Situation géo-politique et économique à Cuba début 2026
Auteur:
Stéphane Ferrux-Bigueur
Date de publication / actualisation:
13 février 2026
Être sous les feux de la rampe, parfois on s’en passerait bien. Mais lorsque c’est le président des Etats-Unis qui focalise cette attention en parlant de Cuba, il est difficile de rester objectif sur le sujet. Pour plus de discernement, voici ici résumée la situation de Cuba en ce début de 2026.
Bien des idées reçues tombent, et ceci grâce à des sources fiables. Cet articles tirent ces informations - non pas de la IA - du service économique de l'ambassade de France à Cuba, de l’analyse des textes de la Gazette Officielle de Cuba par DH (docteur en droit français, spécialiste de Cuba) et de l’Office Cubain des Statistiques (ONEI).
Se faire une idée de Cuba
Cuba avant c’était : voiture américaine, Fidel Castro, salsa et cigare. Aujourd’hui c’est : coupure d’électricité, économie informelle, misère et poubelle dans la rue.
En fait, Cuba n’est ni l’un ni l’autre. Ces images - d’Epinal - qu’on retrouve dans l’esprit de tous ceux qui ne connaissent pas le pays - et même parfois chez ceux qui le connaissent - naissent de l’affectif, d’une représentation facile, rassurante qui donne la sensation de connaître et de comprendre. Ce phénomène est largement intensifié par les réseaux sociaux qui jouent avec cette faculté, la transformant en défaut humain.
A l’inverse, chercher à connaître la vérité, s’informer en vérifiant ses sources, synthétiser des informations pour obtenir son propre avis demande des efforts.
Cette semaine nous avons eu une cliente en voyage à Cuba qui voulait absolument rentrer dans son pays en plein milieur de son séjour. Non pas influencée par ce qu’elle voyait, le réel, mais parce que tout ce qu’elle avait lu sur le sujet. Ni venir sur place, ni échanger avec les nombreux cubains qui se sont occupés d’elle ne l’a fait changé d’avis : Ce qui sur Internet est SA variété.
Le mauvais travail des journalistes, et maintenant des blogueurs, n’arrange pas les choses. Le journaliste fouine, il enquête ; s’il fait référence au passé, c'est pour mieux décortiquer le présent. Rendre compte du mieux possible de l’état d’un pays devrait être sa mission première, mais le sensationnel vend mieux, il est plus facile à lire, s’échange de façon virale… que des avantages !
Capter l’attention est une stratégie
Qu’importe si Trump raconte n’importe quoi, le but n’est pas d’informer, de communiquer des décisions, ni même d’avoir une stratégie, seul compte de rester au devant de la scène ; comme dans un grand théâtre mondiale l’homme “le plus puissant du monde” fait son show.
Un des chapitres de la pièce fait référence à Cuba. Alors que Cuba est sous embargo américain depuis plus de 60 ans, que le conflit entre les deux pays a fait écrire quelques page de l’histoire du 20eme siècle (le débarquement manqué de la Baie des Cochons, “première victoire latino-américaine sur l’impérialisme” ou la crise des missiles nucléaires en 1962), Trump remet Cuba dans sa liste de pays à “conquérir”. Une vieille rengaine, car c'est depuis le milieu du 19eme siècle que les Etats-Unis ont tenté, à plusieurs reprises, d'acheter Cuba. Ils sont parvenus à une annexion militaire en 1898 en négociant avec les Espagnols. Le problème n’est donc pas nouveau et les Cubains sont rompus - et entraînés même militairement - à ce type de menace perpétuelle. Et pourtant, même à Cuba parmi les Cubains, sans parler du reste du monde, il y a encore des gens pour croire à ces menaces. C’est vraiment ne pas connaître l’histoire. Mais c’est surtout aussi ne pas observer le présent. Car enfin, de toutes les menaces perpétuées à travers le monde par Trump, combien ont réellement abouti ?
