SOCIETE & ECONOMIE

POLITIQUE : Cuba, un poids lourd international

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2007
« Cuba a dénoncé à maintes reprises la politique de deux poids deux mesures des États-Unis dans leur guerre contre le terrorisme [...] »
(Photo: Cuba Absolutely)

Malgré sa taille relativement réduite, Cuba a joué, pendant plusieurs décennies, un rôle géopolitique important notamment au sein du Mouvement des Non-Alignés.


Au cours des cinq dernières décennies, Cuba a joué un rôle de premier ordre dans plusieurs forums internationaux, notamment au sein du Mouvement des pays non alignés dont le Sommet le plus récent s'est tenu à La Havane. Grâce à sa position dans l'arène internationale, Cuba a critiqué plusieurs aspects de la politique extérieure des États-Unis et présenté son propre programme de développement.

L´éléphant US dans les pattes.

La Maison-Blanche de George W. Bush s’entête à maintenir et à renforcer les sanctions, dont la célèbre loi Helms Burton. Le gouvernement a adopté des mesures au cours des dernières années visant la recrudescence des pressions économiques contre les sociétés étrangères qui font du commerce avec Cuba.

Le deuxième rapport de la Commission américaine de soutien à une Cuba libre, publié le 10 juillet 2006, confirme l’orientation générale de la politique des États-Unis, l’accent étant mis sur la transition et non pas sur la succession ainsi que sur l’adoption de mesures ayant pour but de renforcer les sanctions. Selon les autorités cubaines, l’annexe confidentielle du rapport fait état des plans visant à renverser le gouvernement.

Ces tentatives ont parfois échoué. En février 2006, par exemple, les pressions faites sur Starwood Hotels & Resorts visant l’expulsion des fonctionnaires cubains de sa filiale au Mexique, le Sheraton Maria Isabel, ont été considérées comme une violation grossière de la souveraineté mexicaine, alors que les efforts pour exclure Cuba de la Classique de base-ball ont éveillé une opposition généralisée. En octobre, à Alger, lors de la cérémonie de remise des prix aux gagnants d’un concours de peinture parrainé par l’ONU, Nikon a refusé de remettre à un enfant cubain de 12 ans le prix qu’il avait remporté, sous le prétexte de l’« embargo ».

Au cours de cette année, le Bureau de contrôle des actifs étrangers (OFAC en anglais) a intensifié les pressions sur plusieurs institutions financières ayant une participation dans des intérêts cubains, y compris le groupe ING, et ayant financé certaines activités. Sous l’effet de ces pressions, certaines banques ont adopté des mesures. Le groupe HSBC, par exemple, a clos les comptes en dollars US de la Banco Metropolitano, alors que le Canadian Scotiabank a clos ceux des hommes d’affaires canadiens qui travaillent à Cuba.

Toute analyse portant sur le rôle joué par Cuba à l’échelle internationale devrait tenir compte des actions, de l’influence et de la position de l’administration des États-Unis.

Même si au cours des deux dernières années la campagne contre les sanctions est restée dans un état d’inertie, on constate un certain soutien législatif en faveur d’un changement de politique. Le 14 juin 2006, de nouveaux amendements ayant à voir avec Cuba ont été ajoutés à un projet de loi sur les dépenses. Le premier, qui facilite le paiement des produits américains, a été adopté, alors que deux autres ont été rejetés, l’un visant à assouplir les échanges d’étudiants (237 voix contre et 187 voix pour) et l’autre demandant la levée de toutes les sanctions (245 voix contre et 181 voix pour).

Même s’il est encore prématuré pour prédire les effets des élections du 7 novembre 2006 au Congrès des Etats-Unis, maintenant que les démocrates sont majoritaires dans les deux chambres, on peut s’attendre à un affaiblissement de l’embargo, ce qui se traduirait au moins par une réduction du financement consacré à l’application de mesures et par une éventuelle exception en matière de prospection pétrolière. Tout le monde suivra de près les élections présidentielles de 2008 car le triomphe des démocrates laisse prévoir des changements sensibles dans la politique des États-Unis.

Cuba a dénoncé à maintes reprises la politique de deux poids deux mesures des États-Unis dans leur guerre contre le terrorisme tout en soulignant la différence existant entre le traitement accordé aux « Cinq », autrement dit les cinq Cubains emprisonnés à Miami du fait d’avoir essayé de prévenir des attentats terroristes à La Havane et celui réservé à Luis Posada Carriles, dont l’extradition a été demandée par Cuba et le Venezuela compte tenu de sa responsabilité dans l’explosion d’un avion cubain à la Barbade en 1976.

Cuba a dénoncé à maintes reprises la politique de deux poids deux mesures des États-Unis dans leur guerre contre le terrorisme…

En août 2003, l’Economist Intelligence Unit (EIU) signalait que l’impact de la condamnation des États-Unis du traitement accordé aux dissidents à Cuba avait été neutralisé par le traitement réservé aux prisonniers de la base navale de Guantanamo à Cuba (…) D’autres accusations avancées par les États-Unis concernant le trafic de personnes, l’espionnage et le danger potentiel que représente Cuba (en tant que membre de l’ ‘Axe du mal’) n’ont pas joui de la crédibilité ou du soutien escomptés.

Le Canada – un ami sincère

Historiquement, Cuba a entretenu d’excellents rapports de travail avec le Canada, l’un des principaux partenaires commerciaux du pays, source d’investissements directs et premier émetteur de touristes à destination de l’île.

