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Un voyage au XIXème siècle (X) : une lutte d'égal à égal

Épisode 10: épisodes de la guerre d'indépendance à Cuba

Auteur:
Georges Caron
-
20 octobre 2012

Le Monde moderne

Le Monde moderne est une revue mensuelle illustrée généraliste française fondée en1895et disparue en1908. En janvier 1895 sort à Paris, chez Albert Quantin, au 5 de la rue Saint-Benoît le premier numéro d'une nouvelle revue mensuelle illustrée, le Monde moderne. Né en 1850, Albert Quantin rachète en 1876 le fonds de l'imprimerie de Jules Claye, l'une des plus grandes maisons parisiennes du Second Empire qui excelle dans l'édition de « beaux livres ». Située 7 rue Saint-Benoît, la fabrique est agrandie par Albert Quantin qui lui ajoute les numéros 5, 9, et 11. Le développement d'ateliers de reproduction, de taille-douce et de gravure, grâce à l'achat d'un matériel de pointe, lui permet de se spécialiser dans le livre d'art et de s'imposer dans le domaine des ouvrages illustrés de luxe. À sa qualité d'imprimeur il ajoute celle d'éditeur et travaille à la constitution d'un catalogue riche et varié. Dans le domaine des beaux-arts, il édite les œuvres complètes de Manet, Rembrandt, Boucher, Van Dyck ; en littérature, il réunit en de beaux volumes illustrés les œuvres de Balzac, Flaubert, George Sand, Vallès ou Goethe. Associé au célèbre Jules Hetzel, il publie également les œuvres complètes de Victor Hugo. Possédant le monopole de l'imprimerie du Palais-Bourbon, il en publie les comptes-rendus analytiques. À cela s'ajoutent d'autres collections spécialisées : une « bibliothèque parlementaire », une « militaire » et une « populaire ».

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Dans le dernier épisode du reportage du XIXe siècle de M. Caron à Cuba, l’auteur relate, à travers deux lettres qu’il a reçues, les combats révolutionnaires dans la Capitale cubaine.

Cubanía partage un reportage de l'écrivain Georges Caron sur son voyage à La Havane du XIXe siècle, publié en avril 1897 dans la revue le Monde moderne. L’auteur y raconte son arrivée à Cuba et exprime son ressenti sur le pays et sa population. Les lieux décrits et certaines habitudes expliquées sont parfois proches de la réalité d’aujourd’hui… C'est aussi un bon témoin de l'histoire de Cuba. Dans les derniers épisodes, il raconte des épisodes de l'histoire de l'île, en pleine guerre d'indépendance. Présentés chronologiquement en 10 épisode, voici le dernier épisode :

« La destruction des propriétés est en dehors de cette loi de représailles. Les insurgés le disent bien haut. Ils ne brûlent pas pour brûler. Ils brûlent pour ruiner l'Espagne, en l'atteignant dans la source la plus productive de ses revenus.

Aux propriétaires, ils donnent un bon constatant la valeur de la propriété qu'on va détruire. Ce bon sera converti en espèces par la Banque Nationale, le jour où l'indépendance de l'île sera proclamée. L'administration révolutionnaire fonctionne merveilleusement, d'ailleurs, dans toute l'île.

Le gouvernement a son président, le marquis de Santa-Lucia, ses ministres, ses magistrats, ses percepteurs, son journal officiel. Un million de Cubains obéissent à ses lois. C'est un État au petit pied, auquel il ne manque que les trois ou quatre grandes villes détenues encore par les Espagnols pour être un État.

La caisse révolutionnaire est pleine, enrichie par l'abandon d'un jour par semaine de revenus ou de salaires des affiliés à la Junta. Les États-Unis, qui ont mis l'indépendance de Cuba en actions (company-limited), fournissent à foison les armes et des munitions.

Hier encore, débarquaient 1.200 fusils, 750.000 cartouches, 3 canons, et quelques centaines de kilogrammes de dynamite. Avec cela, l'on va loin, quand on a la foi, et les insurgés l'ont, la foi. Ajouter, ce qui est énorme, que les Cubains, habitués au climat, ne craignent pas le vomito, el patriotico, le patriote, comme ils l'appellent. »

Cette lettre peut passer pour tendancielle, venue d'une personne connue pour ses sympathies à l'égard des insurgés. L'impartialité veut que nous en citions une autre, émanant d'un officier espagnol.

L'édition du Monde moderne dans la bibliothèque populaire d'Albert QuantinNé en 1850, Albert Quantin rachète en 1876 le fonds de l'imprimerie de Jules Claye, située au 7 de la rue Saint Benoit, l'une des plus grandes maisons parisiennes du Second Empire qui excelle dans l'édition de « beaux livres ». Possédant le monopole de l'imprimerie du Palais-Bourbon, il en publie les comptes-rendus analytiques. À cela s'ajoutent d'autres collections spécialisées : une « bibliothèque parlementaire », une « militaire » et une « populaire ». C’est de cette dernière collection que sont présentés les tomes successifs du « Monde Moderne » édités chaque semestre. En éditant à partir de 1895 cette « bibliothèque populaire », Albert Quantin créé une collection destinée à un large public et regroupant des textes d’écrivains plus ou moins célèbres sur des sujets d’actualité tels que la littérature, l’histoire, le commerce, le sport ou les voyages. L’éditeur avait la volonté d’en faire la revue qui reflétait le mieux son temps. Ce « reportage » du français Georges Caron y a été publié en avril 1897. L’auteur y raconte son arrivée à Cuba et exprime son ressenti sur le pays et sa population. Les lieux décrits et certaines habitudes expliquées sont parfois proches de la réalité d’aujourd’hui… Évidemment, le tableau se place 11 ans seulement après la mise en pratique de l’abolition de l’esclavage. Quant à l’égalité « officielle » entre Noirs et Blancs, elle ne date que de 1893, soit 4 ans avant cette chronique… C’est pourquoi on se doit de garder à l’esprit la date de rédaction de cette chronique et Cubanía a choisi de la publier « tel quel », sans occulter les références et rapports de l’époque.

