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Histoire de l’Economie cubaine

Entre économie planifiée et économie de marché

Auteur:
Stéphane Ferrux-Bigueur
-
23 octobre 2020

Cubanía

Cubanía s’efforce de retranscrire, que ce soit par l’image, le son, ou l’écrit, la vie quotidienne de La Havane et de Cuba à un public hétéroclite, curieux, intéressé, souvent non résidents. Toujours en dehors des grands débats politiques, économiques ou des thèmes couramment traités par les médias officiels, Cubanía souhaite au contraire faire témoigner les Cubains de tous les jours, la société dans son organisation actuelle, à travers des lieux, des traditions, des expressions culturelles parfois méconnues.

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Voilà plus de 10 ans qu’on parle à Cuba de la réunification des monnaies, le CUC, peso convertible ou devise équivalente au dollar avec le CUP, peso cubain ou monnaie locale. Comment en est-on arrivé là ? Pourquoi autant de temps ? Qu’entend-on par réunification des monnaies ? Et bien d’autres questions, car au delà de l’abandon d’un billet pour un autre, c’est toute l’organisation économique du pays qui doit être remise en cause.

Une bodega dans Centro Habana

Essayer de décrire l’économie cubaine c’est un peu comme expliquer les effets de la dette sur l’économie américaine : illogique, conceptuelle, abstraite, technique, spéculative... en un mot, compliquée. Un article, aussi long soit-il, n’y suffira pas, c’est un livre entier qu’il faudrait lui consacrer. Ce qui suit est donc avant tout un témoignage, car n’étant ni spécialiste en la matière, ni économiste, j’ai simplement vécu cette histoire depuis 25 ans avec la chance en tant qu’étranger à Cuba de pouvoir comparer en permanence l'évolution de l'économie cubaine avec celle du reste du monde.

A l’époque de l’URSS, toute l’économie cubaine était planifiée sur les aides accordées par le grand frère communiste. Cela se traduisait par les importations de pratiquement tous les biens de consommation des Cubains, mais aussi les besoins de l’État en matière d’industrie, d’énergie et d’indépendance militaire. Le pays, littéralement subventionné, répondait donc à une toute autre logique que celle des marchés qui régulaient déjà à l’époque l’économie mondiale.

Cuba, l’URSS étaient organisés en marge de cette logique. Ce qui était à la fois très confortable pour Cuba, loin des soucis de rentabilité, compétitivité et autres règles comptables. Hélas l’Histoire le confirmera, la situation était surtout très dangereuse pour l’équilibre même du pays, les échanges de marchandises n’étant pas indexés sur des prix correspondant aux réalités du reste du monde. A la chute de l’URSS, c’est le système complet de l’économie cubaine qui disparaissait... ou presque ! 

Car, et c’est bien de cela dont il est question avec la réunification des monnaies, le système aura perduré en partie du moins, pendant encore 30 ans, jusqu’à ce jour.

Cuba contre vents et marées de l’économie mondiale

Au moment de la chute de l’URSS, les Cubains s'en sortaient très bien. Leur salaire minimum d’environ 160 CUP permettait de vivre normalement ; avec 350 CUP mensuels, une famille cubaine allait trois fois par semaine au restaurant, passait des vacances (à Cuba) pendant 15 jours dans un hôtel de Varadero.

Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes, jusqu’à ce que les réalités de l’économie mondiale rattrapent l’eldorado de l’économie planifiée. Contre toute attente, la réaction de Fidel Castro à ce moment critique de l’histoire du pays ne fut pas de changer d’économie comme le reste des pays du bloc soviétique. Elle fut au contraire de maintenir son organisation économique, alors même qu’elle était entièrement basée sur la subvention et que le promoteur de cette subvention disparaissait. Fidel Castro avait habitué les Cubains à ce type de tour de passe-passe défiant toute logique, et il obtint une fois encore la totale et sincère confiance de tout le pays.

Contre vents et marrées le pays résisterait contre la vague capitaliste et allait se maintenir à flot respectant les acquis de la Revolution Cubaine que sont l'éducation, la santé et la culture. D’une certaine manière, et avec d’énormes sacrifices, le plan fonctionna. Certes, il laissera des séquelles à toute une génération et orientera une nouvelle manière de pensée chez les plus jeunes. Les conséquences seront désastreuses sur la confiance des Cubains en leur gouvernement et en leur pays.