Rapports entre l’Union européenne et Cuba

Ces dernières années, les rapports entre Cuba et l’UE se sont avérés problématiques. Bien que soutenant la participation constructive, l’UE a essayé d’imposer des conditions politiques en échange d’une coopération plus étroite. La politique de l’UE ayant été révisée, un sommet UE-États-Unis s’est tenu à Vienne le 21 juin 2006. La déclaration conjointe adoptée dans le cadre de cette rencontre a été fortement critiquée dans un éditorial du journal Granma où l’UE a été taxée de « laquais » des États-Unis. D’autre part, les différences entre les pays membres concernant la politique à l’égard de Cuba empêchent d’atteindre un consensus. La République tchèque, pour sa part, fait preuve d’une grande agressivité.

« Cuba a accueilli [...] le Sommet du Groupe des 77 [...] »
(Photo: Cuba Absolutely)

Certains des nouveaux membres de l’UE, dont la Pologne, la République tchèque et la Slovaquie, ont essayé de restreindre la coopération avec Cuba alors que l’Espagne a tenté de relâcher les tensions et de renforcer les liens.
 
La résolution de condamnation des sanctions des États-Unis a été adoptée par les Nations Unies pour la quatorzième année consécutive avec des résultats sans précédent, à savoir 182 voix pour et 4 contre.

Le rôle de Cuba dans ses relations avec les pays en développement

Cuba a conçu des programmes d’aide sociale et économique à l’intention des pays en développement, dont l’essence a acquis récemment un caractère plus commercial. Cependant, une bonne partie des soins de santé sont dispensés à titre de don. En mai 2006, l’EIU signalait que 26 000 spécialistes de la santé cubains prêtaient leur concours dans 67 pays et qu’environ 10 000 étudiants étrangers faisaient des études de médecine dans l’île.

Cuba a accueilli, du 21 au 23 mars 2005, le Sommet du Groupe des 77 – qui réunit des pays en développement –, ce qui lui a permis de dénoncer la mondialisation, la dette et les États-Unis.

Cinquante-cinq chefs d’État ou de gouvernement de 118 pays ont pris part à la Quatorzième Conférence au sommet des pays non alignés organisée à La Havane (voir article).

Solidarité caribéenne

Depuis le 1er décembre 2005, on constate un intérêt accru pour développer et renforcer les relations avec d’autres îles des Caraïbes et [sic] la Caricom.

En 2000, Cuba a souscrit un accord commercial et de coopération avec la Caricom.

Lors du sommet CARICOM-Cuba, tenu le 8 décembre 2005 à la Barbade, les dirigeants de la région ont reconnu le soutien qu’accorde Cuba au développement de l’éducation et de la santé et adopté la « Déclaration de Bridgetown » condamnant le blocus des États-Unis.

Durant l’année 2006, d’éminentes personnalités de Sainte Lucie, d’Haïti et de la Jamaïque ont visité Cuba. Des accords ont été passés avec Antigua-et-Barbuda. Les Bahamas établirent une ambassade en juillet.

Les relations avec la Chine se consolident

La Chine, deuxième partenaire commercial de Cuba, vend à l’île antillaise des appareils électroménagers et achète à celle ci du sucre. En 2005, le pays asiatique a inauguré deux centres pour la production en association de produits biotechnologiques. L’intérêt pour les réserves de nickel cubain demeure inchangé.


« L’ALBA a été lancée par les présidents de Cuba et du Venezuela en 2005 [...] »
(Photo: Cuba Absolutely)

ALBA : un bloc alternatif

Le 29 avril, les présidents de Cuba, du Venezuela et de la Bolivie ont paraphé un accord en vue de la participation à l’Alternative bolivarienne pour les Amériques (ALBA) et aux Traités de commerce des peuples (TCP).

L’ALBA est un accord de libre-échange, d’investissements et d’intégration sociale dont l’accent est mis sur la santé et l’éducation pour les pauvres. Daniel Ortega (récemment élu comme président du Nicaragua) et René Préval (nouveau président d’Haïti) ont exprimé leur volonté d’y adhérer.

L’ALBA a été lancée par les présidents de Cuba et du Venezuela en 2005, ce qui met en évidence le resserrement des liens entre les deux nations. Même si le programme d’échange de pétrole contre des services médicaux constitue l’axe du commerce bilatéral, les rapports économiques comprennent, entre autres, le réaménagement de la raffinerie de Cienfuegos par PDVSA et les opérations commerciales soutenues par la Banco Industrial du Venezuela.

Les deux pays ont participé à la création d’une chaîne de télévision latino-américaine – Telesur – et étendu l’opération Milagro à 15 pays.

Le 21 juillet 2005, dans le cadre du sommet du Marché commun du Sud (Mercosur), tenu en Argentine avec la participation du président Fidel Castro et d’une délégation de haut niveau, un accord commercial a été signé avec ce groupe. Cela a représenté un autre pas important dans l’intégration de Cuba à l’Amérique latine.

Grâce au triomphe électoral de Luis Inacio Lula da Silva, au Brésil, en 2002 et en 2006, d’Evo Morales, en Bolivie, en décembre 2005, de Michelle Bachelet, au Chili, en 2006, de Martín Torrijos, au Panama, en 2006, de Néstor Kirchner, en Argentine, en 2004, et de Tabaré Vásquez, en Uruguay, en 2005, un vaste éventail de partis de centre gauche et nationalistes participe au pouvoir dans plusieurs pays latino américains, ce qui a contribué au resserrement des relations avec Cuba. Les victoires remportées en 2006 par Felipe Calderón au Mexique (en août), par Álvaro Uribe, en Colombie et par Alan García au Pérou marquent la fin de la tendance vers la gauche, même si la victoire récemment remportée par Daniel Ortega prouve que les partis de gauche jouissent encore d’un grand prestige.

Curieusement, vu les relations existant avec la Colombie, Cuba a récemment été le siège des pourparlers entre des représentants du gouvernement colombien et de l’ELN (deuxième groupe guérillero en Colombie).
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