Octobre 1962, lorsque le Monde faillit basculer

2019-10-17 03:24:03
Bertrand Ferrux
Octobre 1962, lorsque le Monde faillit basculer

Parmi les dates qui ont donné à Cuba une importance mondiale, il y a un certain mois d'octobre 1962. Voici le récit de l’épisode qui a mis la grande île au cœur d’une des crises internationales les plus sérieuses de l’Histoire contemporaine…

Cuba au centre de l’escalade des tensions de Guerre Froide

La révolution est en marche depuis 3 ans, Cuba s'est fortement rapproché de l'URSS à la suite de l'Embargo nord-américain mis en place en février de la même année. Le pays devient communiste, ses idéaux proches du bloc de l'Est et sa politique calquée sur le géant soviétique.

Les USA s'intéressent beaucoup à la grande île, ami de leur ennemi, pays le plus proche de leur territoire si on exclut la frontière terrestre avec le Canada.

Les américains veulent savoir ce qui s'y passe. Ils ne seront pas déçus durant cet été 1962 : leurs découvertes, permises par leur nouveau Centre National d'Interprétation Photographique va les laisser littéralement « médusés » et sous le choc des clichés pris à 20.000 mètres d'altitude et pourtant si parlants.

Les photos montrent que partant à Cuba, sur les routes, à l'ouest de la Havane, dans le port de Mariel se promène un arsenal digne de mouvements de guerre : Patrouilleurs lance-missiles KOMAR, batteries de missiles anti-aérien Sol Air...

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Cuba se voit le théâtre, à 200 km des côtes de Floride, d'un déploiement militaire sans précédent dans l'Histoire. Mais la Maison Blanche n'est alors pas inquiète pour autant, car tout cet arsenal serait défensif...

Cuba théâtre d’une crise internationale sans précédent 

Et puis le 15 septembre, le Poltava, chargé de missiles, cette fois nucléaires fait route vers Cuba. A son bord, des SS4 et SS5, missiles balistiques de 3500 km de portée : tout le continent américain devient menacé. Les photos sont sans erreur possible, les spécialistes comparent alors les tailles des containers ou des remorques aux matériels présentés lors des parades militaires moscovites.

Kennedy, jusqu'alors optimiste doute de la véracité des clichés « Êtes-vous sûr de tout ceci ?» demandera-t-il à ses agents le 16 octobre. Dans la foulée, il reçoit à la Maison Blanche deux jours plus tard  Andreï Gromiko, ministre des Affaires Étrangères de l'URSS :
« le déploiement militaire à Cuba ? Purement défensif... se justifiera ce dernier.
- Quel fieffé menteur !!! » dira de lui JFK en le quittant.

Et le Président des États-Unis, avant d'alerter la population demande les avis de chacun. Rien n'est moins violent que ce que les uns et les autres vont proposer : pour les militaires, une invasion de Cuba serait la solution ; les conseillers proposent eux une frappe aérienne violente...

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On se trouve, en cet automne 1962, au terme de la guerre froide et à l'aube d'un conflit mondial. Cuba est alors le cœur de cette situation.

Cuba saisie entre deux super puissances 

Le 22 octobre, le Président des États-Unis choisira de s'adresser à la nation. Il annoncera la mise en place d'un blocus des cargos soviétiques. En réalité, il craint, en cas de violences extrêmes, d'abord une contre-attaque contre Berlin, isolé au cœur de l'Allemagne de l'Est puis une escalade sans fin.

Il conclura son discours par « ce n'est pas la paix au prix de la liberté, mais en même temps la paix et la liberté ». Toutefois il dira ne pas négliger si nécessaire des mesures de représailles massives...

Il faut croire que les menaces ont porté leurs fruits et que la voix diplomatique aura eu le dessus sur les habitudes guerrières. Le 24 octobre, 5 cargos soviétiques font demi-tour avant d'atteindre la ligne de blocus et retournent en URSS. Moscou ne s'exprime pas.

Au Conseil de Sécurité de l'ONU, le 25 octobre, Adlai Stevenson, représentant les USA, (celui-là même qui conseillera à Kennedy de ne pas aller en visite à Dallas en novembre 1963) interpèle son homologue soviétique Valerian Zorine et prouve, photos à l'appui devant les conseillers onusiens médusés, que les missiles sont toujours sur leurs bases de lancement à Cuba.

La pression remonte d'un cran lorsqu'un avion US est abattu dans l'espace aérien de l'île. Il est temps pour les soviétiques de faire preuve de bon sens. Khrouchtchev donne l'ordre de démanteler les sites offensifs puis toutes les installations militaires soviétiques présentes.