Aujourd’hui, 30 ans après, la nouvelle administration du pays avec Diaz-Canel à sa tête, essaye de récupérer cette confiance. Son message, sans pour autant renoncer aux acquis de la Revolution, annonce la fin de la résistance à l’économie de marché. La nouvelle administration admet seulement qu’avoir résisté aussi longtemps a permis de conserver une organisation de style communiste. Parallèlement, les édiles se rendent compte qu’il n’est plus possible de maintenir en vie le pays sans qu’il fasse partie du reste du Monde, celui de l’économie telle qu'on la connait partout ailleurs.

Ce perfide billet vert

Fidel Castro aura-t-il réellement maintenu son organisation malgré l’effondrement soviétique ?

Pas si simple... Car dès le début de la crise dans les années 90, un virus vint infecter la pureté de l’économie planifiée, le fameux billet vert. La lutte fut acharnée, des Cubains furent jetés en prison pour possession d’un seul dollar. Mais la gangrène se trouva en réalité impossible à endiguer.

Fidel lui-même, en parlant du tourisme une des principales sources d’approvisionnement de ce dollar, le qualifia de « mal nécessaire ». La nature (du marché) avait fait sa place à l’ombre du communisme et de la planification économique. Le fameux « Marché » commençait à inonder la société cubaine d’une autre monnaie et avec elle d’une nouvelle forme économique. On aurait pu penser à ce moment que deux économies allaient cohabiter de manière indépendante dans le pays. Il y avait d'un côté l’économie d’Etat dite planifiée qui gérait les entreprises étatiques, les salaires, les importations ; et de l'autre l’économie parallèle dite « de Marché ». Elle faisait naturellement ses premiers pas et permettait aux cubains d’acquérir certains biens. On allait assister à une nouvelle organisation avec deux monnaies pour deux économies, celle de l’Etat et celle de la rue.

L'économie parallèle Ce phénomène n’est pas exceptionnel, les marchés noirs existent dans certaines sociétés et peuvent à un certain moment de l’histoire permettre une stimulation de l’économie et faciliter la naissance d’une économie régulière. Ce fut le cas en France après la guerre. Cette économie dans l’économie doit être régulée et petit à petit remplacée, telle est la stratégie d’un pays qui veut garder le contrôle sur son économie.

Mais le gouvernement cubain ne considéra pas le dollar comme l’instrument d’un marché noir parallèle à son économie. Du moins, il ne le voyait pas ainsi, après cette période de crise économique qui commençait à sérieusement durer. On est alors en 1994, Cuba vient d’autoriser les investissements étrangers et s’ouvre au tourisme.

Probablement sous l’effet de la pression extérieure, le gouvernement prend alors une décision qui fit tout basculer... il légalisa le dollar. D’aucun dira, un simple geste pour légiférer une pratique qui devenait difficilement contrôlable. Mais en fait, Cuba venait de légaliser le marché noir et le gouvernement allait y participer activement. En fait il avait confondu les devises d’une économie planifiée issues des gains du tourisme et des investissements étrangers, avec les devises de la rue, le dollar entrant et circulant de manière incontrôlée et servant de moyen de subsistance à la population cubaine.

En réalité, même Fidel Castro n’aurait pu contenir cette loi de la nature du Marché, qui consiste à subvenir aux besoins basiques de la population, que l’économie planifiée se voyait dans l’incapacité d’assumer. Pour faire court, l’économie planifiée ne permettrait pas de faire vivre la population cubaine décemment, et celle-ci abandonnée à elle-même trouva dans le marché noir et les devises étrangères son seul moyen de subsistance.

La signification de la légalisation du dollar fut inimaginable même pour le visionnaire Fidel Castro. Ses conséquences allaient, sans que personne ne s’en rende vraiment compte, faire participer le gouvernement à la plus grande hypocrisie de la nouvelle économie cubaine. Une économie planifiée "ancienne génération" allait cohabiter avec une nouvelle économie de marché.