Stratégie de Trump sur les pays à conquérir
Après son coup spectaculaire au Vénézuela, pas grand chose ne s’est passé. La vice-présidente, proche de Maduro, continue sa politique. Elle a fait disparaître les outils de répression de l’ex-président, pour le moins. Quant à Trump, il a fait pression pour assouplir les investissements dans le pétrole. Il faudrait plus de 150 milliard de USD pour remettre l’industrie à flot. Il n’est pas dit que les entreprises pétrolières américaines se frottent à un tel risque.
Le Groenland et les Etats-Unis sont revenus à des propos plus cohérents, c'est-à-dire à des échanges diplomatiques, qui déboucheront sûrement sur le renforcement des systèmes de défenses positionnés sur le territoire, rien de plus. On ne parle plus ni d’achat ni d’annexion.
C’est un peuple joyeux qui n’aspire qu’à être comme tout le monde, être amis avec les Européens entre autres. Il vit sous blocus américain (État terroriste). Trump soit-disant entamerait des négociations avec le gouvernement (sur des sujets stratégiques et économiques, pas pour le peuple), mais ça n’arrivera pas… On parle ici de Cuba ? Non, de l’Iran. Similitudes frappantes, on réduit un pays à une petite histoire simplette que tout le monde peut comprendre. L’Etat islamique n’a pourtant pas grand-chose à voir avec le gouvernement cubain, même étant tous deux désignés comme totalitaires. Les Etats-Unis ne peuvent rien contre l’Iran ou contre Cuba, ou du moins ils ne se donneront pas les moyens de changer quoi que ce soit, car ce qui intéresse Trump c’est la négociation mercantile et stratégique, des sujets que n’aborderont pas ces pays, simplement par souci de souveraineté. Les Etats-Unis ne peuvent pas faire changer si facilement ces gouvernements, même si la capture de Maduro pourrait démontrer le contraire, à première vue. Cette intervention à Caracas a bénéficié d’une aide intérieure, Cuba et l’Iran c’est une autre paire de manches. Alors au-delà du brouhaha médiatique, quelle est donc la véritable situation de Cuba ?
Asphyxier Cuba en la privant du pétrole vénézuélien et empêcher les autres pays de l'aider
Cuba dépendait du Venezuela pour seulement 30 % de son approvisionnement en pétrole, via un système d’échanges (médecins, expertise technique, etc.) contre des hydrocarbures. En 2025, ces livraisons atteignaient environ 27 000 barils par jour, selon des sources non officielles. Cependant, une enquête du New York Times révèle qu’une grande partie de ce pétrole serait revendue à la Chine, plutôt que d’arriver à Cuba, permettant ainsi au gouvernement cubain d’obtenir des devises et de contourner les sanctions américaines. Cette pratique soulève des questions sur la réelle disponibilité du pétrole pour l’île.
La Russie, bien que présente diplomatiquement (visites officielles, promesses), peine à concrétiser ses engagements envers Cuba : le projet de centrale thermoélectrique à Mayabeque, annoncé il y a un an, n’a toujours pas démarré. De son côté, la Chine a apporté un soutien symbolique (60 000 tonnes de riz), mais largement insuffisant face aux besoins réels de l’île.
En janvier 2026, le Mexique s’est positionné comme le principal fournisseur de pétrole à Cuba, remplaçant le Venezuela dans ce rôle. La présidente mexicaine Claudia Sheinbaum a réaffirmé à plusieurs reprises que le Mexique continuerait à envoyer du pétrole et une aide humanitaire à Cuba, malgré les pressions américaines, invoquant un héritage de coopération et de solidarité régionale. Cette aide, bien que cruciale pour Cuba en pleine crise énergétique, reste limitée et dépend désormais des négociations entre les deux pays et des contraintes géopolitiques, notamment les relations avec Washington.
