Devises étrangères et monnaies locales en parallèle
Auteur:
Stéphane Ferrux-Bigueur
Date de publication / actualisation:
6 février 2026
Il existe toujours deux monnaies à Cuba, pour les Cubains comme pour les visiteurs. On les appelle CUP ou Peso Cubain et MLC pour Monnaie Librement Convertible. D’autre part, les devises comme le dollar américain (USD) ou l’euro (EUR) peuvent aujourd’hui circuler légalement dans le pays. On assiste à une nouvelle vague de dollarisation de Cuba, comme dans les années 90.
Unification monétaire à Cuba
Les changements économiques du pays obligent à une nouvelle stratégie des monnaies. Le clivage, entre la monnaie cubaine, le peso (CUP), et la (ou les) monnaie(s) forte(s) existe toujours, mais depuis la réforme monétaire de fin 2025 elle se lit d’une autre manière.
Désormais, Cuba applique un régime de pluralité monétaire, permettant l’utilisation légale de plusieurs monnaies sur son territoire. Le terme « dollarisation », utilisé dans ce contexte, ne se limite pas au dollar américain, mais englobe diverses devises étrangères autorisées. La Banque Centrale de Cuba est chargée d’identifier ces devises et de publier quotidiennement leur taux de change par rapport au peso cubain.
Aujourd'hui, ces différentes monnaies ne marquent plus la différence entre les Cubains et les touristes. Elles s’inscrivent dans la transition économique actuelle et reflètent d’un côté, une économie nationale balbutiante avec le peso (CUP) réévalué par rapport à son ancêtre, et de l’autre, une économie venant de l’extérieur, introduisant les devises étrangères (USD, EUR…) avec les sociétés étrangères, le tourisme, la nouvelle économie privée et surtout la remesa : l’argent que les Cubains expatriés envoient à leur famille restée sur l’île.
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Spéculation, inflation et marché noir...La réévaluation de l’économie et les différentes réformes monétaires de ces dernières années auront eu pour conséquence une hausse très importante des prix de toutes les dépenses courantes des Cubains. L’État a tenté de contenir cette inflation par une augmentation sensible des salaires, mais en vain. Le marché noir domine l’économie de base, et pénalise fortement la population. Deux facteurs nourrissent la spéculation : la rareté des produits dans les magasins et le fait que les Cubains n’aient pas tous accès aux devises. Or, une majorité des produits de première nécessité s’acquiert désormais dans les boutiques privées, certes en pesos cubains, mais à des prix très élevés, reflet d’une compensation en devises. La conséquence de cette politique est la spéculation sur le marché parallèle, celui de la réalité économique au quotidien, qui a obligé l'État à réévaluer le MLC (=USD) 5 fois par rapport au CUP durant sa première année de vie, passant d'une valeur de 1 pour 24 à 1 pour 120 puis finalement à une valeur flottante, indexée au marché, autour de 1 pour 500. Avec un PIB ramené à sa juste valeur – il a été divisé par trois - un endettement colossal, un blocus américain plus virulent que jamais, et surtout une position politique figée et donc une mutation économique trop superficielle, il est difficile de percevoir la stratégie du gouvernement cubain pour améliorer une situation de plus en plus insoutenable pour une grande partie de la population. Les caisses de l’État sont vides et la situation est similaire à celle des années 90 après l’arrêt de l’aide soviétique. Dans ce contexte difficile, le tourisme reste le moteur essentiel pour cette économie basée sur les services et avant tout, sur l’apport extérieur de devises et non sur une production locale en panne de compétence et d’investissement.
Le Peso Cubain (CUP)
Une des monnaies utilisées aujourd’hui par les Cubains comme par les visiteurs est le peso cubain (CUP). Il circule en espèces et possède différentes valeurs selon le contexte, dont une valeur flottante indexée sur le marché courant dominé par l’économie privée. C’est ce taux journalier évalué par la Banque Centrale de Cuba (BCC) qui intéresse les visiteurs. Voir les valeurs en direct.
Attention, le taux officiel de la BCC est concurrencé par le taux informel qui circule couramment entre Cubains. On l’appelle El Toque, car il a été créé à Miami par l’équipe du site Internet : El Toque. C’est cette même spéculation venant des Etats-Unis, qui a poussé le gouvernement cubain à créer son propre taux flottant. Une manière d’officialiser une pratique qui dominait l’économie du quotidien de la population.
A titre d’exemple
- Taux flottant moyen officiel (BCC) : 1 USD = 432 CUP / 1 EUR = 530 CUP
- Taux flottant marché informel (EL Toque) : 1 USD = 490 CUP / 1 EUR = 504 CUP
L’EUR en général est plus avantageux en banque que sur le marché parallèle. En effet les cubains préfèrent acheter des USD, d’où leur prix supérieur sur le marché informel.
Pesos Cubains (CUP)
La Monnaie Librement Convertible (MLC)
Appellation pour désigner le USD électronique, c'est-à-dire les paiements par carte de crédit et virement bancaire. Quelque soit la carte bancaire utilisée, les transactions se font en dollar américain. 1 MLC = 1 USD. Pour une carte en Euro c’est la banque de cette carte qui appliquera le taux de change entre USD et EUR.
Le MLC est l’outil qui permet de faire entrer des devises dans le pays par l’intermédiaire de tous les consommateurs. En effet, elle transforme automatiquement la devise : euros, dollars… en une monnaie électronique interne au pays et non échangeable.
