Parrandas de Remedios, chaque 24 décembre

2019-12-04 17:05:54
Stéphane Ferrux
Parrandas de Remedios, chaque 24 décembre

D’un côté, ceux de « San Salvador », de l’autre « le Carmen ». Le village est divisé en deux parties, traversé par une ligne « Maginot » coupant le kiosque à musique de la place centrale par sa moitié. En voyant ces deux camps formés de part et d’autre de la place, naturellement divisé, chacun reconnaissant et revendiquant l’appartenance à un quartier, San Salvador, ou Le Carmen, le badaud se demande vraiment s’il va assister à une guerre civile, à une compétition entre deux équipes ou alors à un spectacle théâtral.

Durant l’avant car nous sommes le 24 décembre, et cela dure depuis presque 200 ans, les habitants de Remedios se préparent… à  Las Parrandas. Pendant toute la nuit de Noël ils rivaliseront, la moitié du village contre l’autre par l’intermédiaire d’une mise en scène parfaitement rodée et qui répond à un protocole sacré. A 21h00 tapante, chaque quartier divisé religieusement sur la place, le Carmen du côté de l’église et San Salvador de celui de l’hôtel Mascotte s’exclament en voyant s’allumer de façon synchronisé les deux gigantesques représentations artistiques de plus de 30 mètres de haut qui se font face, aux deux extrêmes de la petite place.

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S’en suivra des tirs de feux d’artifice pendant plusieurs heures durant, un côté de la place rétorquant à l’autre, c’est à ce moment que Las Parrandas prend des allures de guerre civile. Les moyens en mortiers et fusées sont démesurés. Des chevalets conçus spécialement sont placés tout autour de la place, formant ainsi une barrière dans laquelle sont positionnées les fusées. 

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Quelques moments d’accalmies permettent tout de même de retrouver un peu de visibilité depuis l’abris, et on peut même espérer tenter quelques sorties durant la soirée, histoire d’aller se rafraîchir à l’une des nombreuses buvettes de la rue adjacente.

Vers 3h00 du matin, les deux camps se tournent respectivement vers l’autre côté de la place où se dresse majestueusement un char à chaque extrême du champ de bataille. La population déchaînée suit son char dans un vacarme d’orchestre caribéen étourdissant. A cette heure tardive les habitants ont abandonné les pétards et dansent au rythme de la Conga mélangeant la tradition du carnaval et celle de leur fête locale. Plus personne ne sait à quel quartier il appartient. Tout se mélange et cette farandole durera jusqu’à 7h00 du matin.

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Origines d’une tradition populaire


A l’origine de cette tradition, qui a pris des proportions économiques, culturelles, et bouleversé l’identité de toute une population, se tient un curé, Fransisco Vigil de Quiñones, qui en 1821, démoralisé par la défection de ses fidèles aux messes qui se donnaient durant l’Avant - Elles avaient lieu à 5H00 du matin entre le 16 et le 23 décembre – convoqua les enfants des 8 quartiers que composait la bourgade et les chargea de réveiller les habitants, en commençant par leurs parents… Depuis les choses ont un peu dégénéré !
On est loin de nos traditions de la Nuit de Noël, apparemment. Mais pas tant. Durant ce vacarme assourdissant qui envahit le village, le curé, imperturbable dit sa Messe de Minuit. Car c’est bien la Nativité qui donne source à cette événement. Il s’agit donc ici de passer Noël, mais de façon un peu particulière, dans une ambiance de village qui pourrait faire penser à celui de Astérix pour son côté « irréductible ».

Photos: Cubanía

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