Festival International du Nouveau Cinéma Latino-Américain

2019-11-14 16:00:23
Amanda Chang
Festival International du Nouveau Cinéma Latino-Américain

Il ne faut pas forcément être cinéphile pour profiter du Festival de Cinéma Latino-Américain de La Havane. Ce festival n’est qu’un prétexte pour vivre La Havane à l’époque la plus animée et dynamique de l’année. Depuis les mêmes cinémas des années 50—témoins de l’époque de splendeur de la capitale cubaine, quand elle comptait plus de cinémas et théâtres que Paris et New York— le spectateur découvre un autre angle de la culture cubaine.

Le septième art, qui a toujours été un pilier de la vie artistique et sociale du pays, fait vibrer la ville, la remplit d’euphorie et entraine des spectateurs de tout type profil vers le Vedado, épicentre de la vie culturelle de la capitale.

Le Festival de la culture cubaine… au-delà des clichés

 Cuba est plus mondialement connu pour la musique, la salsa et le tabac. Mais le cinéma est peut-être l’une des manifestations artistiques les plus chéries du pays. Sans rien retirer aux mérites des festivals de la salsa et du habano, force est de reconnaître que le Festival du Nouveau Cinéma Latino-américain est la plus importante manifestation culturelle annuelle organisée à Cuba.

À chaque édition, un demi-million de spectateurs se donnent rendez-vous pour visionner environ 500 films en provenance du monde entier, déclinés en sections compétitives (cinématographie latino-américaine et caribéenne), projections internationales (en particulier des films asiatiques et européens), et espaces parallèles (à caractère thématique ou informatif), et tout cela pour offrir une vision globale et intégrale de la création audiovisuelle de la région.

Un grand nombre de personnalités du monde du cinéma, non seulement des stars du cinéma latino-américain, visitent Cuba pour participer à cet événement singulier. Mentionnons, entre autres, les réalisateurs Peter Brook, Nikita Mikhalkov ou Kathryn Bigelow, et des acteurs comme Annette Bening, Benicio del Toro ou Gael García Bernal, qui ont donné des cours magistraux à l’hôtel Nacional de Cuba, siège principal du festival.


cinéma, Théâtre Karl Marx, public, Festival de Cinéma Latino-Américain,  Miramar, La Havane


Bien que prestigieux, ce festival ne se limite pas aux élites du monde de cinéma. Tout le contraire. À chaque séance, les salles se remplissent pour visionner aussi bien une comédie brésilienne, qu’un drame guatémaltèque. Le goût pour le cinéma, à l’état pur, relègue au second plan les préférences de genre, les préjugés à l’égard de toute nationalité et les réserves sur certains sujets. Le cinéma d’auteur s’impose. L’art établit sa propre hiérarchie et les cinématographies puissantes et populaires partagent des salles avec les plus humbles et inconnues, ce qui favorise un équilibre fécond en matière de goûts esthétiques.

Un cinéma d’auteur engagé avec la réalité latino-américaine…

Le Festival international du nouveau cinéma latino-américain a vu le jour en 1979 grâce aux bons offices d’Alfredo Guevara, intellectuel et cinéaste qui, en 1959, crée l’Institut cubain de l’art et de l’industrie cinématographiques (ICAIC), institution qui a transformé le cinéma cubain en promouvant une cinématographie différente de celle réalisée dans l’île jusqu’à ce moment-là, un cinéma d’auteur, alternatif et engagé avec la réalité cubaine et latino américaine.

L’ICAIC a encouragé une création audiovisuelle indépendante non seulement à Cuba, mais aussi dans l’ensemble de l’Amérique latine, tout en attirant une bonne partie de la pensée émancipatrice du sous-continent. Vingt ans plus tard, cette volonté pan-régionale a trouvé un écho dans l’aspiration de créateurs et intellectuels comme Gabriel García Márquez, Fernando Birri, Tomás Gutiérrez Alea, Octavio Getino, Jorge Sanjinés, Fernando Solanas, Miguel Littin et bien d’autres, à savoir mettre en place un espace de rencontre des cinéastes latino-américains qui permettrait de refléter les problèmes sociaux de la région.  


cinéma, Théâtre Mella, public, Festival de Cinéma Latino-Américain,  Vedado, La Havane


Le cinéma se considérait ainsi un instrument culturel et politique en faveur des luttes émancipatrices qui avaient lieu pendant la deuxième moitié du XXe siècle en Amérique latine, plongée alors dans la pauvreté, la censure idéologique, les coups d’État et les dictatures militaires.

Faisant fond sur les principes qui ont sous-tendu sa création, le Festival a évolué au fil du temps, tout en gardant sa volonté d’accueillir le meilleur cinéma d’auteur latino-américain et mondial, notamment le cinéma indépendant, débarrassé des obstacles commerciaux qu’imposent les grandes sociétés de production. La Havane devient ainsi le point final d’un parcours exténuant qui s’étend tout au long de l’année.

