« Robertico », roi de La Marca, prône la tolérance envers les LGBT

2019-07-19 13:20:35
Romane Frachon
« Robertico », roi de La Marca, prône la tolérance envers les LGBT

Roberto Ramos Mori, à 44 ans, est le co-fondateur du premier salon de tatouage de La Havane. Il commence à tatouer ses propres dessins chez lui, il y a 20 ans, sans jamais utiliser d’outil électrique. Puis il lance le pari de La Marca il y a 4 ans et demi, loin de s’attendre au succès actuel.

L’incontournable du tatouage à Cuba nous a ouvert les portes de son salon. En plein cœur de la Vielle Havane, située sur une rue piétonne, chacun s’étonne de la création qui abonde de cette caverne d’Alibaba, une fois les portes poussées. Nombreuses sont les allées-venues de toutes parts, qui ouvrent timidement cette porte d’entrée en bois, et la refermeront plusieurs heures après. On entend aussi bien le suédois, l’italien, que l’anglais, mélangés à quelques “asere que bola?”*, demander un tatouage au pied, sur l’épaule, le dos... Petit ou grand, le prix minimum du tatouage s’élève à 50 CUC (équivalent au dollar américain) dans un pays où le salaire moyen mensuel d’un médecin tourne autour de 40 CUC. 

Photo : Facebook officiel La Marca

A l’origine du projet de La Marca, Roberto, qui se fait appeler “Robertiko”, rappelle à l’ordre. « Le tatouage à Cuba est a-légal. Il n’y a pas de loi qui le régule. C’est une activité qui touche le corps, donc la santé, d’une personne. Dans un pays qui a fait de la santé publique sa priorité, où les soins médicaux sont gratuits, il devrait y avoir une régulation. Cela devient urgent ». Le studio se cache derrière l’étiquette d’atelier d’art visuel. Il importe son matériel du Mexique ou des États-Unis, d’où les prix exorbitants pour les locaux.

Comme presque tout à Cuba, leur activité est largement tolérée par les autorités. Mais « de nombreux autres studios, partout à Cuba, n’ont pas les conditions de La Marca et peuvent être dangereux » s’ils ne respectent pas les normes d’hygiène. « Le tatouage fait partie de l’identité du Cubain », estime l’entrepreneur. « Presque tous veulent avoir un dessin sur le corps, qui restera à vie ».

Photo : Facebook officiel de l'artiste

Pas facile d’accès, le “flaco” (mince) aux cheveux longs, l’air supérieur, se positionne. « Nous sommes ce qui se fait de mieux. Je peux l’affirmer sans avoir les chevilles qui enflent, chica. Même si un Cubain gagne une miche de pain, il va se débrouiller pour trouver l’argent, se ruiner ou supplier sa famille à l’étranger de lui en prêter, mais il se fera tatouer chez nous plutôt que dans une cave humide puante. S’il n’est pas bête ».

Photo : Facebook officiel La Marca - Staff

Défendre les droits des marginalisés 

Mais La Marca, ce n’est pas qu’un lieu où l’on se fait dessiner sur le corps. C’est aussi un lieu culturel, indubitablement alternatif, une sorte de refuge en pleine société machiste. 

Comme la plupart des Cubains, Robertiko arbore une grande assurance. Il a fait de la défense des minorités un combat personnel. Tout en essayant de le lier au tatouage. « Nous utilisons le fait d’avoir en commun le tatouage pour nous reconnaître, et nous unir », raconte le Havanais. La Marca est un lieu de débat, où se réunissent des militants de la communauté LGBT, féministes, afro-descendants, drag-queen... mais aussi marxistes, léninistes, jeunes communistes cubains en quête d’échanges analytiques. C’est certainement le seul lieu de La Havane qui parle de la question de genre. Concerts, conférences, projections de films, s’organisent dans ce refuge.

Photo : Facebook officiel de La Marca

D’autres rêvent de manifestations... Jusqu’au 28 juin, jour de la première Gaypride, suite aux émeutes de Stone Wall à New York. Pour lui, il est nécessaire de “connecter tous les combats” au lieu de les séparer. Quant au débat actuel sur le mariage homosexuel, il ne veut pas en entendre parler.

« C’est lamentable qu’après 60 ans de révolution, on demande le mariage... une institution bourgeoise, qui sépare les gens au lieu de les unir. On devrait plutôt penser à créer une grande institution de défense des exclus ». Il ajoute : « nous sommes dans un faux débat avec l’église ». En revanche, il insiste, « il n’y a aucune incompatibilité à être marxiste et défenseurs des droits des homosexuels ».

Photo : Facebook officiel La Marca

Recommandations de l’artiste :

Photo : Adrián Curbelo

Pour sortir :

- Ciné club Queer “le meilleur projet de défense des droits des homosexuels de Cuba”. Change de lieu chaque fois.

- “El bar zéro” ou “bar sin nombre”, Calle Aguiar, Habana vieja. 

- Le Pazillo, Vedado, le mercredi soir, pour les soirées “gayfriendly”. 

- La Marca le vendredi soir, pour écouter des concerts. 

- El Sauce, Playa, le dimanche après-midi “en plan temba”. 

- Le Bertolt Brecht, pour écouter Interactivo, le mercredi soir. 

Photo : Cubania- Concert du vendredi soir à La Marca

Pour manger :

- Crepe Sayu, restaurant japonais, Aguacate y Obrapia, Habana vieja. “Les meilleurs sushis de La Havane”. 

Pour voyager :

- Puerto Padre, village de pêcheurs dans la province de La Tunas. “Un endroit surprenant, hors des sentiers touristiques, surtout intéressant les samedis et dimanches”. 

- Canasi, à moins d’une heure à l’Est de La Havane, “un petit Baracoa, idéal pour aller camper avec des amis un week-end”. 

Evènements :

Jusqu’au 28 juin, mois de la dignité LGBT (“gaypride”) et célébration des émeutes de Stone Wall. 

Semaine du cinéma alternatif afro-latino-américain et afro-caribéen : du 24 au 29 juin. 

Maison de la Culture municipal de Playa, calle 60 A y 7ma, de 17 à 20 heures. 

Cubanismes

*“Asere que bola?” : expression cubaine qui pourrait se traduire par “quoi de neuf mon pote?” 

*chica : “meuf” 

*La Marca : la marque 


 



 

Habana XXI

Habana XXI s’efforce de retranscrire, que ce soit par l’image, le son, ou l’écrit, la vie quotidienne de La Havane et de Cuba à un public hétéroclite, curieux, intéressé, souvent non résidents. Toujours en dehors des grands débats politiques, économiques ou des thèmes couramment traités par les médias officiels, Habana XXI souhaite au contraire faire témoigner les Cubains de tous les jours, la société dans son organisation actuelle, à travers des lieux, des traditions, des expressions culturelles parfois méconnues. Habana XXI privilégie la chronique comme mode d’expression,  pour sa forme plus humaine, plus proche des réalités de l’île. Prédomine donc la « première personne » dans les témoignages, exprimant ainsi une expérience vécue représentative de la Cuba du XIXe siècle. Habana XXI sur Youtube. 

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