La Havane, retour vers le passé : un voyage au XIXème siècle (4/10)

Version imprimable
2011
Place du gouverneur
« On se tue à La Havane, sans vergogne ! »
Place du gouverneur (Photo: Le monde moderne)

Où l’auteur parle de la danse, de la prison et de la mort



Quelques croquis au hasard des rues.

La vieille ville. Une petite place. Des femmes y dansent. Elles s'en donnent à cœur-joie, stimulées par d'agiles castagnettes, une guitare aigre, un tambourin crevé. Olé, olé! c'est la danse violente du tango, la habanera voluptueuse et lente. Des hommes qui passent se mêlent aux danseuses. Olé, olé! Il fait chaud, les peaux brunes transpirent. Pouf, pouf, pouf, pouf... à petits coups de houpettes, les femmes se couvrent la figure de cascarilla (poudre de coquilles d'œufs pulvérisée). Un homme attaque l'air populaire de la Paloma. La Paloma est reprise en chœur. Balancement de hanches. Autre chanson, sur un thème musical connu, improvisée par le guitariste. Il passe en revue les beautés visibles et secrètes des danseuses. Chacune a son couplet. Traduction ? impossible ! Plus...

La Havane, retour vers le passé : un voyage au XIXème siècle (3/10)

Version imprimable
2011
La cathédrale de La Havane
« On va à l'église, comme on va à l'Opéra [...] »
La cathédrale de La Havane (Photo: Le Monde Moderne)

Où l’auteur raconte le culte pieux de la ville



De l'Opéra passer aux églises, il n'y a qu'un pas, étant donné le côté théâtral du culte à La Havane. On va à l'église, comme on va à l'Opéra, certains jours et certaines heures, quand les cloches sonnent leur appel populaire « Tan, tan, tan, tan. Juanica la viega no tene futan. — Tan, tan, tan, tan. Jeanneton la vieille, n'a pas de jupon! » Les femmes se mettent en grande toilette et se font suivre d'un négrillon qui porte le prie- Dieu et le missel. Parfois elles prient à l'église; toujours elles y flirtent.

La semaine sainte à La Havane a une couleur toute particulière. Le jeudi, à dix heures, un coup de canon part de la forteresse du Morro. Instantanément, la ville devient une ville muette, une ville morte. Pas un bruit, pas un cri, pas une voiture, pas une gamme. Seul, dans les rues, le pas cadencé des soldats que, compagnie par compagnie, on mène aux offices. Plus...

La Havane, retour vers le passé : un voyage au XIXème siècle (2/10)

Version imprimable
2011
Le Prado à La Havane
« [...] au Prado tout le monde se connaît, se salue, se complimente et se déchire. »
La Calle del Prado (Photo: Le Monde Moderne)

Où l’auteur décrit la femme et l’homme cubain et saisit le mystère des soirées havanaises



Au détour d'une rue, la boutique basse, étroite, d'une femme du peuple. Dans la niche surmontant la porte, une Vierge du Pilar, habillée en manola. Sur les marches du seuil, la marchande assise avec ses deux filles. Elles ont toutes trois une jupe rouge, un corsage de velours noir pailleté de verroteries. Dans leurs cheveux, aux plis de leurs mantilles, à leurs corsages, elles ont mis des cucullos, grands vers luisants ramassés dans le gazon d'un jardin proche. Les cucullos éclatent, incendient, donnant l'illusion d'extraordinaires diamants. Des hommes passent qui complimentent. Un groupe se forme, qui n'en est encore qu'aux compliments, mais qui tout à l'heure chantera, dansera. Quand on aura bien chanté, dansé: chacun chez soi, en tout bien, tout honneur. Pas même le bout du petit doigt n'aura été donné!