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Attention aux différents terminaux de carte de créditIl est maintenant fréquent de rencontrer des établissements encaissant en CUP (pesos) par carte de crédit. Attention, seules les cartes de crédit cubaines (de Cubains) sont acceptées pour ces paiements en CUP. C’est à dire qu’à la caisse il y a deux TPE (Terminal de Paiement Électronique), un pour les étrangers en MLC (équivalent devises dollar américain) et l’autre en CUP (pesos) pour les cubains. Ces deux moyens de paiement ne sont pas interchangeables. Conséquences et conseils face à cette situation : Le commerçant peut se tromper et encaisser une note en CUP avec le terminal de paiement en MLC, et donc vous débiter deux Mojitos, environ 1600 CUP, en dollar… soit 750 Euros le Mojito ! L’établissement qui présente des prix en CUP devra donc convertir la note - en appliquant le taux flottant officiel de la BCC - en MLC (dollar) et encaisser ainsi avec le bon terminal.
L’histoire des monnaies et pourquoi le MLC ?On prend les mêmes et on recommence ! Le MLC est la version virtuelle du CUC qui était une monnaie qui circulait en espèces. C’est-à-dire que ce mutant est dans la continuité de la stratégie de base de l’économie cubaine : récupérer des devises. Seul le moyen a changé, on remplace les billets de banque par les cartes bancaires. Cette modernisation aurait dû permettre au moins deux avantages majeurs pour la captation de devises. Premièrement, il obligerait les Cubains à ouvrir un compte - rares étaient ceux qui acceptaient de confier leur argent à une banque - et donc de pouvoir contrôler toutes les transactions d’argent dans le pays. Deuxièmement, le MLC permettrait aussi de faciliter le contrôle de la remesa. Tous ceux qui envoient de l’argent à la famille restée à Cuba pourraient le faire désormais directement par virement bancaire. Ces deux mesures auraient permis que l’argent entre directement dans les caisses de l’État et ne se perde pas sous les matelas. Seulement, ça ne s’est pas passé exactement comme cela, car changer simplement l’outil sans changer l’objectif ne permet pas de changer l’économie. Même si beaucoup de Cubains ont ouvert des comptes bancaires, les transactions restent dominées par le marché noir, et donc en espèces. Le MLC, pourtant nécessaire à chacun, n’étant pas accessible à tous. Quant à la récupération des remesas directement par la banque cubaine, elle est largement empêchée par le blocus américain et le comportement des banques en général, particulièrement en Europe et aux États-Unis, qui refusent simplement les transactions avec Cuba. Finalement, à quoi sert le MLC ? Dans sa version actuelle, à pas grand-chose, si ce n’est qu’à créer encore plus de différence au sein même de la population cubaine en stimulant le marché noir. Sa seule vertu aura été de faire basculer une partie de la gestion quotidienne des espèces vers la transaction bancaire, et ainsi d’être mieux préparé pour une économie plus moderne. Mais l’outil ne fait pas l’artisan, et les devises étrangères ne sont pas la solution pour améliorer l’économie cubaine. La monnaie naît de la création de valeurs, c’est-à-dire qu’elle doit être consolidée par une vraie production. Récupérer l’argent de l’étranger n’engendre, quant à elle, que de la spéculation.
Cartes bancaires cubaines
Retour des devises en espèces (USD, EUR…)
Au début des années 90, avoir un dollar américain sur soi était passible de prison. Puis le billet vert fut légalisé sous la pression induite par l'effondrement de l’économie, à l'époque subventionnée par l’Union Soviétique. Pour substituer cette monnaie que les américains ne voulaient plus voir circuler à Cuba, on créa le CUC, un simple changement de couleur des billets qui avaient les mêmes valeurs que leurs équivalents américains. La solution a fonctionné de nombreuses années, jusqu'à une énième réforme monétaire pendant le COVID qui introduisit ce même CUC mais seulement en version digitale, c'est-à-dire ne circulant qu’avec les cartes de crédit et virements entre comptes bancaires, on l’a appelé le MLC. Un désastre, dans une société où l'économie est dominée par les privés et donc les transactions en espèces. Mais l'Etat cubain n’en démord pas et compte bien maintenir ce MLC, seule manière d'obliger les cubains à rentrer dans les rangs de la fiscalisation et donc de sortir du marché parallèle dominé par les transactions en espèces.
Seulement aujourd’hui, selon la dernière réforme de fin 2025 et sous la pression de la dégradation économique du pays, on en revient aux espèces, et cette fois, un chat est appelé un chat, un dollar, un dollar et un euro, un euro.
Cuba applique désormais un régime de pluralité monétaire, permettant l’utilisation légale de plusieurs monnaies sur son territoire. Les devises étrangères (pas seulement le dollar américain) peuvent être utilisées légalement comme moyen de paiement à Cuba, en espèces, aux côtés du peso cubain. La mesure prévoit également l’ouverture de compte en devise pour les acteurs économiques privés, facilitant l’importation de matières premières, de technologies et le paiement des services internationaux.
Quel argent prévoir lors d’un voyage à Cuba ?
Pour plus de détails sur l’argent à prévoir - et dans quelle monnaie - lors d’un voyage à Cuba, voir l’article :
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