Découvrez une autre Havane... dans les cinémas de la capitale !

Avec un programme très serré comprenant la projection pendant dix jours d’affilée d’environ 500 films, l’événement s’empare de presque tous les cinémas ouverts au public. Dans un pays qui, depuis le triomphe de la Révolution, s’est fixé l’objectif d’instruire le peuple tout entier, le cinéma occupe une place de premier ordre.

Grâce à la fondation de l’ICAIC et à l’adoption dans un premier temps de nouvelles politiques culturelles (prix réduits des tickets d’entrée aux salles de cinéma, promotion et projection de films alternatifs et indépendants riches en valeurs esthétiques aussi bien cubains qu’étrangers), le peuple cubain a commencé à se passionner pour le cinéma et à acquérir un niveau culturel cinématographique qui est l’apanage non seulement des intellectuels et des cinéastes, mais aussi des personnes exerçant différents métiers.


cinéma La Rampa, public, Festival de Cinéma Latino-Américain, La Havane


Les gens font des queues interminables devant les salles de cinéma. À chaque séance, dans une salle comble, le public, enthousiaste, passionné et interactif, fait des commentaires, critique et s’identifie avec le film. Certains cinémas luxueux construits dans les années 1950 dans une capitale pleine de splendeur, dont La Rampa, Yara, Riviera, Charles Chaplin ou 23 y 12 (noms actuels) jouent une fois de plus leur rôle originel, autrement dit, digérer des masses de spectateurs, contrairement aux cinémas à salles multiples modernes mais peu spacieuses de notre époque.

L’expérience de voir et de partager un film dans une grande salle avec 5 000 spectateurs est presque un anachronisme en ces temps-ci, mais à Cuba et pendant le festival cela c’est monnaie courante. Quiconque a fréquenté des Cubains sait très bien qu’ils ne restent jamais muets devant ce qu’ils voient. Il en est de même au cinéma. Les Cubains commentent les films, expriment leurs critères, dialoguent avec les personnages et partagent avec ceux assis à leurs côtés les émotions éveillées par un geste noble, méchant ou solidaire.

Du cinéma latino-américain, mais pas seulement…

Le festival de cinéma a exercé une grande influence sur la région, ce qui lui a permis de survivre pendant 40 ans. Cela obéit dans une bonne mesure au fait que son vaste programme ne se borne pas à la cinématographie. La théorie y trouve aussi sa place.

Les activités comprennent des rencontres avec des personnalités du cinéma du monde entier, des causeries avec des acteurs, techniciens et réalisateurs, et des cours pratiques de haute qualité dispensés par des membres d’institutions aussi prestigieuses que le Sundance, qui organise chaque année le festival de cinéma indépendant le plus important au monde. Le programme prévoit aussi un concours d’affiches de cinéma, dont l’objectif est de promouvoir un graphisme publicitaire qui n’est ni conventionnel ni commercial, et qui va dans le droit fil de la réalisation d’affiches conçues à Cuba depuis les années 1960, réputées pour leur valeur esthétique.


ICAIC, affiges de cinéma cubain, affiges, cinéma cubainPhoto : ICAIC

Les journées sont certainement épuisantes. Le matin débute avec des projections et rencontres permanentes dans les salles et sièges de l’événement. Les gens se déplacent du cinéma à l’emblématique hôtel Nacional pour ne rien rater. Mais la fatigue n’empêche pas que le public continue le soir les célébrations au Bar Esperanza, une boîte de nuit qui ouvre ses portes chaque année pendant le déroulement du festival. Fidèle à son slogan, « Le dernier à fermer », l’animé Bar Esperanza est ouvert jusqu’à l’aube.

Là, le public et les acteurs, les réalisateurs et les techniciens des films projetés se rencontrent, une bière Cristal - la bière typique cubaine - à la main. Ils dansent au rythme de la musique enregistrée ou live. Des concerts sont organisés chaque jour. C’est le cadre idéal pour échanger des vues sur le festival. Y a-t-il par hasard quelque chose de mieux pour boucler une journée intense ?

Photos: Gabriel Guerra Bianchini

Traduction : Fernández-Reyes

Habana XXI

Habana XXI s’efforce de retranscrire, que ce soit par l’image, le son, ou l’écrit, la vie quotidienne de La Havane et de Cuba à un public hétéroclite, curieux, intéressé, souvent non résidents. Toujours en dehors des grands débats politiques, économiques ou des thèmes couramment traités par les médias officiels, Habana XXI souhaite au contraire faire témoigner les Cubains de tous les jours, la société dans son organisation actuelle, à travers des lieux, des traditions, des expressions culturelles parfois méconnues. Habana XXI privilégie la chronique comme mode d’expression,  pour sa forme plus humaine, plus proche des réalités de l’île. Prédomine donc la « première personne » dans les témoignages, exprimant ainsi une expérience vécue représentative de la Cuba du XIXe siècle. Habana XXI sur Youtube. 

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