La beauté des femmes cubaines est classique. Les poètes — et à Cuba tous sont poètes — passent leur temps à chercher des comparaisons rares, exquises, pour chanter cette beauté des femmes. J'ai sous les yeux, en écrivant ces lignes, un album où tous les amis d'une famille célèbrent à l'envi une pettite Ada-Cœlia del Rosario, née de la veille. Il y a là une quarantaine de piécettes, vers ou prose, d'un gongorisme amusant : « Que tu es belle, Ada, que tu es délicieuse! Ton teint est blanc et rose, parce qu'il a été formé avec les pétales d'une rose. » Une autre : « Ton nom, Ada, est la suave effluve d'un jasmin abritant son calice dans les laves du Vésuve. » Cela est signé Ricardo del Monte, l'un des plus grands, sinon le plus grand des poètes actuels de La Havane. Plus...

LA HAVANE : Dialogue avec l'architecte Mario Coyula

Version imprimable
2011
La Havane
« La Havane était une ville aux couleurs pastel, crème, beige et ocre [...] »
La Havane (Photo: Photocuba)

Par Lenier González Mederos    

Comment définiriez-vous l’identité urbanistique de La Havane ?



La Havane dont nous avons hérité souhaitait devenir blanche et européenne afin de s’identifier aux standards nord-américains. Elle n’a jamais vraiment été une ville caribéenne. Cette Havane, on la retrouve dans la forme du centre ville. C’est ici que se concentrent les centres historique, financier et commercial (même si ce dernier perd de l’importance d’années en années à cause du manque d’entretien, du trafic automobile, de la pénurie de denrées alimentaires et de la détérioration des réseaux d’eau et d’électricité). Cet endroit a perdu de son prestige en voulant copier ses modèles. Le centre-ville s’est alors rapidement « ruralisé » et « marginalisé ».

La Havane a suivi le plan typique des villes hispano-américaines : un quadrillage géométrique de constructions et de maisons de faible hauteur accompagné de quelques hauts buildings construits près de la côte dans les années 50 (un processus qui s’est achevé depuis). Cette ville a été faite par et pour une classe moyenne n’ayant pas les ressources pour construire son propre logement mais qui souhaitait tout de même copier les classes supérieures (en 1958, ¾ de la population payait un loyer). Les riches n’étaient pas nombreux et préféraient s’installer en dehors du centre de la ville. Les bâtisses délaissées trouvaient rapidement preneur, même délabrées, par des Cubains avides de prestige. Plus...

La Havane, retour vers le passé : un voyage au XIXème siècle (1/10)

Version imprimable
2011
Une volante
« Cent pas à faire, en cent pas il me dit mille mots. »
Une volante (Photo: Le monde moderne)

Où l’auteur arrive à La Havane et y découvre la splendeur de la ville et le charme des cubaines



Au débarqué, sur la blancheur du quai, un grouillement ! Nègres court vêtus, Chinois à la longue queue, Cubanos au teint de citron, Espagnols bronzés, vêtus de blanc, coiffés du classique panama. Cris, hurlements, batailles pour le meilleur hôtel, San Carlos, de Europa, de Inglaterra, de Isabel, del Telegrafo. « N'ayez crainte, me dit une connaissance du paquebot, injuriez et bataillez. » J'injurie, bataille, obtiens un apaisement relatif : six personnes seulement se disputent ma valise. Un mulâtre tient la poignée de gauche, un nègre la poignée de droite. Le mulâtre a un mot superbe : « Nègre, qui veut faire concurrence au blanc ! » Le nègre n'insiste plus.

Je suis mon guide jusqu'à la station de volantes. Cent pas à faire, en cent pas il me dit mille mots. Il m'interroge, se fait lui-même les réponses, en semble content. Il m'appelle cabalero, et me déclare que c'est un honneur pour un cabalero tel que lui de guider un cabalero tel que moi. Au cocher de la volante — sorte de fiacre juché sur de hautes roues — il me recommande jalousement. Nous ne nous connaissions pas il y a cinq minutes, mais peu importe, je suis son ami, son meilleur ami; il a connu mon père, ma mère, ma famille; il sait ce que je viens faire à la Havane; je suis son chico. Il me serre la main, accepte mon pourboire, non comme salaire, mais comme présent, et à la dispocition de usted. Nous partons. Plus...