Les vrais problèmes… et les solutions en cours à Cuba
L’évolution de la situation économique à Cuba dépend bien sûr de sa gouvernance, de ses failles comme de ses initiatives. Le fait est que de nombreuses erreurs économiques, monétaires et sociales, en plus de la pression exercée par les Etats-Unis, ont fait perdre leur niveau de vie à bien des Cubains. Les réformes discrètes mais profondes paraissent invisibles, car souvent adoptées en demi-mesure et implantées avec les moyens du bord par des fonctionnaires souvent incompétents.
Une société à deux vitesses, loin de l’idéal communisme
Les écarts se creusent entre les cubains. Une société en pleine évolution dans un contexte difficile qui ne permet pas de maintenir la politique sociale du gouvernement. L’Etat n’a plus assez de revenus. Mais en même temps une nouvelle économie est en train de remplacer l’économie d’Etat : les privés
L’économie privée
Les nouvelles sociétés privées cubaines utilisent des outils différents de ceux traditionnellement employés par l’économie d’Etat. Ces moyens modernes sont désormais légaux. Il s’agit principalement d’un cadre juridique proche de celui d’une SARL française ; des monnaies et taux de change permettant les importations et de dynamiser le marché intérieur ; des aides financières extérieurs par la diaspora, plus de 2 millions de Cubains vivent à l’etranger, c’est de loin la première source de devises des Cubains à Cuba ; une autonomie énergétique naissante avec la stimulation par des coûts très bas d’installation pour l'énergie solaire.
Nouveau régime de pluralité monétaire à Cuba
Désormais, Cuba applique un régime de pluralité monétaire, permettant l’utilisation légale de plusieurs monnaies sur son territoire. Cette décision marque l’abrogation de l’unification monétaire introduite en 2021. Le terme « dollarisation », utilisé dans ce contexte, ne se limite pas au dollar américain, mais englobe diverses devises étrangères autorisées. La Banque Centrale de Cuba est chargée d’identifier ces devises et de publier quotidiennement leur taux de change par rapport au peso cubain.
Pour sortir des idées reçus, la meilleures manière est d'analyser quelques chiffres. Le tourisme, le commerce extérieur et les perspectives pour 2026.
Résultats économiques de Cuba sur les deux dernières années.
Pour se donner l’idée de la continuité, et la comparaison sur le temps long, il est plus probant de comparer la situation de Cuba entre les résultats de 2024 et les prévisions pour 2026. Ainsi l’aspect “dernière minute” s’estompe pour faire place à la réflexion objective.
Tourisme à Cuba en 2025
Position des autorités et ambassades
Les ambassades européennes, dont celle de France, maintiennent leurs conseils aux voyageurs sans modification majeure, invitant à consulter la fiche « Conseils aux voyageurs » sur [diplomatie.fr]. L’objectif est d’éviter toute panique et de privilégier la prudence, sans alourdir les restrictions.
Fréquentation touristique en baisse
Jusqu'en décembre, 2 604 092 voyageurs ont été accueillis, soit 86,6 % du total pour la même période en 2024, ce qui représente 404 621 voyageurs de moins.
Parmi les voyageurs, les touristes représentent 1 810 663 soit 82,2 % du total, et 392 454 touristes de moins qu'à la même période de l'année précédente.
- Canada : 1/3 des touristes, malgré les campagnes de dissuasion. Les Canadiens privilégient Holguín, les Cayos et Varadero. Les vols sont maintenus.
- Cubains de l’extérieur : 228 000 visiteurs.
- Russie : 131 000 touristes, malgré les difficultés logistiques.
- États-Unis : 110 000 visiteurs, avec une tendance à la reprise des vols en raison de la demande (après un ralentissement dû aux mesures restrictives de l’administration Trump).
