Yaritza Hernández, le journalisme à Cuba



La journaliste de vingt-cinq ans, déjà présentatrice et rédactrice en chef à Cubavisión Internacional, la seule chaîne cubaine qui transmet à l'étranger, dit ce qu'elle pense, avec conviction.

 Yaritza a immédiatement accepté cette interview. Les médias à Cuba, l'actualité cubaine et internationale... « Je réponds à toutes les questions. » La journaliste de vingt-cinq ans, déjà présentatrice et rédactrice en chef à Cubavisión Internacional, la seule chaîne cubaine qui transmet à l'étranger, dit ce qu'elle pense, avec conviction.

Comment se déroule la formation des journalistes ? Qu'apportent les jeunes au journalisme cubain ?

D'une manière générale, la formation dispensée dans les facultés de communication est de très bonne qualité : d'excellents professeurs, un cursus très ambitieux avec des stages dans tous les types de médias dès la première année. De nombreux jeunes diplômés très bien formés, en arrivant dans les médias, se sentent bridés et se tournent vers les médias alternatifs, apparus avec la généralisation de l'accès à internet à Cuba ; ils sentent qu'ils peuvent mieux s'y épanouir. D'autres comme moi essaient de changer les choses de l'intérieur. À Cubavisión Internacional, nous sommes tous jeunes et nous faisons évoluer les JT par des manières de travailler encore peu habituelles à Cuba : s'exprimer plus naturellement, sourire, commenter l'information...

Qu'est-ce qui singularise Cuba dans le paysage médiatique international ? Qu'entend-on par « médias d'État » ?

Cuba étant un pays socialiste, les médias appartiennent à l'État ; ils traduisent donc dans leurs informations les intérêts de cet État. Dans d'autres pays, la plupart des médias sont privés : une ou plusieurs personnes sont propriétaires d'une chaîne de télévision par exemple. Le point de vue des médias reflète également un intérêt, celui des grands groupes de presse.

Si à l'étranger l'expression « médias d'État » (ou « officiels ») peut être connotée, à Cuba, elle fait simplement la distinction avec les « médias alternatifs » présents sur le net.

Des voix plaident à Cuba pour un journalisme plus critique. Où en sommes-nous ?

Le président Raul Castro et le premier vice-président Miguel Díaz Canel se sont très directement prononcés pour une presse sans « culte du secret », qui parle de la réalité. C'est ce que demandent les membres de l'UPEC (syndicat des journalistes cubains) mais aussi ceux qui travaillent dans les médias ou à l'université : refléter davantage les problèmes des citoyens, sans justifications, sans euphémismes. Les médias alternatifs fleurissent justement parce qu'ils traitent les sujets qui fâchent, de manière plus incisive. Certes, nous avons fait des progrès, on évoque désormais la situation socioéconomique, la communauté LGBTI... Cependant,  les  sujets dont on parle le plus dans la rue ne font pas encore la Une. Certaines rumeurs gonflent et ne sortent dans la presse qu'au bout d'une semaine. Le chemin est encore long.

T'intéresses-tu à ce que disent les médias étrangers de Cuba ?

Absolument, je suis de près la presse étrangère. J'ai mon opinion sur certains médias que je lis tout en sachant que je vais rejeter ce qu'ils écrivent sur Cuba. En revanche, je lis sérieusement  d'autres médias car je sais qu'ils peuvent refléter des points de vue très intéressants. Parfois, des médias étrangers parlent de choses qui peuvent sembler banales ici, mais le point de vue extérieur leur donne un éclairage nouveau, et ça aussi, c'est très intéressant.

Que penses-tu de la politique cubaine de Trump et des « attaques acoustiques » qui auraient visé des diplomates US et canadiens ?

Il est difficile de prendre un personnage aussi ridicule au sérieux, et pas seulement pour le dossier Cuba : tweets scandaleux à répétition, propos consternants sur Porto Rico…

On aurait pu croire qu'un homme d'affaires comme Trump allait être favorable aux relations économiques avec Cuba. Or, cela a été tout le contraire. On peut l'expliquer par un retour d'ascenseur à l'égard des politiques de la Floride, anti-Cubains historiques, où il a gagné la présidentielle.

Les mesures accentuant le blocus économique vont toucher par ricochet le secteur privé cubain, étroitement lié aux entreprises d'État, directement visées. Quant à la décision de réduire le personnel de l'ambassade de La Havane, elle frappe tous les Cubains qui souhaitent voyager aux États-Unis et tous les Cubano-Américains qui ont de la famille à Cuba.

L'histoire des « attaques acoustiques » ressemble à de la science-fiction, on se croirait dans XFiles. Il est invraisemblable que Cuba dispose d'armes capables de provoquer ces troubles, dont on ne sait finalement rien : les sons que l’on entend dans les enregistrements récemment publiés par l’AP ne semblent en rien dangereux et les fonctionnaires soi-disant touchés ne sont jamais sortis de l'anonymat. Bref, c'est un prétexte pour une politique néfaste pour Cuba comme pour les États-Unis.