Trente ans plus tard, on en est là, mesurant les dégâts qu’aura générés cette double économie, double morale et donc double monnaie.

Discours de Fidel Castro dans les années 1990

Deux monnaies pour deux économies

Comment l’introduction officielle de la devise créa le schisme de la société cubaine dont elle souffre encore aujourd’hui ? Quelles sont les rôles de chaque économie et comment est-ce qu’elles interfèrent entres elles ?

Le problème n’est pas tant d’avoir deux monnaies et deux économies... Tant qu’elles n’interfèrent pas entre elles. Facile à dire car en réalité, la situation reste à l’état de théorie. En pratique, surtout à Cuba, l’Etat gère la vie de ses concitoyens, que ce soit pour la culture, l’éducation ou la santé, mais aussi pour l’alimentation, la communication, les transports. En conclusion, l'Etat gère tout ce dont a besoin un être humain dans une société.

Mais le gouvernement a largement sous-estimé que tous ces besoins, d’une manière ou d’une autre, requièrent... des importations ! C’est à dire des biens que le gouvernement doit acheter, non plus à l’URSS ayant disparu, mais sur le Marché... le fameux Marché qui gère l’Economie Mondiale.

Pour que les Cubains mangent leur pain quotidien il faut importer de la farine payée en dollars (souvent à la France d’ailleurs...). Et s’il n’y a plus de farine, ou disons moins de farine parce que l’Etat ne peut pas payer le prix réel du marché, il n’y aura pas assez de pain pour tout le monde. Et le pain commencera à réagir au marché intérieur, grâce à la devise importée et circulant dans la rue. En conclusion, il verra son prix augmenter, obligeant la majorité des Cubains à se fournir en devises, comme celles gagnées par les activités du tourisme ou plus facilement, par les envois de la famille exilée à Miami ou ailleurs.

Et voilà formé le marché noir. Mais surtout apparaît ici la première interaction entre importation de farine en dollars, gérée par l’Etat et appartenant à l’économie planifiée et le prix du pain en dollars (ou équivalent CUC) lui-aussi, appartenant à l’économie de marché. La relation est ainsi établie entre l’économie planifiée de l’Etat avec des prix fixés et contrôlés et l’économie de Marché réagissant aux lois naturelles de l’offre et la demande.

On aurait pu imaginer le gouvernement rester en dehors de ce Marché parallèle, voir le condamner. C’est d’ailleurs ce qu’il a essayé d'abord de faire, mais ça n’a pas duré très longtemps. La dollarisation s’est généralisée dans la société cubaine principalement grâce au tourisme et aux Remesas, l’argent qu’envoie les familles en exil aux Cubains restés au pays. L’État perdit le contrôle de la monnaie car celle-ci entrait par des circuits qui jusqu’alors n’existaient pas, grâce à la fameuse ouverture sur le monde entier, jusqu’alors canalisée par le circuit URSS.

Malgré l’interaction entre le dollar nécessaire à l’Etat pour l’achat de la farine et le dollar nécessaire au Cubain pour acheter le pain qui en découle, il existe une certaine différence entre ces deux dollars. En effet celui de l’Etat est intégré à son économie et il le contrôle, c'est cette économie qui régit la vie des Cubains. A l'inverse, le dollar que le Cubain récupère sur le marché, en espèces n’intègre pas l’économie de l’Etat. Ce sont bien deux dollars issus de deux économies indépendantes. Pour remédier à cette différence, le gouvernement a choisi de légaliser le dollar de la rue, c’est à dire qu’il s’est vu contraint de récupérer ces devises pour les intégrer à son économie. Etaient nées l’Economie minoritaire de la Petite Distribution, constituée par les boutiques en devises, qui fut petit à petit généralisée à tous les autres services à la population, au transport, à la communication, aux loisirs, etc.

Un magasin cubain qui vend des produits en CUC

Ainsi, l'Etat avait intégré une économie de Marché à sa propre économie planifiée. La première réagissait à des lois similaires à celles connues en Europe, avec des boutiques, des services en ligne, des entreprises privées qui gèrent leurs affaires... Quant à la seconde, elle restait complètement dirigée par le gouvernement avec ses règles de distribution comme la Bodega, ses services gratuits à la population tels la santé et l’éducation, ou son transport subventionné...