Comparaison des résultats du tourisme à Cuba entre 2022 et 2025
Visitantes Internacionales. Año 2025
En 2025 (et pour 2026), le secteur touristique cubain traverse une période difficile, marquée par une baisse globale de la fréquentation. Malgré ce contexte, certaines tendances se distinguent : le Canada conserve sa position de premier marché émetteur vers Cuba, en dépit des tensions politiques persistantes, tandis que les États-Unis affichent des signes encourageants de reprise, avec des compagnies aériennes renforçant leurs liaisons aériennes pour répondre à une demande en hausse. En Europe, la fréquentation, notamment en provenance de France, d’Espagne et d’Allemagne, reste modérée. Les ambassades, bien que appelant à la vigilance, maintiennent leurs consignes sans les durcir, reflétant une approche prudente mais stable face à la situation.
Il est difficile de spéculer sur les résultats de 2026, directement dépendants des tensions politiques qui se sont durcies à partir de janvier.
Commerce extérieur en 2024 : Recomposition des partenaires
En 2024, le commerce extérieur cubain a connu une recomposition significative de ses partenaires. La Chine s’est imposée comme le premier partenaire commercial de Cuba, avec des échanges dépassant 1,5 milliard de dollars (+17 % par rapport à l’année précédente), devançant l’Espagne, qui conserve la deuxième place avec 1,2 milliard de dollars (–15 %), tandis que le Venezuela, autrefois leader, recule à la troisième position avec 912 millions de dollars (–44 %). La Russie, quant à elle, voit ses échanges chuter à 308 millions de dollars (–17 %). L’Union européenne reste le principal bloc commercial, partenaire de Cuba, totalisant 2,3 milliards de dollars, soit 25 % du commerce extérieur cubain. À eux seuls, les quatre premiers partenaires (Chine, Espagne, Venezuela, Canada) représentent 45 % des échanges du pays.
Côté services, ceux-ci demeurent le principal levier économique de Cuba, avec 7,8 milliards de dollars d’exportations en 2024, générant un excédent marqué (90 % des échanges de services). Les services médicaux, notamment l’envoi de médecins à l’étranger, dominent ce secteur avec 5,4 milliards de dollars (+21 %), soit 70 % des exportations de services. Le tourisme et le transport contribuent à hauteur de 1,3 milliard de dollars, un niveau stable. Enfin, les importations, estimées à 847 millions de dollars, restent inférieures aux exportations, confirmant un solde commercial positif pour l’île.
Terminal de Contenedores de Mariel
Perspectives 2026 : Reprise fragile et gestion de crise
En 2026, Cuba table sur une reprise fragile et une gestion de crise prudente, avec des objectifs ambitieux malgré un contexte économique tendu. Le pays vise des exportations totales de 9,969 milliards de dollars (+1,122 milliard par rapport à 2025), tirées principalement par les services (7,438 milliards de dollars) et les biens (2,530 milliards de dollars). Le secteur touristique, en particulier, anticipe une hausse de 15,8 % avec 2,2 millions de visiteurs, marquant un rebond après le recul de 2025. La production de sucre devrait également progresser, atteignant 229 500 tonnes de sucre brut, dont 30 000 tonnes exportées, tandis que la consommation de combustibles s’élèvera à 7,547 millions de tonnes équivalent pétrole. Les investissements publics, estimés à 57,92 milliards de pesos cubains, cibleront les secteurs social, les énergies renouvelables et les infrastructures hydrauliques. La croissance du PIB, bien que modeste, est projetée à 1 %, soutenue par le tourisme, les exportations de services et une relance progressive des activités productives.
Cependant, cette reprise reste fragile et confrontée à des défis majeurs : une forte dépendance aux services (santé, tourisme) et une fragilité des partenariats commerciaux, notamment avec le Venezuela et la Russie, dont les échanges continuent de reculer. La pression américaine et les risques de dégradation des perspectives économiques pèsent également sur les équilibres. Enfin, la hausse des importations critiques (combustibles, denrées alimentaires) aggrave les tensions sur la balance commerciale, rendant la gestion de la crise encore plus complexe pour Cuba.
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