Marianao : ville de progrès ?

2019-10-20 08:55:24
Kasandra
Marianao : ville de progrès ?

La Havane fête cette année ses 500 ans, rajeunie par l’affluence des visiteurs étrangers et par un important processus de restauration cherchant à lui redonner sa splendeur d’antan. Cependant, les travaux et les touristes ne semblent pas toucher certains quartiers havanais, plutôt populaires, mais riches en histoire, traditions et lieux d’intérêt.

Situé à l'ouest de La Havane, se trouve le quartier dit « marginalisé » de Marianao. Or, celui-ci cache un bon nombre d'histoires qui révèlent sa valeur d'autrefois. Marianao abritait non seulement des belles forêts et plages, mais aussi les plus célèbres cabarets, casinos et clubs privés de la ville. C'est ici que le Buena Vista Social Club a vu le jour ainsi que l'Oriental Park, baptisé comme la Mecque des courses hippiques de toute l'Amérique. Bien que la splendeur de ces années est difficilement perceptible aujourd'hui, Marianao continue à intriguer et envoûter...

Cubanía vous fait découvrir ce quartier, souvent ignoré ou mal compris, mais riche en histoire et expériences cubaines.

Les débuts

Marianao est un nom d’origine arawak utilisé pour décrire une vaste étendue de terre située entre les eaux des rivières Almendares et Quibú. Ce quartier havanais fut appelé autrefois « ville jardin » pour sa nature privilégiée. Ses denses forêts, qui approvisionnaient le bourg de San Cristóbal de La Habana en bois, étaient habitées par une riche faune. Au nord, la frontière naturelle de la zone était la mer et ses plages de sable blanc.

Le plus important établissement de populations remonte à 1720, date à laquelle le protecteur des indiens Cristóbal Zayas Bazán demanda au cabildo (Conseil d’administration coloniale) de La Havane l’autorisation d’établir une communauté indigène au site connu encore aujourd’hui comme Quemados de Marianao, nom qui fait allusion à l’incendie qui ravagea le hameau originaire. Le village se développa dans le temps autour d’un ermitage dédié à Saint François Xavier.

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Attirées par les terres fertiles et les facilités qu’offrait le tracé du Camino Real de Vuelta Abajo, des familles d’agriculteurs ont commencé graduellement à arriver à la région. Les aristocrates, eux aussi, trouvèrent à Marianao un site paradisiaque pour y bâtir leurs maisons d’été, à proximité de la mer, ou leurs maisons de campagne. 

Marianao, « ville en plein essor » 

Après la fin de la Guerre des Dix Ans en 1878, Marianao acquiert le statut de municipalité. Il semblait qu’elle jouissait de tous les atouts. Reliée au centre-ville par un chemin de fer, Marianao était le seul emporium agricole et sucrier de la capitale et avait aussi à son actif la sucrerie Nuestra Señora del Carmen - connue plus tard sous les noms de Toledo et de Martinez Prieto

Marianao pouvait se vanter d’avoir un marquis parmi ses habitants. Salvador Samá Martí, marquis de Marianao, fut une figure principale du Conseil de développement, société qui contribua à la croissance du village et parraina des ouvrages comme le Teatro Principal, scène sur laquelle se produisirent des figures de renom telles que Rita Montaner, chanteuse et actrice cubaine et Esperanza Iris, célèbre vedette mexicaine.

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Mais ce n’était que le début d’un long chemin. La Havane commença à s’agrandir vers l'ouest pendant les premières années du XXe siècle. La nouvelle bourgeoisie havanaise décida de s’installer dans les quartiers de Miramar, Atabey et Siboney, qui faisaient partie de la municipalité de Marianao. Les ouvrages furent conçus par des architectes européens et américains à la mode, ou par des Cubains de renommée internationale comme Max Borges Recio, chargé de la conception du cabaret Tropicana, le bijou de la couronne de la glamoureuse Marianao. 

Au cours de la première moitié du XXe siècle, cette partie de La Havane atteint toute la splendeur d’une Nice tropicale, dotée de fastueuses demeures - qui doivent beaucoup aux doctrines du Bauhaus ou qui reproduisent le style des chalets californiens. Marianao comptait des clubs nautiques, un Country Club, qui avait le meilleur terrain de golf 18 trous de l’Amérique, un Yacht Club, un hippodrome, l'Oriental Park, un cynodrome, des cinémas, ainsi que d’élégants parcs et rues parfaitement tracées et bordées d’arbres, comme la belle Quinta Avenida (cinquième avenue).

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Ses habitants et ses quartiers

Marianao tenait aussi en main les ficelles de la politique du pays. La cité militaire de Columbia était le siège de l’état-major des forces armées nationales. Selon un slogan de l’époque, « qui détient le contrôle de Marianao, détient Cuba ».

Nous en voulons pour preuve le putsch de 1952 donné par le général Fulgencio Batista (président de Cuba pendant sept ans). C’est dans la caserne de Marianao que le putsch a eu lieu et c’est de son aéroport que Batista a battu en retraite en apprenant que Fidel Castro et ses hommes avançaient vers La Havane. 

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En même temps, une population flottante, formée des travailleurs saisonniers de la sucrerie, des domestiques au service de la bourgeoisie locale et des ouvriers de divers secteurs, s’est établie au sud des communes aisées, à proximité du Camino Real et du noyau fondateur de Los Quemados.

C’est ainsi qu’a vu le jour Pogolotti, le premier quartier ouvrier, et bien d’autres très humbles qui portaient des noms peu distingués comme Coco Solo, Palenque ou Palo Cagado. L’actuelle municipalité de Marianao regroupe essentiellement ces agglomérations. 

En 1976, suite à la décision de procéder à une nouvelle division politico-administrative, Marianao est divisée en trois municipalités : Playa, Lisa et Marianao. Cette dernière comptait 133 000 habitants et pas une seule paillette. La commune, dont la surface a été réduite à 22 km, perdait ainsi la forêt, la rivière Almendares et les plages.

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La vérité est qu’aujourd’hui la municipalité abrite une bonne partie des quartiers marginaux les plus célèbres de La Havane. L’image urbanistique est précaire et chaotique, situation qui s’est aggravée pendant la dénommée période spéciale. De temps à autre on découvre cependant des chalets et petits châteaux datant de l’époque du marquisat.

Que reste-t-il des endroits les plus célèbres du vieux Marianao ? Quel est le modus vivendi de ses habitants et quel visage donnent-ils à la Havane d'aujourd'hui ?
Voici quelques questions à nous poser en attendant la suite de cette histoire...


Photos : Wanda Canals

Traduction : Fernández-Reyes

Habana XXI

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