Ces deux économies se présentaient toujours comme deux blocs séparés que les Cubains utilisaient et continuent à utiliser, passant de l’un à l’autre avec une agilité déconcertante. Il est tout à fait normal pour un Cubain de payer l'addition d'un restaurant géré par l’état 10 CUP (soit un demi dollar) et 60 CUC (soit 60 dollars) pour un repas dans un restaurant géré par un privé. Même si ceux qui fond la queue pour le premier, n’iront jamais dans le deuxième, alors que l’inverse est possible...

C’est pour maintenir la différence entre les deux blocs économiques que se maintiennent également deux monnaies. C’est comme si le gouvernement avait un pied dans chacun d'eux : le bloc "Economie de Marché", né par obligation et le bloc "Economie Planifiée", fidel aux principes politiques du gouvernement. En parallèle existent donc le bloc "Monnaie CUC" et le bloc "Monnaie CUP", tous deux alimentés de manière différente mais par une même devise, le dollar.

Ce dollar de la rue qui permet aux Cubains d’améliorer leur quotidien de l’Economie planifiée, et celui de l’état lui servant aux importations, possède une valeur sur la place internationale, donnant ainsi une valeur à tous les objets qu’il permet d’acquérir.

Ainsi on connait à peu près la relation entre ce que coûte une baguette de pain en dollar partout dans le monde. Lorsqu’une monnaie pénètre une Economie, elle doit forcément se comparer à la monnaie locale. Le taux de change entre ces monnaies donne la valeur comparative de l’une et de l’autre. Ainsi, dans les années 90 lors de son apparition, un dollar valait jusqu’à 160 CUP soit l’équivalent d’un salaire. De nombreux paramètres, naturels ou spéculatifs, viennent nourrir la valeur d’une monnaie sur un marché, son interdiction par exemple, ou la rareté des biens qu’elle permet d’acquérir. C’est au rythme d’une certaine stabilisation du marché noir, mais surtout de la décision du gouvernement de légaliser ce dollar que celui-ci s’est arrêté après quelques années, à un change presque constant, car maintenu dès lors de manière artificielle par l’Etat, de 1 dollar (ou 1 CUC) pour 24 CUP. La parité est née d'une relation naturelle entre les valeurs de ce qu’on acquiert en CUC (devise) et celle qu’on acquiert en CUP à Cuba.

Le CUC et le dollarPar manque de billets qu’il fallait écouler, et à cause de l’embargo américain, le billet vert fut assez vite remplacé par un billet plus coloré, mais ayant la même valeur, le Peso Convertible ou CUC. C'est pourquoi, lorsqu’on parle de devise à Cuba, on parle bien d’une monnaie appelée le CUC d’une valeur équivalente au dollar.

Selon cette logique on pourrait penser que cette parité CUC / CUP permît de déduire qu’un salaire de 450 CUP équivaut à 18,75 dollars (ou CUC)... Et bien non, justement ! Ce calcul, si courant lorsqu’on parle de Cuba et qu’on compare les salaires cubains de ceux du reste du monde, n’existe pas. Tout simplement parce qu'il existe deux blocs économiques et que ceux-ci n’ont pas de relations entre eux. Certes, il existe un taux de change du dollar (1 CUC) pour 24 CUP ? Seulement ce taux ne s’applique qu’au bloc de l’économie de marché. Et c’est tellement vrai qu’il existe un autre taux de change lorsqu’on parle du bloc de l’Economie planifiée. En effet, pour son Economie planifiée, l’Etat cubain considère qu'un dollar (1 CUC) vaut 1 CUP, au lieu des 24 calculés avec le bloc de l’Economie de Marché.

Lors de la légalisation du dollar, le CUC du bloc de l’Economie de Marché servait essentiellement à la Petite Distribution et donc à l’acquisition des biens pour les Cubains dans les boutiques en devises. Le CUC n’était jamais utilisé dans le bloc de l’Economie Planifiée gérée par l’Etat. Celle-ci gérait et gère encore les salaires, mais aussi les importations, la santé, la culture, l’éducation et une partie de l’alimentation subventionnée avec le CUP. Pour autant toutes ces valeurs économiques gérées directement par l’Etat et utilisées par les Cubains ne pouvaient être valorisées avec le CUC. Ni la santé, ni l’éducation, ni les produits de la Libreta - carnet de distribution pour les aliments de base de chaque cubain - n’avait de valeur en dollar. On ne savait donc pas combien ils coûtaient, sur le Marché mondial !

