Système de Santé cubain, quelle réponse à la pandémie ?

2020-03-19 13:53:38
Système de Santé cubain, quelle réponse à la pandémie ?

Système de Santé cubain, quelle réponse à la pandémie ? Et quel avenir suite au Covid-19 ?

Parce que le système de santé cubain est différent, parce que Cuba est une île avant d'être un pays, elle ne devrait pas connaître la même montée exponentielle des cas de virus que ses voisins, et plus généralement que le reste du monde... quelques explications.

A ce jour, et alors que l'ensemble des pays de la région est en quarantaine, pourquoi Cuba n'a toujours pas mis en place ces mêmes mesures ? 

Cuba, en tant qu'île sans frontière physique contrôle toutes les entrées étrangères. Cette spécificité géographique a toujours servi les intérêts de l’île, qu'ils soient stratégiques contre le blocus américain mais aussi épidémiques dans le cas qui nous intéresse.

Du concept de « transmetteur » et de son origine, qui est le « patient Zéro » ? 

Deux possibilités existent : soit la contamination a une origine définie et un patient zéro, c'est à dire le premier à avoir contracté le virus, soit on considère qu’il y a transmetteur lorsque l’origine de la contamination est inconnue.

Dans le cas de Cuba et des 7 ou 10 cas recensés par le MinSap (Ministère de Santé Publique), tous ont une origine étrangère avérée. On sait où les malades ont contracté la maladie et c’est hors de Cuba. C'est pourquoi, « maîtriser » l’épidémie est plus facile. Il suffit d’isoler toutes les personnes qui ont eu contact avec les malades depuis leur entrée sur le territoire, qu'on connaît.

Covid-19, coronavirus à cuba, mesures face au Covid-19 a cuba, santé cubainePhoto : www.juventudrebelde.cu

Dans le cas d’un pays déclaré comme transmetteur, c’est à dire avec des malades dont l’origine de la contamination est inconnue et donc qu’elle est propre au pays, il est impossible de contenir l’épidémie pour faute d’origine de contamination.

C’est pour cette raison que Cuba n’a pas déclaré le plan de quarantaine. Le pays n’est pas transmetteur.... pour l’instant. C’est du moins ce qu’explique, lors de la Mesa Redonda (Table ronde : émission quotidienne de la télévision cubaine) du Mardi 17 mars, le docteur Durán, directeur de l’épidémiologie pour le MinSap.

Quelles sont les méthodes cubaines de protection ?

Cuba est un pays quadrillé, on le sait. Mais qu’est-ce que cela signifie du point de vue médical ? Le premier paramètre à prendre en compte est le suivant : Cuba est une île. Toutes forces déployées aux frontières, portuaires et aéroportuaires organisent facilement les contrôles. S’agissant par exemple des arrivées par avion, Cuba fait la différence entre un passager résident cubain et un étranger venant en vacances à Cuba. Car cohabitent, en matière de santé, deux systèmes indépendants et parallèles, celui des touristes et celui des cubains.

Un Cubain (ou résident) rentrant dans son pays et passant les contrôles de l'aéroport devra répondre aux démarches suivantes : un fonctionnaire du MinSap va lui demander une déclaration sur les conditions de son voyage et son adresse. En fonction d’une évaluation des risques régie par le MinSap, on convoquera la personne au centre de santé de son quartier. Si le voyageur ne répond pas à la convocation, un fonctionnaire de la polyclinique du même quartier, ira directement frapper à sa porte. Il pourra être soumis à un examen, selon les besoins.

Un touriste arrivant à Cuba et passant les contrôles aura les obligations suivantes : il ne s’arrêtera pas à la table des médecins, avant de rejoindre le tapis des valises, c’est tout juste s’il la verra. Il prendra un bus ou un taxi, arrivera à son hôtel ou sa Casa, et commencera son périple à travers le pays les jours suivants... Les touristes ne sont pas contrôlés à l’arrivée à Cuba, concluront bon nombre d’observateurs.

Covid-19, coronavirus à cuba, mesures face au Covid-19 a cuba, santé cubainePhoto : www.acn.cu

Et pourtant, en période déclarée de pandémie, comme c’est le cas en ce moment, malheur au touriste qui aurait envie d’éternuer !!! Car éternuer, tousser ou avoir tout autre comportement suspect, laissant penser à une infection, dans un hôtel, dans un taxi, dans un bus, devant un guide, dans une Casa... aura des conséquences très spécifiques. Se déclenchera automatiquement alors, non pas un simple « réflexe citoyen », mais bien une machine de guerre pour isoler le suspect. Le quadrillage de Cuba sert aussi à cela. Tous les travailleurs du tourisme en contact avec des visiteurs ont été informés et formés pour agir selon les directives du MinSap, qu’ils soient chauffeurs, guides ou logeurs.

