribue son succès à sa manière de se connecter à son public et de faire de la musique «pour le peuple», ce qui a une réelle importance lorsqu'il s'agit de genres dansants et populaires tels que la salsa.

D'après Isaac, «il faut viser les points névralgiques de la vie quotidienne, faire une chronique de la vie urbaine et entonner des refrains populaires».

Selon lui, il n'y a rien d'artificiel dans cet effort. «La plupart des artistes de ce genre musical viennent d'en bas, de la rue, de la communauté.»

Tienes que sentarte en la esquina,

tienes que jugar dominó,

tienes que comer en mi paladar,

tienes que caminar...

[Tu dois d'assoir au coin de la rue

tu dois jouer aux dominos,

tu dois manger dans mon boui-boui privé,

tu dois marcher...]

Lui-même est né dans le quartier de Buena Vista, à La Havane, qui n'est pas tout à fait un social club. Chez lui, des musiciens tels que Celeste Mendoza, Meme Solís, José Antonio Méndez ou César Portillo de la Luz venaient souvent leur rendre visite. Sa mère, chanteuse et danseuse, avait fait partie du groupe Las Mulatas de Fuego (les métisses endiablées) dans les années 50.

«Lorsque j'étais petit, je ne m'en rendais pas compte ; mais à présent, j'ai conscience du privilège que j'ai eu de faire la connaissance de toutes ces personnalités, de toutes ces personnes ».

Ces derniers mois ont été synonyme de nombreuses retrouvailles. Après une absence de huit ans sur les scènes et les ondes de radios cubaines suite à son départ pour les États-Unis, il est revenu à Cuba, une première fois invité par d'autres artistes tels que Silvio Rodríguez et Carlos Varela, puis par la suite à son compte. « J'ai une soirée prévue à La Tropical » nous dit-il. « J'y ai joué il y a longtemps et ce lieu est une sorte de thermomètre populaire ».

Welcome to el solar de la California,

el de la calle Crespo

between

San Lázaro y Colón…

[Bienvenue dans le squat de Californie,

celui de la rue Crespo

entre San Lázaro et Colón…]

Lorsque Cuba est à la mode, une chanson comme celle-ci peut faire office de boussole, de guide sur « la façon de vivre à la Cubaine ».

Habana XXI

Habana XXI s’efforce de retranscrire, que ce soit par l’image, le son, ou l’écrit, la vie quotidienne de La Havane et de Cuba à un public hétéroclite, curieux, intéressé, souvent non résidents. Toujours en dehors des grands débats politiques, économiques ou des thèmes couramment traités par les médias officiels, Habana XXI souhaite au contraire faire témoigner les Cubains de tous les jours, la société dans son organisation actuelle, à travers des lieux, des traditions, des expressions culturelles parfois méconnues. Habana XXI privilégie la chronique comme mode d’expression,  pour sa forme plus humaine, plus proche des réalités de l’île. Prédomine donc la « première personne » dans les témoignages, exprimant ainsi une expérience vécue représentative de la Cuba du XIXe siècle. Habana XXI sur Youtube. 

Sur le même thème