Une monnaie, deux taux de change

L’Etat lui le savait. Il l’a reconnu au fur et à mesure des années. Il n’a surtout pas pu contenir la vague jusqu’à aujourd’hui, celle qui veut que l’ensemble des services aux Cubains aient leurs contreparties en CUC... Durant les 20 dernières années, cette double comptabilité créa des différences durables dans la société, entre ceux qui ont des devises, et les autres.

C'est certainement la raison pour laquelle l’Etat voulut, en son temps, légaliser le dollar, essayant de mettre de l’ordre à cette nouvelle économie de marché parallèle. Cette participation ne fit que consolider les différences et facilita la création d'une Société à deux vitesses, celles des deux monnaies. Ceux qui essayent de vivre de leur salaire payé par l'Etat et ceux qui réussirent à participer à la nouvelle Economie de Marché légalisée, avec le tourisme, les entreprises étrangères et surtout l’aide des familles de l’extérieur, les fameuses Remesas.

Une bodega avec produits en monnaie nationale (CUP) vendus par la Libreta

En réalité, durant de nombreuses années personne à Cuba ne put vivre de son seul salaire. L’emploi par l’Etat permit d'obtenir des avantages en nature, voiture, alimentation, matières premières, qui se trouvaient reconvertis pour réapparaitre sur le Marché noir. Après quelques réévaluations des salaires dans les années 2010, face à la concurrence du nouveau secteur privé, les fonctionnaires de l’Etat purent vivre un peu mieux de leur travail. Aujourd’hui, ce n’est de nouveau plus suffisant.

C’est probablement pour cette raison que le gouvernement tire actuellement la sonnette d’alarme. Ces valeurs de l’économie de l’Etat doivent être intégrées à une Economie globale afin de créer une échelle de prix cohérente orchestrée par une seule monnaie.

Il est temps d’unifier les deux blocs économiques !

Après 30 ans d’application du modèle « double économie » celui-ci est considéré aujourd’hui comme obsolète, voir contreproductif par le nouveau gouvernement cubain. C’est lui qui empêcherait le développement nécessaire et harmonieux de l’économie cubaine...

Que s’est-il passé ?

L’Etat cubain, pour respecter son propre système planifié, fait toujours très bien la différence entre Petite Distribution créée pour la récupération des devises, et le Marché Majoritaire, les grossistes, qui sont eux gérés exclusivement par l’Economie planifiée de l’Etat. De prime abord, la théorie est simple, la Petite Distribution se manie en devises, car celle-ci entre sur le marché cubain par des circuits non contrôlés. Le rôle de l’Etat est seulement d’organiser cette Petite Distribution afin de récupérer ces devises. Le Marché Majoritaire quant à lui reste aux mains de l’Etat. Ainsi toutes les entreprises d’importations, mais aussi celles de production, restent toujours le monopole de l’Etat.

La différence entre Petite Distribution et Marché Majoritaire était bien marquée et la frontière infranchissable... ou presque ! Car aujourd’hui on peut considérer que le transport, les loisirs, les charges de la maison, la communication... sont pour une part chaque jour plus grandes, intégrées à la Petite Distribution, qui n’est donc plus si petite...

Les signes de faiblesse se sont fait encore plus évidents lorsque l’Etat a autorisé les coopératives. En effet celles-ci pouvaient être considérées comme ayant un pied dans chaque Economie. De nature privée, elles facturent en devises des clients aussi bien privés qu’étatiques. Mais sa relation avec l’Etat est celle d’un fournisseur à un client. L’Etat-fournisseur permet à la coopérative d’acheter ses matières premières en CUP, donc venant de l’autre économie, celle de l’Etat. La Coopérative achète en CUP et revend même à l’Etat en CUC !

