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Ray Fernández au El Diablo Tun Tun

Trova, humour et critique sociale : les ingrédients d'un jeudi réussi

Auteur:
Berta Reventós
-
21 juillet 2020

Cubanía

Cubanía s’efforce de retranscrire, que ce soit par l’image, le son, ou l’écrit, la vie quotidienne de La Havane et de Cuba à un public hétéroclite, curieux, intéressé, souvent non résidents. Toujours en dehors des grands débats politiques, économiques ou des thèmes couramment traités par les médias officiels, Cubanía souhaite au contraire faire témoigner les Cubains de tous les jours, la société dans son organisation actuelle, à travers des lieux, des traditions, des expressions culturelles parfois méconnues.

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Ray Fernández est un auteur-compositeur-interprète cubain de trova qui se présente les jeudis soir au El Diablo Tun Tun, un club très populaire de la Havane. Sa guitare à la main, dans une ambiance informelle et conviviale, Ray divertit son public, improvise et prend plaisir à être sur scène comme showman.

Tous publics qui aiment la trova ou veulent la découvrir. Pour écouter un troubadour cubain critiquer le statu quo avec de l'humour tout en appréciant sa musique.

Ray Fernández est l'une des figures représentatives de la nouvelle trova. Depuis dix ans, déjà, le public le retrouve, tel un rituel plaisant, chaque jeudi de 17 heures à 21 heures au El Diablo Tun Tun, à la Casa de la Música de Miramar. Sa guitare à la main, Ray interprète des chansons empreintes de critique politique et sociale. Grâce à sa joie de vivre et à sa capacité d'improvisation, ses concerts se transforment presque, en un show humoristique. Le public, majoritairement cubain, y trouve l'occasion de chanter et danser. Ray réussit le temps d'une soirée, à faire oublier les problèmes du pays et à en faire rire le public.

Une ambiance particulière

L'ambiance créée par Ray au Tun Tun est très particulière pour les touristes, tout autant que pour les Cubains. C'est elle qui a assuré au chanteur la durée de son show dans le temps et la fidélité de son public. Ses déguisements, sa musicalité, ses chansons et leurs messages, son dialogue avec le public forment un show très bien orchestré. Sans même comprendre les paroles, la musicalité de Ray, l’énergie dont il remplit le Tun Tun et l’opportunité de danser aux rythmes de la trova-fusion, et d’autres classiques internationaux, rendent la soirée unique. La relation de Ray avec son public est primordial, il s'applique à converser avec lui et à créer une ambiance chaleureuse sur la terrasse du bar, qui se remplit bien avant l'heure du rendez-vous. Au Tun Tun, jeunes et adultes fréquentent le lieu indistinctement. À l’intérieur, ils se mettent à table par petits groupes et partagent une bouteille de rhum, s'ils y arrivent. Il vaut mieux, en effet, faire une pré-réservation, car sans elle il faudra profiter du spectacle debout dans un espace réduit par le grand nombre de spectateurs.

Ray aux confluents de la trova traditionnelle et de la nouvelle trova

Ray s'inscrit, d'un point de vue musical, dans la lignée de la trova traditionnelle, genre musical traditionnel du monde hispanique, né à Cuba et introduit au panorama musical par Pepe Sánchez, un musicien santiagais, avec son premier bolero en 1883. Ray joue presque tous les rythmes en composant le genre - habaneras, puntos guajiros, guarachas ou boleros, tous des genres musicaux autochtones de l’île composant la trova et parlant souvent d'amour -, et les combine avec d’autres plus modernes pour créer un style appelé trova-fusion. La guitare de Ray s'accompagne d'une basse, d'une batterie et d'un violon - très présent dans sa musique - ainsi que d'une choriste. Cette composition lui vient en partie des trovadores, successeurs des troubadours de l’époque médiévale, qui allaient souvent, en duo ou en trio, de ville en ville accompagnés de leurs seuls guitares. Si la musique lui vient de la trova traditionnelle, ses textes, eux, font partie de la génération de la nouvelle trova. Elle évolue aux environs de 1967 comme conséquence du triomphe de la Révolution de 1959, et se transforme pour devenir un mouvement avec des textes engagés politiquement appelé « nouvelle trova ».

Ironique mais charmant

Entre Ray, assis au centre de la scène son verre de rhum à la main, et ses musiciens s'établit un dialogue complice et détendue. Il transforme presque le spectacle en un stand-up comedy show agrémenté de chansons, notamment lorsqu'il décide de se déguiser en marin, en russe ou en viking lors de ses après-midi à thème. L'humour fait partie intégrante de ses concerts et c'est peut-être grâce à lui que son public accueille dans la bonne humeur ses critiques sur l'embargo, la bureaucratie, le contrôle de l'État et sur la réalité de la vie cubaine. Il parle beaucoup d'une chanson à l'autre, parfois même, il danse et remplit la pièce de son rire tonitruant, le tout accompagné de paroles ironiques et originales, mais affirmant toujours son amour pour Cuba. On ne voit pas le temps passer pendant les quatre heures que dure le show.

traducteur:

Talía Rodríguez

Cubanía

Cubanía s’efforce de retranscrire, que ce soit par l’image, le son, ou l’écrit, la vie quotidienne de La Havane et de Cuba à un public hétéroclite, curieux, intéressé, souvent non résidents. Toujours en dehors des grands débats politiques, économiques ou des thèmes couramment traités par les médias officiels, Cubanía souhaite au contraire faire témoigner les Cubains de tous les jours, la société dans son organisation actuelle, à travers des lieux, des traditions, des expressions culturelles parfois méconnues.

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