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Changement de monnaies à Cuba

Le CUP et le MLC au service de la transition économique

Auteur:
Stéphane Ferrux-Bigueur
-
25 juin 2021

Cubanía

Cubanía s’efforce de retranscrire, que ce soit par l’image, le son, ou l’écrit, la vie quotidienne de La Havane et de Cuba à un public hétéroclite, curieux, intéressé, souvent non résidents. Toujours en dehors des grands débats politiques, économiques ou des thèmes couramment traités par les médias officiels, Cubanía souhaite au contraire faire témoigner les Cubains de tous les jours, la société dans son organisation actuelle, à travers des lieux, des traditions, des expressions culturelles parfois méconnues.

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Il existe toujours deux monnaies à Cuba, pour les Cubains comme pour les visiteurs. On les appelle CUP ou Peso Cubain, et MLC pour Monnaie Librement Convertible.

Unification monétaire à Cuba
Unification monétaire à Cuba

Sauf si on souhaite spéculer sur le marché noir, inutile d’apporter des espèces en dollars américains à Cuba. Quant au CUC ou peso convertible, mis en place dans les années 90 pour le tourisme, lui aussi a finalement disparu.

Les changements économiques du pays oblige à une nouvelle stratégie des monnaies. Le clivage, entre la monnaie cubaine, le peso (CUP), et la monnaie forte (CUC) n’existe plus. Pourtant deux monnaies continuent à cohabiter dans le pays. Mais aujourd’hui, elles ne marquent plus la différence entre les Cubains et les touristes. Elles s’inscrivent dans la transition économique actuelle et reflètent d’un côté, une économie nationale balbutiante avec le peso (CUP) réévalué par rapport à son ancêtre, et de l’autre, une économie venant de l’extérieur avec les sociétés étrangères, le tourisme et surtout la remesa (l’argent des cubains expatriés envoyé à leur famille restée sur l’île).

En Savoir Plus

Spéculation, inflation et marché noir...La réévaluation de l’économie aura eu pour conséquence une hausse très importante des prix de toutes les dépenses courantes des cubains. L’État a tenté de contenir cette inflation par une augmentation sensible des salaires, mais en vain.Le marché noir domine l’économie de base, et pénalise fortement la population. Deux facteurs nourrissent la spéculation, la rareté des produits dans les magasins et le fait que tous les cubains n’aient pas accès au MLC, alors qu’une majorité des produits de première nécessité ne s’offrent que dans les boutiques n’acceptant que cette monnaie. La conséquence de cette politique est la spéculation sur le marché parallèle, celui de la réalité économique au quotidien, où le MLC s’achète à 1 pour 60 CUP au lieu de 24, son taux officiel. Avec un PIB ramené à sa juste valeur – il a été ainsi divisé par trois -  un endettement colossal, un blocus américain plus virulent que jamais, et surtout une position politique figée et donc une mutation économique trop superficielle, on a du mal a percevoir la stratégie du gouvernement cubain pour améliorer une situation de plus en plus insoutenable pour une grande partie de la population.Les caisses de l’État sont vides et la situation est similaire à celle des années 90 après l’arrêt de l’aide soviétique. Dans ce contexte difficile, le tourisme, qui doit reprendre après plus d’un an d’inactivité, reste le moteur essentiel pour cette économie basée avant tout sur l’apport extérieur de devises et non sur une production locale en panne de compétence et d’investissement.

Le Peso Cubain (CUP)

Une des monnaies utilisées aujourd’hui par les cubains comme par les visiteurs est le peso cubain (CUP). Il circule en espèces et possède une valeur constante – sur le marché régulier – de 24 CUP pour 1 dollar américain.

Pesos Cubains (CUP)
Pesos Cubains (CUP)

La Monnaie Librement Convertible (MLC)

C’est l’autre monnaie, également utilisée que l’on soit Cubain ou étranger de passage. Cette monnaie est complètement virtuelle, ne permet donc que les transactions par carte de crédit, son taux officiel est de 1 MLC pour 1 dollar américain. C’est l’outil qui permet de faire entrer des devises dans le pays par l’intermédiaire de tous les consommateurs. En effet, elle transforme automatiquement la devise, euros, dollar… en une monnaie électronique interne au pays et non échangeable.

Le pays est ainsi scindé en deux, entre les commerces qui n’acceptent que le CUP, en espèces, et ceux qui n’acceptent que le MLC, par carte de crédit. En général, les établissements étatiques orientés tourisme, hôtels, station-services, boutiques de souvenirs, vendent en MLC, alors que les commerces privés, comme les restaurants, font payer en espèces, donc en CUP.