Ce ne serait pas un problème s’il existait une équivalence de valeur, c’est à dire un taux de change unique entre le dollar (ou CUC) et le CUP. Hors celui-ci n’existe pas...

Et que fait-on du taux de 1 CUC = 24 CUP ? Ce taux est celui de la rue, de l’Economie de Marché de la petite distribution. L’Etat, se considère complètement indépendant de cette économie de Marché, même s’il la contrôle par la Petite Distribution. C'est pourquoi, il choisit un tout autre change. C’est ainsi que les entreprises de l'Etat, quelqu’elles soient décident que le dollar (et non le CUC de la rue) vaut un CUP. Pour l’Economie planifiée 1 USD = 1 CUP, alors que pour l’économie de marché 1 USD (CUC) = 24 CUP !

Lorsqu’on maintient l’indépendance des deux économies, le système pourrait tenir, deux économies parallèles et indépendantes avec deux systèmes monétaires différents... pourquoi pas... Mais lorsque ces systèmes économiques commencent à avoir des interactions, c’est le début de graves problèmes de cohérence. On est parvenu, lentement mais sûrement à cette situation qui aujourd’hui se présente comme intenable pour le développement économique.

Fusionner les économies pour fusionner les monnaies

Ce qu’il faut comprendre c’est que le développement économique de Cuba passe par l’intégration des deux économies. Il y a celle née de la rue dans les années 90 de manière spontanée, stimulée par l’entrée incontrôlée des devises et leur maniement par la population puis par l’Etat ; de l’autre côté, l’économie planifiée de l’Etat cubain, assurant les acquis de la Révolution qui sont la santé, la culture et l’éducation, mais aussi l’alimentation de base de chaque cubain.

L'avenir économique de Cuba, selon son gouvernement actuel, passe par la fusion de ces économies. C’est une avancée historique qui demande une vraie mutation des pensées, mais aussi et surtout l’application d’un plan d’unification des économies bien plus complexe que le seul remplacement d'une monnaie pour une autre.

Penser à l’unification des économies c’est considérer que le secteur étatique perd ses monopoles, d’importation, de gestion d’entreprises de production. C'est aussi se dire que les Cubains devront peut-être assumer une partie de la gestion de leur santé et de leur éducation. Ce qui est sûr, et cela a déjà été annoncé, les Cubains devront renoncer à une partie de leur Libreta. Le système tributaire mis en place depuis quelques années est également là pour rappeler que le gouvernement prépare le terrain de longue date. L’Etat compte bien récupérer une part des valeurs créées par les Cubains eux-mêmes, que ce soit du secteur privé ou étatique. En d’autres termes, tout le monde devra payer des impôts afin de compenser le retrait de la participation de l’Etat dans les affaires des petites entreprises.

Comment fabrique-t-on le pain à Cuba ?

Dans un premier temps, il faut comprendre pourquoi les entreprises d’Etat utilisent un change de 1 USD = 1 CUP, alors que naturellement le change est de 1 USD = 24 CUP ?

Globalement parce qu’elles subventionnent l’Economie cubaine pour donner accès par des prix dérisoires aux services offerts par l’Etat. On peut dire ainsi que le pain vendu par l’Etat peut coûter plus de 300 fois moins cher que dans la boulangerie d’un privé ou dans celle de la Petite Distribution gérée par l’Etat.

Pourtant la farine pour l’un et pour l’autre est la même, importée par la même entreprise étatique au même prix du marché mondial, en USD. En voici le décryptage. Lorsque cette farine est comptabilisée dans l’entreprise d’Etat, les 20.000 USD que coûte la tonne deviennent 20.000 CUP (équivalent de 833 CUC, sur le marché privé) sous l’effet du fameux taux 1 USD = 1 CUP.

