La salsa des Van Van : Cuba à l'état brut

2019-01-11 03:26:54
Florine Lamarque
La salsa des Van Van : Cuba à l'état brut

Photo : Facebook avec la permission de VanVan

S'il fallait résumer les Van Van en un mot, ce serait cubanía. Pour savoir de quoi il en retourne, on peut commencer par écouter les premières secondes de Por encima del nivel : à entendre l'inénarrable Pedrito Calvo rugir « Sandunga ! », un terme intraduisible aux consonances africaines, sur fond de basse électrique et de percus, on a tout de suite envie d'en savoir davantage.

La naissance des Van Van, c'est l'envol d'un musicien prometteur, Juan Formell, bassiste de l'orquestre de changüi d'Elio Revé, qui créé son propre groupe à la fin de l'année 1969. En mettant en œuvre des changement testés dans l'orquestre Revé, Formell est le protagoniste d'une révolution musicale : il revisite le format charanga en introduisant la basse électrique, le travail à 4 voix puis le synthétiseur et les violons électriques, utilisés de manière rythmique et qui sont la marque de fabrique du groupe dans les années 1980. Quintana, le percussionniste vedette des Van Van, ne s'interdit plus aucun instrument. C'est avec lui que Formell fait évoluer le rythme du son pour créer le songo. Les influences jazz, rock et funk sont notoires. Le résultat, des titres légendaires : La Habana sí, El baile del buey cansado, Marilú… La liste est interminable de ces classiques des Van Van qui irradient une musique cubaine contemporaine à l’intertextualité foisonnante.

Photo : www.juventudrebelde.cu

Difficile de ne pas danser au son de Van Van tant leur rythme respire la joie de vivre à la cubaineLe tempo, nettement marqué et plus lent que dans la timba actuelle, est favorable à ceux qui débutent en salsa… Mission impossible pour Formell, un musicien hors pair incapable d'enchaîner deux vueltas. Les images de concert sont là pour en attester !

Mais la recette Van Van, c'est aussi la picardía, un humour plein de malice et typiquement cubain qui ne tombe jamais dans le vulgaire. Les Van Van restent classe, ils ont un statut de numéro un à défendre, le groupe a remporté le Latin Grammy du meilleur album salsa avec Llegó Van Van en 2000. Van Van, c'est l'image de marque de Cuba.

Photo : www.cubamusic.com

Leur secret ? Selon Formell lui-même c'est de tirer son inspiration de la rue. Des petites phrases, que le compositeur a entendues en faisant la queue à la boulangerie ou à la bodega. Elles deviendront des refrains connus de tous: qué cosa la costurera, la titimanía, te cogió eso que anda… Les Van Van, c'est Cuba à l'état brut, sans concessions, et leur public le leur rend bien.

Point d'orgue d'une carrière monumentale, Formell s'est vu attribuer un prix spécial aux Latin Grammy Awards 2013, avant de s’eclipser l’année suivante, laissant le groupe orphelin.Fin d'une histoire ? Pas vraiment, si l'on en juge par la qualité de l'album La fantasía: homenaje a Juan Formell (2017) placé sous le signe de la fidélité… Symbole de cette continuité, la fille du Maestro, revenue des Etats-Unis est la nouvelle voix du groupe. Alors, que roule Van Van, "le train de la musique cubaine" ! L'esprit de Formell veille.

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