Et voici la procédure qui suivra l'éternuement ou la toux :

« L’éternueur » est identifié par la personne qui le prend en flagrant délit de symptôme ; 

- Si cela se passe dans un véhicule, le chauffeur conduira directement la personne dans un centre médical prévu à cet effet, sans lui demander son avis. S’en suivra un isolement total jusqu’à ce que la preuve soit faite que l’intéressé n’est pas contaminé.

- Si cela se passe dans un hôtel, le médecin de l’établissement est immédiatement prévenu par ses collègues ; il informe sans délai les autorités qui emmènent la personne, contre son gré et sans pincette, au centre de contrôle le plus proche. Dans le cas d'une Casa, on préviendra le médecin local.

Toute personne suspecte est ainsi signalée rapidement et son état de santé automatiquement analysé. C'est impressionnant et quelque peu brutal parfois ; certains touristes se sont ainsi retrouvés sans communication pendant trois jours.

Observe-t-on des failles à cette organisation quasi-militaire ? 

Pour les cubains, certains d'entre eux ne vont pas donner leur adresse à l’aéroport ; ou bien le centre de santé chargé de visiter les voyageurs de retour au pays manque de moyen ou fait preuve d’une certaine négligence. Ce manque au règlement est passible de sanction pour les personnels de santé et d’amende pour les cubains qui ne sont pas déclarés dans les 72 heures.

Pour les touristes, ceux qui sont hors circuits officiels passent entre les gouttes. Parfois, ce sont certains propriétaires de Casas ou autres services « moins officiels » qui ne sont pas bien informés par l’État ou négligent cette consigne de peur de « déranger » leurs clients. Raison de plus pour suivre un programme de voyages organisé par des professionnels...

Covid-19, coronavirus à cuba, mesures face au Covid-19 a cuba, santé cubainePhoto : https://elpitazo.net

Que doit-on en conclure ?

Les Centres d’Attention sur les Épidémies existent de longue date à Cuba. Celui de La Havane, le plus connu, l'Institut de Médecine Tropicale Pedro Kouri (IPK) a déjà sauvé des vies parmi nos clients concitoyens.

A Santa Clara au centre de l’île et à Santiago, existent deux autres centres capables de réaliser les analyses de dépistage de Coronavirus. D’autres hôpitaux sont organisés pour accueillir les malades potentiels, les isoler et leurs prodiguer les soins permis par un premier diagnostic. Dans tous les cas, les personnes infectées seront redirigées sur l’un des trois centres.

Certes, rien n’est infaillible. Nous pouvons seulement constater à la fois la grande expérience cubaine en matière de dépistage d’épidémie et son organisation sociale et médicale capable de réagir rapidement. Mais aussi admettre la fragilité économique du pays qui probablement aurait beaucoup de mal à affronter une pandémie à grande échelle de Coronavirus si elle devait se déclarer comme ailleurs.

Cuba n’a pas le choix, l’île doit garder le contrôle. Il est également nécessaire de prendre en compte les spécificités d'un pays qui ne fonctionne pas de la même manière qu'ailleurs, par son système de santé par exemple, mais aussi par les conditions de vie et la culture locale. Ces particularités ne permettraient pas d’appliquer le confinement comme une méthode efficace contre la propagation du virus. C'est simplement inconcevable, dans un pays où les habitants ne disposent pas tous de la place nécessaire pour vivre décemment sous le même toit.... mais aussi du fait des conditions climatiques : la chaleur étouffante de l'été ne tardera pas à envahir l’île.

Covid-19, coronavirus à cuba, mesures face au Covid-19 a cuba, santé cubainePhoto : www.diariocordoba.com

Et de la chute du tourisme ?

Car c'est bien le sujet qui nous intéresse aussi, « ce mal nécessaire » apportant l'essentiel des devises indispensables à la survie de l'économie. Certes, l'absence d'étrangers (le nombre de visiteurs sera prochainement proche de zéro) deviendra l'unique protection de Cuba contre la pandémie, l'île n’ayant pour le moment pas déclaré de transmetteur. Mais cette période sans tourisme risque d'être le déclencheur d’une lourde crise pas seulement économique puisque cette dernière est déjà présente. On craint aujourd'hui une grave crise de liquidités.

Car si l’argent du tourisme ne rentre plus, ce n’est pas du virus dont les cubains mourront mais de faim ! Et en général, c'est à ce moment-là que la population répondra : « on en a vu d’autres ! »


Photo à la une : www.granma.cu

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