Une bodega avec produits en monnaie nationale (CUP)

A partir de là, tous les prix de la gestion de la fabrication de ce pain sont comptabilisés en CUP, jusqu’à son prix de vente. C’est le cas des salaires, de l’électricité, de l’eau, de la maintenance des machines. Et pourtant la plupart de ces services (à part les salaires...) sont payables en devises, comme une partie du pétrole nécessaire pour fabriquer l’électricité. On voit, par cet exemple, que la partie d’importation des produits nécessaires pour toute fabrication est ainsi par enchantement sous évaluée 24 fois. C’est dans ce sens que l’Etat continue à participer amplement à la subvention des produits qu’il fabrique et vend à la population. Ce calcul est bien sûr à nuancer lorsque les importations nécessaires à la fabrication d’un produit diminuent et que cette fabrication devient ainsi autochtone. Mais quels sont les produits qui ne demandent aucune intervention d’un service ou d’une matière non cubaine ? Quasiment aucun, c’est à dire que tous les produits cubains possèdent un pourcentage de leur coût de fabrication sous-évalué au moment de leur comptabilisation.

Dans ce contexte et avec de telles pratiques généralisées à l’ensemble des entreprises cubaines, quelle est donc la stratégie du gouvernement cubain ? Elle est simple, devenir compétitif autant sur le marché local que mondial afin de jouir d’une Economie qui puisse subvenir aux besoins de la population cubaine et plus généralement permettre de continuer à assurer une politique sociale telle que dessinée depuis des décennies.

Réformer l’économie

Et quel est le plan pour atteindre cet objectif ? Réformer l’économie afin de l’intégrer à l’économie mondiale. Cela doit passer par la fusion des deux blocs économiques cohabitant à Cuba, celui du Marché et celui de la planification. Fusionner, c’est appliquer les mêmes règles pour les deux économies et n’utiliser qu’une seule monnaie. En d’autres termes non seulement faire disparaître les différences de change ou de valeur entre la monnaie de l’Etat et la monnaie de la rue, mais faire disparaître également les avantages des uns et des autres et planifier des règles valables aussi bien pour l’état que pour les privés. Il faudra par exemple trouver la juste valeur du dollar, entre 1 et 24 CUP, afin de l’appliquer à l’ensemble des transactions cubaines, qu’elles soient réalisées par une petite entreprise privée, par le ministère des transports ou même pour le touriste qui vient visiter Cuba.

Le gouvernement, pour arriver à ces fins, propose un plan en quatre mesures.

Première mesure : réévaluer les importations

L’Etat souhaite donc réévaluer le coût des importations de matières premières, sous évalué dans la comptabilité cubaine et payé en devises. Ces produits nécessaires à la manufacture cubaine ne se verront plus appliqués un taux du dollar équivalent à un CUP, mais prendront pour référence le juste prix du dollar par rapport à ce CUP, valeur qui reste à déterminer. Dans le même temps, l’Etat souhaite diminuer au maximum ces importations pour les remplacer par une fabrication locale, ce qui ferait disparaître le surcoût d’importation de matières premières dans la fabrication des produits.

Il est probable que ces deux objectifs soient la conséquence l’un de l’autre. En effet, la juste valeur des importations fera augmenter obligatoirement le coût de fabrication des produits cubains, mais celle-ci fera également augmenter le prix des produits importés manufacturés (hors Petite Distribution). Par exemple, en proportion, un produit comme le lait importé qui ne subit que très peu de transformation est plus directement impacté dans son prix de revient par le phénomène de l’importation que le lait produit localement dont la seule importation est son emballage.

Le port du Mariel

Le lait d’importation augmentera donc fortement et permettra au lait local de devenir plus compétitif sur son propre marché. Le lait cubain était jusqu’alors en désavantage par rapport au lait d’importation, celui-ci étant sous évalué par l’application du fameux taux : 1 CUP = 1 USD.

Seconde mesure : augmenter les salaires

Si les prix des matières premières importées augmentent, les produits manufacturés cubains augmenteront en proportion. Il faudra donc augmenter les revenus des cubains en conséquence pour qu’ils puissent acquérir ces produits. Le gouvernement pense augmenter en moyenne entre 4 et 5 fois les revenus des employés et des retraités à Cuba. Ce calcul est basé sur le panier moyen, c’est à dire tous les produits nécessaires à la vie de la famille cubaine, alimentation, vestimentaire, santé, loisir, transport... Le plan est donc d’augmenter de manière artificielle le pouvoir d’achat des Cubains afin qu’ils aient dans de plus grandes proportions accès aux produits, distribués aussi bien sur le réseau de produits locaux qu’on souhaite stimuler, que sur celui de la Petite Distribution des produits vendus en boutique.

