Oh, mon bateau !

2020-03-17 20:13:07
Bertrand Ferrux
Oh, mon bateau !

Nous sommes en mars 2020, le monde entier fait face à une pandémie sans précédent. Partout, on parle de guerre médicale et on compte les personnes infectées : plus de 81.000 cas en Chine, 28.000 en Italie, 190.000 sur la planète où aucune nation n'est épargnée. L'Europe a décidé hier de fermer ses frontières, comme de nombreux pays à travers le monde. A Cuba, au même moment, seulement 5 cas de contamination et les premières mesures ont été prises. Le gouvernement a envoyé des médecins en Europe (province de Lombardie – Italie) pour participer à la tentative de canalisation de la maladie.

Le Coronavirus suit son évolution depuis sa première annonce le 31 décembre 2019. A cette date, les autorités chinoises avaient simplement prévenu l'Organisation mondiale de la santé (OMS) de l'émergence de cas de pneumonie d'origine inconnue à Wuhan (11 millions d'habitants), capitale de la province du Hubei. Dans cette période devenue difficile, entre confinement, méfiance et mauvaises nouvelles, une fin heureuse pour un voyage cauchemardesque, heureuse grâce à Cuba.

Retour sur une croisière qui aurait pu mal finir...

Il s'appelle le MS Braemar. C'est un paquebot, comme tant d'autres aujourd'hui, et surtout comme tous ceux qui n'ont plus le droit d’accoster à la Havane, embargo oblige. Ce navire se démarque toutefois des autres, par sa plus faible capacité : moins de 1000 passagers et 380 membres d'équipage.

Ce « petit » bateau de 485 chambres entame le 11 février depuis Southampton au Royaume-Uni une traversée de l'océan pour ensuite découvrir la Caraïbe... On se retrouve presque au temps des grands transatlantiques, « tel un hôtel de campagne, dans une atmosphère intime et peu fréquentée »... c'est ainsi que la compagnie Fred. Olsen Cruises Lines présente son vaisseau plutôt réservé aux happy fews...

Mais contrairement aux premiers voyages du XXe siècle qui se contentaient de traverser l'Atlantique, les croisières d'aujourd'hui cumulent les escales, proposent des voyages pour tout ou partie avec possibilité de rester même jusqu'à 2 ou 3 mois à bord...

solidarité, cuba, covid-19, coronavirus, pandémie coronavirus, mesures cuba face au coronavirusPhoto : http://www.resumenlatinoamericano.org

Croisière sans port

Après un franchissement de l'Atlantique sans encombre, le MS Breamer va connaître quelques difficultés d'accostage... Le 27 février, la République Dominicaine est la première île à lui refuser l'accostage : plusieurs passagers auraient des symptômes de grippe... Qu'importe : d'autres escales l'accueillent sans problème, de nouveaux passagers montent même à bord le 2 mars depuis Saint Martin, il arrive ainsi à la Jamaïque le 4 mars.

Mais à Carthagène le dimanche 8 mars, le navire débarque un citoyen américain : on le testera positif au Coronavirus dans la ville colombienne. Et là, tout s’accélère : il semble nécessaire de débarquer les passagers « quelque part » pour leur permettre de rentrer chez eux, se faire dépister et pour les personnes contaminées, se faire soigner. Cette recherche d'accostage va durer des jours, par des démarches sans fin des diplomates britanniques... sans succès. D'autres émissaires de différents pays entrent dans les négociations : il faut dire que les passagers sont certes, pour la majorité anglais, mais on compte aussi des canadiens, australiens, belges, colombiens, irlandais, italiens, japonais, néerlandais, néo-zélandais, norvégiens et suédois.

Le 11 mars, la compagnie fait un communiqué officiel qui se veut rassurant, extrait de la déclaration du capitaine. Pour les passagers comme pour les membres d'équipage, le cauchemar en mer se poursuit : 5 personnes sur le bateau sont infectés... l'unique solution serait de retraverser l'Atlantique pour rejoindre l'Angleterre, éventualité validée par le capitaine. L'idée ne fait pas l'unanimité, de nombreux vacanciers étant âgés et leur famille s'interroge : que se passerait-il si le médecin, ou le capitaine tombait malade au milieu de l'Atlantique ?

A bord, l'ambiance est lourde : on s'isole, on se confine, même si rien n'empêche les passagers de poursuivre leurs loisirs partout sur le bateau qui ne vogue plus : le capitaine a décidé le 13 mars de jeter l'ancre à 40 kilomètres au large des Bahamas dans l'attente d'une décision et d'un port. Devant le temps qui s’allonge, on envoie à bord par hélicoptère des vivres, du carburant et des médicaments... et pendant ce temps, le virus fait son œuvre : 20 passagers et 20 membres d'équipage dont un médecin sont mis en quarantaine après des symptômes inquiétants.

solidarité, cuba, covid-19, coronavirus, pandémie coronavirus, mesures cuba face au coronavirusPhoto : http://www.telesurtv.net

Cuba, terre d'accueil et de médecine

Trois jours plus tard, après d'âpres négociations et les refus de tous les pays de la région, Cuba annonce attendre le bateau à qui il ouvre l'un de ses ports. Les motivations de la Grande Île ? « Les préoccupations humanitaires et la nécessité d'un effort commun pour faire face et arrêter la pandémie ». Le gouvernement cubain dit « comprendre la situation difficile dans laquelle se trouvent ces passagers" selon une source diplomatique cubaine à CNN.

C'est ainsi que tous les passagers et membres d'équipage sont enfin débarqués après une dizaine de jours cauchemardesques, en vue d'être rapatriés, de manière sûre et immédiate par voie aérienne. Cuba les fera bénéficier des mesures sanitaires établies dans les protocoles de l'OMS et du MinSAP (Ministère de la Santé Publique).

Les Affaires Étrangères cubaines feront sans publicité ni gloire indécente le communiqué suivant : « Nous vivons à une époque de solidarité, de compréhension des soins de santé comme un droit humain, de renforcement de la coopération internationale pour relever nos défis communs, valeurs inhérentes à la pratique humaniste de la Révolution et de notre peuple ». Le ministre en charge du MINREX, Bruno Rodriguez Parrilla, précisera sur son compte Twitter « la décision a été prise en réponse à une urgence sanitaire qui pourrait mettre la vie de personnes en danger ».  

Habana XXI

Habana XXI s’efforce de retranscrire, que ce soit par l’image, le son, ou l’écrit, la vie quotidienne de La Havane et de Cuba à un public hétéroclite, curieux, intéressé, souvent non résidents. Toujours en dehors des grands débats politiques, économiques ou des thèmes couramment traités par les médias officiels, Habana XXI souhaite au contraire faire témoigner les Cubains de tous les jours, la société dans son organisation actuelle, à travers des lieux, des traditions, des expressions culturelles parfois méconnues. Habana XXI privilégie la chronique comme mode d’expression,  pour sa forme plus humaine, plus proche des réalités de l’île. Prédomine donc la « première personne » dans les témoignages, exprimant ainsi une expérience vécue représentative de la Cuba du XIXe siècle. Habana XXI sur Youtube. 

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