Yerberos : toujours présents à Cuba



Par:  Sofía D. Iglesias

Il est un personnage à Cuba que ni l'asphalte, ni les constructions font disparaître, et ce même parmi les couches les plus cultivées de la population. Les pratiques de l'herboriste sont profondément enracinées dans l’archipel caribéen; pittoresque et plein de sagesse, on peut avoir recours à lui à chaque fois que le besoin s'en fait sentir, dans n'importe quel quartier de Cuba.

La science et la tradition sont les complices de cette icône de la cubanité, gardien des valeurs ancestrales liées à la médecine naturelle, à la religion et à la pauvreté. Aussi, on continue de le solliciter bien que la santé soit accessible à tous et de façon gratuite. Il faut dire que certains remèdes maison restent très populaires : faciles d’accès, réputés sûrs, leurs effets sont bien connus et on les préfère parfois aux produits pharmaceutiques industriels dont les effets secondaires font peur, simple question d'habitude pour d'autres.

Quoi qu'il en soit, l’herboriste a toujours la solution en un claquement de doigts, à portée de main.

Combien de fois n'a-t-on pas fait de gargarismes de Bidens alba ("romerillo" à Cuba) macéré pour soulager un mal de gorge ? Qui ne se souvient pas des feuilles de sauge en croix dans le fond de la tasse de café amer pour lutter contre l'enrouement ?

L’Aloès Vera, une des plantes les plus demandées sur les étals des herboristes, est un remède magique également utilisé comme produit de beauté. Une fois pelée, coupée en petits dés et congelée, on en prend plusieurs fois par jour, comme s'il s'agissait de cachets, pour lutter contre les maux de ventre, l’hépatite, le cholestérol… On l’utilise aussi pour rendre les cheveux plus doux et pour éliminer les cellules mortes de la peau.

Le Piper peltatum (appelé caisimón à Cuba) est une autre plante riche en bienfaits. Pour réduire les inflammations, on l'utilise en décoction avec des compresses ou on applique directement ses feuilles sur la peau. Dans le même genre, on a aussi le basilic africain: cette plante, par ailleurs utilisée comme épice, est efficace contre le virus de la grippe.

Le climat chaud et humide de Cuba est favorable au développement de nombreuses allergies, de grippes et d'affections respiratoires. Heureusement, les solutions ne manquent pas et sont transmises de générations en générations dans les foyers cubains. L’herboriste recommande bien souvent la tige de la banane, l’Hibiscus elatus, les feuilles d’oignons rouges en infusion, la citronnelle…

S'il s'agit d'une grippe l’herboriste recommande bien souvent les feuilles d’oignons rouges en infusion.
Chez l'herboriste

Et que dire de l’infaillible remède contre l'épine calcanéenne, une affection du talon. En plus de l'herboriste, qui fournit la plante, il faut faire appel à un guérisseur ou une guérisseuse. On a généralement recours à cet autre personnage en cas d'indigestion : pour atténuer les douleurs, le guérisseur passe la main sur les jambes ou sur le ventre tout en priant à voix basse. Concernant le traitement de l'épine calcanéenne, on utilise une feuille d’Opuntia (espèce de cactus) de la taille des pieds du patient. Après avoir frotté le pied du patient, la feuille doit rester au soleil et l'on dit que les proéminences osseuses disparaissent au fur et à mesure que la feuille sèche.

D’autre part, on estime depuis la génération de nos grands-mères que les graines de citrouilles grillées puis moulues sont le meilleur des antiparasites pour les enfants et j’ai récemment appris que, pour ses vertus anti-inflammatoires,ces graines sont également utilisées pour apaiser les douleurs à la prostate.

Parmi les pathologies les plus courantes auxquelles sont confrontés médecins, pharmaciens et herboristes cubains, on trouve l'hypertension. Le stress, les repas riches en sel et en graisses et d'autres mauvaises habitudes augmentent progressivement le taux de personnes souffrant de cette maladie. Pour ces derniers, il existe un remède, dépourvu de toxines industrielles: l’infusion au basilic et à la citronnelle.

La liste des remèdes maison est aussi longue que celle des produits proposés par les herboristes, qui abondent sur tout le territoire de Cuba. On ne peut que constater la popularité de ces solutions naturelles, à la fois mystiques et scientifiques, au sein de la population cubaine. Aussi, les produits naturels ont toute leur place dans les pharmacies et les personnels médicaux les recommandent et misent sur cette alternative.

Quant aux herboristes, bien qu'ils soient souvent associés à la marginalité véhiculée par les stéréotypes, ils représentent une image purement nationale et nécessaire dans le contexte que connaît Cuba.

C’est pour lutter contre cette vision excluant et discriminatoire que l’historien Julio Martínez Betancourt a écrit un ouvrage intitulé Yerberos en La Habana (Herboristes à La Havane), aux Editions Fondation Fernando Ortiz. L'auteur y a recueilli des témoignages d’hommes et de femmes qui pratiquent cette activité dans plusieurs quartiers de la capitale. Leurs expériences enrichissent les concepts botaniques décrits dans ces pages.

Le texte offre, en outre, une approche historique, anthropologique, ethnologique et linguistique de la question ainsi qu’un glossaire et une liste des plantes les plus commercialisées chez les herboristeries de La Havane et des plantes en voies d'extinction.

L’herboriste, s'est définitivement implanté dans le paysage culturel de Cuba, qu'il continue d'enrichir tout en préservant la santé de ses habitants.

Traduction : B.F

Note du traducteur: Nous faisons le choix de traduire « yerberos » par herboriste, même si ce terme, de l’espagnol de Cuba, ne recouvre pas exactement la même réalité : s’il exerce le commerce des plantes, le « yerbero » est également la personne qui les cultive.