Selon le type de séjour, le voyageur devra donc se munir des deux formes de paiements, en espèces CUP et en carte de crédit MLC. En séjour balnéaire, il est rare d’avoir à faire avec les espèces, sauf peut-être pour les pourboires, tandis que ceux qui découvrent l’île par étape, rencontrent les Cubains, sortent des sentiers battus, au contraire, auront sûrement besoin d’avantage de CUP que de MLC. D’autant plus que lorsque le programme est organisé sur-mesure, la majorité des dépenses en MLC a déjà été réglée par l’agence.

Cartes bancaires cubaines
Cartes bancaires cubaines

Seulement disponibles sur le territoire cubain, vous pourrez obtenir des espèces uniquement en CUP contre des euros, soit en espèces, soit par carte de crédit, dans les hôtels, les bureaux de change des banques ou les distributeurs de billets.

Le MLC quant à lui, sortira directement et naturellement de votre carte de crédit. Vous serez débité en dollar (USD) au taux de 1 pour 1, hors commission bancaire. Et si vous n’avez pas de carte bancaire et seulement des devises en espèces, vous pourrez acheter une carte de crédit disponible dans les lieux touristiques. Celle-ci, d’une valeur limitée à 50, 100,… est créditée en MLC et permet donc de faire des achats dans les boutiques exclusives en MLC, aujourd’hui la majorité.

À la sortie du pays en fin de séjour, la banque située dans l’enceinte de l’aéroport vous rachète les CUP au taux du jour, mais mieux vaut les dépenser.

En Savoir Plus

Pourquoi le MLC ?...On prend les mêmes et on recommence ! Le MLC est la version virtuelle du CUC. C’est à dire que ce mutant est dans la continuité de la stratégie de base de l’économie cubaine : récupérer des devises. Seul le moyen a changé, on remplace les billets de banque par les cartes bancaires. Cette modernisation aurait dû permettre au moins deux avantages majeurs pour la captation de devises. Premièrement, il obligerait les cubains à ouvrir un compte - rare étaient ceux qui acceptaient de confier leur argent à une banque - et donc de pouvoir contrôler toutes les transactions d’argent dans le pays. Deuxièmement, le MLC permettrait aussi de faciliter le contrôle de la remesa. Tous ceux qui envoient de l’argent à la famille restée à Cuba pourraient le faire désormais directement par virement bancaire. Ces deux mesures auraient permis que l’argent entre directement dans les caisses de l’État et ne se perde pas sous les matelas. Seulement, ça ne s’est pas passé exactement comme cela, car changer simplement l’outil sans changer l’objectif ne permet pas de changer l’économie. Même si beaucoup de cubains ont ouvert des comptes bancaires, les transactions sont toujours dominées par le marché noir, car le MLC n’est pas accessible à tous, même si pourtant il est nécessaire à tous. Quant à la récupération des remesas directement par la banque cubaine, elle est largement empêchée par le blocus américain et le comportement des banques en général, particulièrement en Europe et aux États-Unis, qui refusent simplement les transactions avec Cuba.Finalement, à quoi sert le MLC ? Dans sa version actuelle, à pas grand-chose, si ce n’est qu’à créer encore plus de différence au sein même de la population cubaine en stimulant le marché noir. Sa seule vertu aura été de faire basculer une partie de la gestion quotidienne des espèces vers la transaction bancaire, et ainsi d’être mieux préparé pour une économie plus moderne. Mais l’outil ne fait pas l’artisan, et les devises étrangères ne sont pas la solution pour améliorer l’économie cubaine. La monnaie naît de la création de valeurs, c’est-à-dire qu’elle doit être consolidée par une vraie production. Récupérer l’argent de l’étranger n’engendre quant à elle que de la spéculation.


Cubanía

Cubanía s’efforce de retranscrire, que ce soit par l’image, le son, ou l’écrit, la vie quotidienne de La Havane et de Cuba à un public hétéroclite, curieux, intéressé, souvent non résidents. Toujours en dehors des grands débats politiques, économiques ou des thèmes couramment traités par les médias officiels, Cubanía souhaite au contraire faire témoigner les Cubains de tous les jours, la société dans son organisation actuelle, à travers des lieux, des traditions, des expressions culturelles parfois méconnues.

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