Matanzas en effervescence à l’approche de son 325e anniversaire

2018-09-10 20:42:51
Ariadna Martín Díaz
Matanzas en effervescence à l’approche de son 325e anniversaire

Photo : Cubania

Avec ses caractéristiques géographiques uniques, ses histoires et ses légendes fascinantes, Matanzas est une ville privilégiée, naturellement plurielle. Son architecture exceptionnelle et sa richesse culturelle surprenante font de cette ville le berceau de bien des composantes de la culture et de l’identité cubaines.

Ville natale de musiciens et de poètes emblématiques, elle a donné naissance à la rumba et au danzón, et possède un patrimoine d’origine africaine unique à Cuba. Sa collection d’art se classe parmi les premières au niveau international, avec des pièces de plus de cent ethnies, et compte l’une des vingt-deux têtes d’Ifé qui existent dans le monde.

Cette ville, largement méconnue, abrite des trésors comme la seule pharmacie française du XIXe siècle à Cuba, en parfait état de conservation, ou le plus ancien stade de baseball en fonctionnement au monde. Capitale artistique et culturelle de Cuba au XIXe siècle, la ville a longtemps été victime de sa situation géographique, entre La Havane et Varadero, les deux principaux pôles touristiques de l’île. Aussi, la plupart des circuits touristiques n’accordent-ils qu’une place réduite à Matanzas, quand ils ne passent pas à côté.

Photo: Cubania

Un peu d’histoire

Baptisée San Carlos y San Severino de Matanzas lors de sa fondation le 12 octobre 1693, Matanzas est la première ville moderne d’Amérique. Contrairement aux villes plus anciennes du continent, son tracé a été conçu de manière rigoureuse, conformément aux instructions édictées par le roi Philippe II d’Espagne sur la disposition des places, rues et bâtiments. L’intérêt de la monarchie espagnole pour la création d’une ville dans la région a été suscité par l’attaque du corsaire Piet Heyn qui avait intercepté, dans la baie de Matanzas, la flotte espagnole transportant l’argent des colonies.

Au XIXe siècle, Matanzas devient la deuxième ville la plus prospère de Cuba, seulement devancée par La Havane. La production de sucre est la locomotive de ce boum économique et culturel. Matanzas est alors à l’apogée de sa splendeur, on y trouve la fine fleur des intellectuels et des artistes ; le développement exceptionnel que connaissent le théâtre, la poésie et la musique est à l’origine de la tradition artistique de la ville, qui perdure encore. Le danzón, genre musical et danse nationale de Cuba, a été créé à Matanzas par Miguel Faílde. C’est la ville de José White, ce talentueux musicien et compositeur métis qui a conquis le monde, de Dámaso Pérez Prado, le créateur du mambo, et des poètes Bonifacio Byrne et Carilda Oliver Labra.

Le centre historique abrite des trésors de l’architecture cubaine du XIXe s., comme le bâtiment de la douane du port (Jules Sagebien, 1826), le théâtre Sauto (Daniel Dall´Aglio, 1863) ou encore les deux ponts centenaires conçus par Celestino Del Pandal : le Concordia (1876) et le Calixto García (1899).

L’empreinte laissée par les esclaves africains constitue l’autre facette de l’histoire de la ville. Matanzas est aussi nommée « l’Afrique de l’Amérique » car, avec Salvador au Brésil, c’est la ville qui a accueilli la plus grande diversité d’ethnies africaines. Ces populations constituent une composante fondamentale de la culture locale. Aussi, c’est dans cette région que l’on trouve trois des plus anciens cabildos1 du pays : Egbado Lucumí qui possède les seuls tambours sacrés Olokun de Cuba et d’Amérique, Iyesa Modu San Juan Bautista et Arará. Ce dernier cabildo pepétue la Regla Arará, un ensemble de croyances et de pratiques religieuses cantonnées de nos jours à la région de Matanzas.

Photo: Cubania

Il n’y a donc rien de surprenant à ce que la danse et la musique rumba soient nées ici, dans les plantations de canne à sucre et les baraquements d’esclaves. Ce genre, qui est l’une des racines de la musique cubaine et latino-américaine, a récemment été inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO. C’est traditionnellement de Matanzas que sont issus les meilleurs rumberos du pays, à l’instar de Los Reyes del Tambor, AfroCuba et Los Muñequitos de Matanzas, un groupe à la notoriété internationale récompensé par un Latin Grammy.

Matanzas est sans aucun doute une ville qui a beaucoup à offrir aux visiteurs, en particulier à ceux qui apprécient l’art et la culture. D’autant plus que cette année, la cité se pare de ses plus beaux habits : elle fêtera son 325e anniversaire le 12 octobre prochain. Matanzas est déjà gagnée par l’effervescence, avec des projets culturels dans toute la ville. Si vous n’avez pas encore eu l’occasion d’y venir, c’est le moment idéal : n’hésitez pas, Matanzas vous invite.

1.Associations religieuses remontant à l’époque coloniale, elles regroupaient les esclaves sur des bases ethniques et constituaient des sociétés de protection et de secours mutuels.


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