« Ces gens-là (les insurgés) sont des brutes, n'ayant de civilisé que le nom. Ils méritent l'anéantissement au même titre que les pires sauvages. La vraie lutte n'a pas lieu entre Espagnols et Cubains, entre enfants d'une même mère, mais entre l'élément noir et l'élément blanc.

Macéo, Gortiez, les deux grands chefs du parti insurrectionnel sont des mulâtres, rêvant d'être les Soulouques d'une nouvelle Haïti. Ils font la guerre au couteau, la guerre lâche et sournoise, incapables qu'ils sont de voir l'ennemi en face. Le maréchal Martinez Campos a échoué parce qu'il a voulu faire du sentiment, raisonner avec des gens qu'il fallait bâtonner. On s'est joué de lui.

Les insurgés anéantissent les propriétés, sous couleur de ruiner l'Espagne, alors que, seule, leur haine de gens qui ne possèdent pas pour ceux qui possèdent les fait agir. Ils entraînent de force les paysans sous leurs drapeaux, les menaçant des pires supplices en cas de refus. Ils accueillent à bras ouverts les bandits de grands chemins, les nègres marrons de la Savane, gens de sac et de corde, ayant tout à perdre en temps d'ordre, tout à gagner, au contraire, en eau trouble.

Leur armée n'existe pas, et si les États-Unis ne leur fournissaient pas à gogo armes et munitions, depuis longtemps, ils se seraient évanouis. Certes, il est dur de sévir, mais avec ces gens-là, on ne sévira jamais assez. Nous menons là-bas une vie de chien : mal nourris, mal logés, mal habillés et les trois quarts du temps n'ayant rien à faire.

Nos marches en avant sont de vraies promenades militaires, les ennemis fuient constamment devant nous. Le vomito, plus encore que les balles, nous est fatal. Il faudrait, pour combattre à Cuba, des hommes habitués au climat. Nous sommes comme les Français à Madagascar, perdant peu d'hommes par le feu, mais beaucoup par le général-fièvre. Et encore les Français- avaient-ils un but, une grande ville : Tananarive. Qu'auraient-ils fait, si, comme nous, ils avaient dû lutter contre l'insaisissable ? Quand tout cela finira-t-il?...»

Nous n'avons à prendre parti pour aucun camp, mais nous pouvons souhaiter que dans le plus bref délai possible se termine une guerre qui est une honte pour la civilisation tout entière. Les Espagnols sont un valeureux peuple, mais valeureux est aussi le peuple cubain. Aux grands hommes qu'a fournis la Castille, Cuba peut opposer les grands hommes qu'a fournis la Havane. La lutte est d'égal à égal. Que n'en arrive-t-on à une entente ? Pour les peuples comme pour les plaideurs, le proverbe dit vrai : « une mauvaise transaction vaut mieux qu'un bon procès. »


Le Monde moderne

Le Monde moderne est une revue mensuelle illustrée généraliste française fondée en1895et disparue en1908. En janvier 1895 sort à Paris, chez Albert Quantin, au 5 de la rue Saint-Benoît le premier numéro d'une nouvelle revue mensuelle illustrée, le Monde moderne. Né en 1850, Albert Quantin rachète en 1876 le fonds de l'imprimerie de Jules Claye, l'une des plus grandes maisons parisiennes du Second Empire qui excelle dans l'édition de « beaux livres ». Située 7 rue Saint-Benoît, la fabrique est agrandie par Albert Quantin qui lui ajoute les numéros 5, 9, et 11. Le développement d'ateliers de reproduction, de taille-douce et de gravure, grâce à l'achat d'un matériel de pointe, lui permet de se spécialiser dans le livre d'art et de s'imposer dans le domaine des ouvrages illustrés de luxe. À sa qualité d'imprimeur il ajoute celle d'éditeur et travaille à la constitution d'un catalogue riche et varié. Dans le domaine des beaux-arts, il édite les œuvres complètes de Manet, Rembrandt, Boucher, Van Dyck ; en littérature, il réunit en de beaux volumes illustrés les œuvres de Balzac, Flaubert, George Sand, Vallès ou Goethe. Associé au célèbre Jules Hetzel, il publie également les œuvres complètes de Victor Hugo. Possédant le monopole de l'imprimerie du Palais-Bourbon, il en publie les comptes-rendus analytiques. À cela s'ajoutent d'autres collections spécialisées : une « bibliothèque parlementaire », une « militaire » et une « populaire ».

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