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Casa de la Amistad : Légende et passion

Un manoir emblématique de La Havane sur l’avenue Paseo

Auteur:
Indira Rosell Brown
Date de publication / actualisation:
4 juin 2023

La Casa de la Amistad, littéralement Maison de l'Amitié est considérée comme un monument représentatif de l'architecture de La Havane. Cent ans après sa construction, on se souvient encore des raisons de son origine : une histoire d'amour dans la haute société cubaine d’une époque révolue.

Día. Exterior. Plano general de vista frontal de la entrada de la Casa de la Amistad con escalera y jardín. Estatuas a ambos lados de la escalera.

Catalina Lasa, l'une des protagonistes de cette histoire, était une femme de Matanzas, admirée pour sa sveltesse et ses grands yeux bleus, un physique qui lui valut de gagner deux concours de beauté. On dit que lorsque le très riche propriétaire terrien cubain Juan Pedro Baró rencontra Catalina à Paris au début du XXe siècle, se fut le coup de foudre entre les deux.

Mais comme presque toutes les histoires d'amour célèbres, celle entre Catalina et Baró dut surmonter de nombreux obstacles éclipsant leur idylle : tous deux étaient mariés et appartenaient à la haute société cubaine, qui ne pardonnerait pas longtemps leur liaison.

Catalina Lasa avait épousé Pedro Luis Estévez en 1898, neveu de qui serait plus tard le premier vice-président de la République de Cuba, tandis que Baró avait épousé Rosa Varona et avait une fille. On dit que cette histoire, qui navigue entre vérité et légende, était idyllique pendant le temps que le couple était à Paris. Mais lorsque Catalina et Pedro Baró revintrent sur l'île, on les découvrit dans une suite de l'hôtel Inglaterra, et à partir de ce moment, ils durent subir tous les affronts de la société.

Compte tenu de cette circonstance, Catalina a demandé à Pedro Luis Estévez la séparation des corps, car la loi sur le divorce n'avait pas encore été promulguée à Cuba, mais celui-ci a catégoriquement refusé et l'a accusée devant le tribunal. Pour cette raison le couple illégitime dut quitter secrètement le pays pour résider à nouveau dans la capitale française, dans la maison qui serait plus tard la résidence des ambassadeurs cubains.

Prêt à tout pour l'amour

On dit que Juan Pedro Baró est allé voir le Pape pour annuler son mariage et celui de Catalina devant l'église, ce que le Souverain Pontife a accepté. Plus tard, ils se sont mariés en France et à certaines occasions, ont pu voyager à Cuba pour quelques jours.

Mais leurs séjours à La Havane restaient amers : la haute société ne leur pardonnait pas. À une occasion, lorsque Catalina et Pedro Baró assistaient à l'opéra dans la capitale cubaine, les participants commencèrent à quitter la salle en raison de leur présence. On dit qu'à la fin de la représentation, Catalina jeta ses bijoux sur scène en signe de gratitude envers les paroliers italiens, qui n'avaient cessé de chanter face à la situation embarrassante.

Au bonheur des amoureux, la loi sur le divorce à Cuba - c'était le premier pays d'Amérique latine à la reconnaître - serait promulguée en 1918. Avec cela, la voie était dégagée pour les amoureux qui réussirent à se séparer légalement de leurs premiers mariages pour célébrer plus tard leurs secondes noces.

Une maison en cadeau de noce

Baró offrira à Catalina le manoir que nous connaissons aujourd'hui comme la « Maison de l'Amitié ». Le financier prospère et propriétaire de plusieurs centrales sucrières organisa sa fortune pour faire plaisir à sa femme Catalina lui offrant les cadeaux les plus sophistiqués.

Les célèbres architectes cubains Evelio Govantes et Felix Cabarrocas étaient chargés de concevoir le palais pour les amoureux. Ils affirmèrent à cette occasion qu'ils ne savaient pas qui seraient les propriétaires de la propriété.

Un style éclectique a été choisi pour ce manoir : son extérieur simule une villa florentine de la Renaissance, tandis que son intérieur est essentiellement Art Déco. Le marbre du sol - une combinaison de Portoro et de Giallo Siena - et le stuc ont été réalisés par l'entreprise française Dominique, qui envoya une équipe d’artisans à Cuba pour effectuer les travaux. La verrerie décorative est l'oeuvre de la célèbre firme Lalique. On a supposé que du sable rouge avait été importé des rives du Nil pour le stuc extérieur du manoir.

Le célèbre paysagiste Jean Claude Forestier fut chargé de créer les jardins. Il choisit un style français où se détachent les allées de sable, les arbres fruitiers et les grands arbres d'essences diverses. Une fontaine en marbre qui simule une fleur ouverte a été placée au fond du jardin. Il ne reste que peu de choses de la conception de Forestier car le jardin est aujourd’hui recouvert de dalles de ciment.

Les invités les plus sélects de la haute société havanaise de l'époque ont assisté à la fête d'inauguration du palais, y compris ceux qui avaient humilié le couple. Lors de la somptueuse célébration, Pedro Baró donna à Catalina une greffe de rose qui a été baptisée de son nom.

Une fin tragique

Cependant, le couple ne profitera que peu de cette opulence, puisque Catalina mourra quatre ans plus tard. Et s’il en fallait Juan Pedro une fois de plus exprima son amour pour son épouse à travers la construction cette fois d'un panthéon monumental de style Art déco sur l'avenue principale de la nécropole de Colón. L'œuvre se distingue par de grandes portes ornées d'anges en bas-relief aux larges ailes. Le célèbre verrier français René Lalique y sculpta la rose Catherine dans le dôme de quartz du monument.

« La dépouille bien-aimée est sur le point d'arriver. Le paquebot français Mexique, qui fera escale de vendredi à samedi, apporte le cadavre de Catalina Lasa de Pedro. La pauvre Catalina, dont la mort a tant été pleurée par la société havanaise, arrive en grande pompe. Couverte de fleurs, orchidées, azalées, si bonnes qu'elles sont renouvelées chaque jour pour les garder toujours fraîche ».

De l’amour à l’amitié

Malgré le passage du temps, la belle « Résidence de l’Amour » de l’avenue Paseo conserve encore une partie du glamour qui la distinguait. Dans l'actuelle « Maison de l'Amitié », entourée d'immenses verrières décorées de verrerie française, se déroulent des activités culturelles au profit d'organismes et d’associations.

La salle Primavera, admiré pour ses vitrines qui conservent encore des ornements en porcelaine française de l'époque, et qui était autrefois la salle à manger du manoir, est encore parfois utilisé comme restaurant.

Plus de cent ans après son inauguration, le manoir peut encore témoigner de l'opulence de la haute société de La Havane des années vingt, à travers une histoire d’amour aussi contemporaine que celles des « Novelas » (feuilleton) dont raffolent encore aujourd’hui les cubains.  

traducteur:

Stéphane Ferrux-Bigueur

Cubanía

Cubanía s’efforce de retranscrire, que ce soit par l’image, le son, ou l’écrit, la vie quotidienne de La Havane et de Cuba à un public hétéroclite, curieux, intéressé, souvent non résidents. Toujours en dehors des grands débats politiques, économiques ou des thèmes couramment traités par les médias officiels, Cubanía souhaite au contraire faire témoigner les Cubains de tous les jours, la société dans son organisation actuelle, à travers des lieux, des traditions, des expressions culturelles parfois méconnues.

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