Le Café arrive aux Caraïbes

2012-10-05 05:28:37
Rolando Álvarez Estévez
Le Café arrive aux Caraïbes

Au début du XIXème siècle, Cuba est devenu le premier producteur-exportateur mondial du café. Depuis lors, « prendre un café » fait partie de la vie sociale ; le café est si imprégné dans les mœurs cubaines que tous les prétextes sont bons pour en offrir un buchito de café (une petite tasse de café). « Les Cubains aiment leur café vif et intense, avec la même passion qu’ils abordent la vie ». Mais, d'où vient le café cubain ?

Cubania veut partager cet article de la revue culturelle Lettres de Cuba, écrit par le Docteur en Sciences et membre de la Société Cubaine d'anthropologie biologique, le chercheur Rolando Álvarez Estévez, qui dévoile les origines et le chemin du café jusqu'à la mer des Caraïbes.

Du Jardin de Plantes aux Antilles

Le fait que le capitaine de la Marina de Martinique, Gabriel Desclieux, distribue le caféier dans plusieurs territoires des Caraïbes, apporté du Jardin des Plantes de Paris, où il avait été envoyé par le Roi Louis XIV, après l'avoir reçu d'Amsterdam en Hollande en 1714.

Il suscite l'introduction de cette culture à Cuba en 1748. Neuf ans plus tard, après que l'arbrisseau original eut produit d'autres plantes, en plein Paris. Gabriel Desclieux se propose,et parvient avec beaucoup de difficultés en obtenir une. Il lève l'ancre du port de Nantes en 1723, avec un caféier comptant plusieurs branches en direction de la Martinique. 

Dès son arrivée sur l'île française, Gabriel Desclieux replante le caféier dans sa propriété, et obtint, en 1726, la première récolte atteignant deux livres de grains et qu'il distribua ensuite, entre plusieurs commerçants intéressés. Quelques années plus tard, quand les plantations de cacao sur le territoire de la Martinique souffrirent de grandes affections. La culture du café résolut un sérieux problème de soutien pour la population en matière de main-d’œuvre et de production.

Gabriel Desclieux, qui pourrait être considéré comme le père d'une grande partie des caféières d'Amérique, est mort dans une pauvreté totale et sans que sa contribution fut valorisée à sa juste mesure. 

José Antonio Gelabert, le premier producteur de café cubain

Dans le contexte où le comptable du gouvernement espagnol, José Antonio Gelabert, se trouve à Cuba et visite l'Île Española. Son attention fut grandement attirée par les débuts de la culture intensive du café avec d'excellents résultats, mais également il se montra intéressé par les propriétés qu'on lui attribua, principalement le caractère médicinal. Ce sera quelques années plus tard que le café s'utilisera comme nous le faisons aujourd'hui.

Le savant cubain Don Tomás Roig, dans son Dictionnaire Botanique des Noms Populaires Cubains, nous dit : « La plante du café appartient à l'espèce Coffea Arabica de la famille du rubiacées, originaire d'Arabie, introduite à Cuba par Antonio Gelabert ».

Les caféiers plantés par José Antonio Gelabert sur ses terres de Wajay, une localité située à la limite de La Havane, signifie historiquement que ce territoire à la primauté du café à Cuba. Pour cette raison, depuis 1980, se sont réactivées les traditionnelles fêtes du café à Wajay, lesquelles réaffirment et proclament chaque année que là eut lieu le premier repiquage du caféier dans l'archipel cubain.

Il manquait quasi un demi-siècle pour que se produisent les grandes vagues d'émigration provenant de la Española, aujourd’hui Saint Domingue et Haïti. Celles-ci donneraient naissance au développement du café dans la Sierra Maestra et dans différentes zones de Guantánamo, des territoires situés dans l'ancienne province de l'Oriente.

L'immigration française et les plantations caféières

De la fin du XVIIIème siècle et jusqu'au début du XIXème, arrivèrent à Cuba, en plusieurs étapes, des milliers d'émigrés de l'île voisine. Leur estimation est chiffrée à environ 30 000 personnes, bien que le grand démographe cubain Juan Pérez de la Riva considère que c'est exagéré. Ceci indique que l'on ne peut pas parler d'un chiffre exact, seulement d'une approximation. La certitude est, grâce à une partie de l'immigration française mentionnée, dans laquelle se trouvait plus d'une centaine d'anciens administrateurs ou propriétaires de plantations de café dans des zones isolées, inhabitées et sur des terres non cultivées.

À la suite, dû à l'application et aux efforts de ces nouveaux arrivants, ces terres se sont converties en un empire du café. Une estimation de 1807, fait état de 192 exploitations caféières dans la partie est de Cuba, dont 176 tenues par des français, qui emploient 1 676 esclaves pour 4,3 millions de pieds de café.

Ces planteurs, dans de nombreux cas, ont apporté leurs esclaves et leurs expériences dans ce domaine. Ils possédaient un certain capital financier et ils dominaient les avances technologiques qu'ils avaient appliqué à Haïti.

De même, l'action de cette migration permit à Cuba d'occuper la place d'Haïti – dû à la dévastation de son agriculture et de son économie suite à la guerre qui s'y déroulait depuis la nuit du 14 août 1791. Haïti était le principal producteur et exportateur de café dans le monde. Jusqu'à cette même année, l'ancienne colonie française exportait au moins 40 % de la consommation mondiale du café. 

Les réfugiés français ont contribué à une révolution du café à Cuba, sur les hauteurs de Santiago de Cuba, où on voit encore aujourd'hui les ruines imposantes de leurs caféières dans la Sierra Maestra. Parmi les mieux conservées de ces anciennes haciendas, La Isabelica, située à l'est de Santiago de Cuba, fondée par Victor Constantin Cruzeau, qui a été inscrite au patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco.

1.Essor des plantations et subversion antiesclavagiste à Cuba (1791-1845) par Alain Yacou.



 

Lettres de Cuba

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