Las Terrazas : communauté rurale des temps modernes

2012-07-30 22:53:03
Las Terrazas : communauté rurale des temps modernes

Photo: Cubania

  En quarante ans, les guajiros (les paysans) ont tellement changé qu’il est difficile de reconnaître en eux leurs ancêtres. Ces derniers habitaient des maisonnettes blanches aux tuiles rouges. Depuis « la modernité » s’est emparée de la communauté de Las Terrazas, dans la nouvelle province d’Artemisa.

  Aujourd’hui, les habitants s’habillent à la mode, écoutent de la musique urbaine et ont  un niveau d’éducation particulièrement élevé. Ils accueillent des milliers de visiteurs et de touristes venus du monde entier. Toutefois, malgré les changements, ils ne se sont pas éloignés complètement de leurs racines. Au-delà de la volonté d’amélioration des conditions de vie de la communauté, le plan gouvernemental prévoyait le reboisement de plus de 5000 hectares de verdures dans la Sierra del Rosario (déclarée Réserve naturelle préservée par l’UNESCO en 1985). L’expérience fut couronnée de succès. Elle reste pour beaucoup un exemple de développement durable fructueux.

La genèse

  Le projet débuta en 1968 avec la plantation en terrasses de plusieurs espèces d’arbres. Les autorités souhaitaient rendre les paysans locaux responsables de la sauvegarde de la faune et de la flore environnantes. C’est pour cette raison que l’idée de communauté est apparue.

  En 1971, un village fut construit au même endroit. Il compte aujourd’hui 243 logements et plus de 1 000 habitants. Tout comme les arbres, les maisonnettes ont été disposées de manière à ne pas dénaturer le terrain, en épousant le relief en terrasse. La population bénéficie d’écoles (primaire, lycée et un jardin d’enfant), d’un médecin, d’un laboratoire médical, d’une pharmacie, de cafétérias, d’un centre récréatif et, le plus important, d’une connexion avec le réseau de routes nationales. À l’origine, la seule condition imposée aux habitants était qu’ils ne pouvaient modifier l’aspect extérieur de leur maison.

  La route asphaltée qui court du haut de la montagne au kilomètre 51 de l’autoroute nationale est devenue le symbole du changement.  La vie quotidienne de ces êtres humains a, en effet, considérablement changé. Ils ont continué à cultiver la terre, à produire du charbon de bois tout en veillant à la croissance des arbres et à la reproduction des animaux. Mais, ils n’ont plus besoin de se lever à l’aube pour emmener leurs enfants à l’école ou de parcourir de nombreux kilomètres pour aller chez le médecin pour une rage de dent. Tout est près de chez eux dorénavant.

 Aujourd’hui, les habitants sont devenus des travailleurs forestiers. L’agriculture de subsistance a disparu. Dans la première étape du Plan de Développement de Las Terrazas, les autorités cubaines ont décidé de replanter plus de huit millions et demi d’arbres et de construire 150 kilomètres de chemins à travers la verdure. Le projet fut dirigé par l’architecte Osmani Cienfuegos, frère du héros de la Sierra, Camilo.

Photo: Cubania


Priorité à un nouveau type de tourisme

 Comme partout sur l’archipel cubain, la disparition de l’Union Soviétique et le début de la « période spéciale » conduisirent les paysans de Las Terrazas à connaître la rigueur de l’économie cubaine. C’est à ce moment que l’idée de faire profiter les beaux paysages locaux ( la végétation soignée et prolifique, les rivières et les reliefs du pays) aux touristes internationaux est apparue. Le complexe de Las Terrazas est né en 1994. Complètement original, le projet fut défini comme une expérience rurale de développement durable tournée vers l’ouverture aux touristes.

 Ce second changement de mode de vie pour les habitants de la communauté entraîna de nouveaux bouleversements. L’économie locale pu prospérer grâce au tourisme. De ce fait, le directeur du complexe réussi à finaliser son budget sans l’aide de l’État cubain dès l’année 1995. Les autorités locales décidèrent qu’un pour cent des recettes devait rester dans la communauté. C’est l’assemblée des voisins qui décideraient de la répartition de cet argent.

 Un hôtel quatre étoiles fut construit à Las Terrazas en plus d’autres installations destinés aux « touristes écologiques ». Les retombées économiques engendrées par le complexe ont permis aussi aux paysans d’ouvrir des restaurants créoles ou des magasins d’artisanat bien intégrés dans le village.

Photo: Cubania


Les racines de la communauté

 Plus de vingt ans après avoir développé le tourisme local comme réponse à la crise économique, les habitants de la zone ne sont plus dupes des promesses de l’État providence. Le temps où il suffisait d’attendre que le gouvernement distribue des subventions pour vivre convenablement est terminé. Les paysans ne portent plus la guayabera (vêtement typique) ou le chapeau de Yarey. Le reggaeton a remplacé la musique traditionnelle. Toutefois, les coutumes campagnardes restent profondément ancrées dans l’esprit de ce peuple.

  Les agences de voyage vantent les mérites de cette région vallonnée ou les maisons sont suspendues aux flancs des montages. Les visiteurs peuvent se balader à travers une nature luxuriante, admirer des oiseaux splendides et d'espèces rares, se baigner dans des rivières aux eaux cristallines ou encore visiter les ruines des plantations françaises du café du XIXe siècle . Mais surtout, les touristes peuvent échanger avec les autochtones, autour d’un bon verre d’eau ou d’une tasse de café ».

  Las Terrazas reste un mystère dans la région. Au milieu d’un paysage voluptueux où la tradition rustique reste fortement ancrée, on trouve un village où se mêlent des ateliers de peintures, de céramiques, de sérigraphie ou de sculptures. Les habitants sont également fiers que leur vedette locale, chanteur-compositeur Polo Montañés ait réussi à se faire connaître au-delà des frontières du pays. Décédé prématurément en pleine gloire, les habitants de Las Terrazas ont décidé de construire un musée en son hommage au sein du village.

 Il est possible qu’aujourd’hui, les habitants de la communauté ne se rappellent plus de la vie d’ermites de leurs ancêtres. Cependant pour eux le plus important est que cette expérience de développement local et durable ait été un véritable succès. Cela en raison notamment de la flexibilité du projet et de la volonté des paysans de s´investir dans la réussite du projet. Comme pour beaucoup de cubains, l’habilité a été inventer pour aller de l’avant. Comportement primordial dans le Cuba moderne. Après tout, Las Terrazas n’est peut-être qu’un avant-goût des changements à venir au pays.

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