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En échange, les États-Unis informent ne plus chercher à attaquer Cuba et démonter leurs fusées Jupiter installées en Turquie et en Italie, pointées elles sur le bloc communiste d'Europe de l'Est.

Tout va alors rentrer dans l'ordre.

C'était un mois d'Octobre d'il y a 57 ans, un « octobre rouge » où la diplomatie et les échanges internationaux permirent au Monde de se stabiliser pour quelques dizaines d'années encore.

Et Cuba, comment vit-elle la situation ? 

Quand on parle de la fameuse crise des missiles, la perspective de Cuba est peu relayée. On la raconte depuis la Maison Blanche ou du Kremlin, on parle de Kennedy et de Krouchtchev, mais Fidel Castro et l’expérience du peuple cubain sont à peine mentionnés…

Et cela paraît naturel car Cuba n’aura servi que de terrain de confrontation entre les deux super-puissances de l’époque qui, en voulant se partager le Monde, ne pensent qu’à renforcer leur hégémonie en contexte de Guerre Froide.

Le petit territoire caribéen devient un lieu de confrontation idéal ; il se trouve en Amérique Latine, chasse gardée des États-Unis, là où l’Union Soviétique rêvait de s’imposer, ce qu’elle n’avait  jusqu’alors jamais réussi. Les États-Unis le vivent comme la menace ultime et l’URSS comme une grande victoire… Il s’agit surtout d’une énorme provocation.

Mais ni les USA, ni l’URSS ne pensent aux intérêts de la petite île tiers-mondiste qui elle, cherche seulement à se défendre des attaques de la super-puissance voisine.
Car la tentative d’invasion de la Baie des Cochons est récente et les Cubains sont psychologiquement prêts à tout. Après la victoire de Playa Girón, ils se sentent invincibles, à tel point que la perspective d’une attaque nucléaire ne les intimide même pas.

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La foi envers le pouvoir est à l’époque si grande que même face à la possibilité d’une guerre qui raserait l’île, les Cubains pourraient donner corps et âme pour défendre la Révolution…

On prépare des bunkers à l’Hôtel National, on mobilise les troupes et toute la jeunesse s’arme naïvement mais avec enthousiasme et témérité pour faire face à l’ennemi…

Voici le climat qui accompagne cette crise à Cuba. Fidel Castro, au départ, accepte avec réticence le déploiement des missiles soviétiques, conscient du risque, puis finalement le juge nécessaire pour la sécurité du pays. Loin d’un comportement de victime, Cuba a agi activement afin de se défendre du mieux possible car la possibilité d’une attaque depuis l’un des pays les plus puissants au monde est probable.

Et pourtant, ce sont les Cubains, plus que les Soviétiques, qui sortent humiliés de cette crise. Fidel Castro n’est pas impliqué dans les négociations entre les deux super-puissances, et Krouchtchev retire les missiles sans le consulter. Certes, le deal conclu entre les deux puissances confirme que les États-Unis ne chercheront plus à envahir l’île ; mais cet échange laisse Cuba dans une position de faiblesse et de vulnérabilité, et surtout, fortement blessé dans son orgueil.

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Castro se sent trahi par son allié, déçu de n’avoir pas été pris en considération après qu’il a accepté pourtant un risque énorme en aidant les Soviétiques. Suite à cet épisode, il se méfiera toujours un peu de Krouchtchev et du rapprochement avec l’URSS. Ce n’est qu’à la fin des années 1960 que Cuba s’intègre plus entièrement au bloc soviétique, sûrement par nécessité économique.

Bien que Cuba ait voulu être un acteur reconnu dans le règlement de cette crise, elle n’en fut que le théâtre ; un peu comme à chaque fois que l'île a été victime de sa situation géographique sur l'échiquier international.



Habana XXI

Habana XXI s’efforce de retranscrire, que ce soit par l’image, le son, ou l’écrit, la vie quotidienne de La Havane et de Cuba à un public hétéroclite, curieux, intéressé, souvent non résidents. Toujours en dehors des grands débats politiques, économiques ou des thèmes couramment traités par les médias officiels, Habana XXI souhaite au contraire faire témoigner les Cubains de tous les jours, la société dans son organisation actuelle, à travers des lieux, des traditions, des expressions culturelles parfois méconnues. Habana XXI privilégie la chronique comme mode d’expression,  pour sa forme plus humaine, plus proche des réalités de l’île. Prédomine donc la « première personne » dans les témoignages, exprimant ainsi une expérience vécue représentative de la Cuba du XIXe siècle. Habana XXI sur Youtube. 

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