Ces derniers ne resteront néanmoins accessibles qu’à une certaine partie de la population. On peut toutefois imaginer dans une bien meilleure proportion qu’actuellement. L’augmentation des salaires pourrait également avoir pour conséquence une meilleure stimulation des employés. Cela fait plusieurs décennies que les Cubains ne travaillent plus pour le salaire, celui-ci ne leur permettant pas de subvenir aux besoins de base. Vivre de son salaire devrait donc stimuler le travail, et par conséquent augmenter l’efficience des entreprises. Les meilleurs salaires pour ceux qui travaillent devraient stigmatiser ceux qui ne travaillent pas. La société cubaine malgré elle, stimule ceux qui reçoivent de l’argent de l’étranger ou vivent du « business », des petits trafics en marge de la société, jusqu’alors plus rentables que le travail officiel et son salaire insuffisant. Cette tendance pourrait s’inverser avec de meilleurs salaires.

Troisième mesure : réorganiser la Libreta

Ces produits vendus à la population à prix dérisoires et donc largement subventionnés coutent très cher à l’Etat. D'abord parce qu'il s'agit en général de produits importés et donc payés en dollars et revendus à perte, mais aussi à cause d’une logistique quadrillant l’ensemble du pays capable de mettre à disposition dans un temps record les produits à disposition de tous. En augmentant les salaires l’Etat fera naturellement disparaître la nécessité de la Libreta pour tous. Elle sera néanmoins maintenue pour les familles fragiles, de revenus généralement faibles. Elle sera ainsi organisée non plus en fonction des produits à distribuer sinon en fonction de ceux qui en ont vraiment besoin.

Comme pour tous les acquis sociaux, il sera très difficile de convaincre la population sur la nécessité de faire disparaitre la Libreta, et surtout de la manière dont elle sera remplacée. Il a été annoncé des prix qui se multiplieraient par 10 ! Pourtant l'Etat le sait : l’intégration d’une Economie cohérente passe par l’abandon de la subvention au profit de l’achat au juste prix grâce à un salaire juste.

On peut extrapoler sur les intentions de l’Etat à limiter les aides « à tout va » et sa volonté de rationaliser ces aides. Le souhait est de maintenir une forte présence étatique pour tous les services sociaux que sont le transport, la santé ou l'éducation, mais on le voit par l’exemple de la commercialisation du pain il s’agit aussi de favoriser une certaine participation des citoyens dans ces efforts coûteux.

Combien coûte le pain à La Havane ?Il est possible d’acquérir du pain de multiples façons. Trois des nombreux circuits à La Havane proposent l’équivalent d’une baguette de pain : à La Bodega, trois pains coûtent 0,15 CUP soit 0,00625 CUC. A la boulangerie Sylvain gérée par l’Etat, les trois pains coûtent 0,50 CUC soit 12 CUP tandis qu'à la boulangerie La Vincentina, gérée par un privé, la baguette coûte 2 CUC soit 48 CUP. On peut imaginer que tous utilisent la même farine et des ingrédients similaires. Seulement l’Etat subventionne le prix de la farine utilisée par la Bodega tandis que Sylvain a accès à un marché de gros qui lui confère un prix juste mais non subventionné. Quant à La Vincentina, qui n’a accès à aucun Marché de grossiste, elle se débrouille pour trouver de la farine, en général au prix public. L’objectif de la nouvelle politique de l’Etat est d’établir le prix du pain le plus juste possible et sans subvention. Ce prix serait aux alentours de celui aujourd’hui d’une organisation comme Sylvain, qui bénéfice déjà du prix juste de la matière première sur un marché de grossiste (planifié par l’Etat). Et effectivement comparé à la Bodega le prix du pain devra augmenter, non pas 10 mais 80 fois, rapport qui existe déjà entre les prix de la Bodega et ceux de Sylvain. Dans le même temps le boulanger privé Vincentina qui vend son pain 4 fois plus cher que Sylvain - et 320 fois plus cher que la Bodega - aura accès au marché de gros et pourra vendre son pain à un meilleur prix, entrant en compétition avec Sylvain. Il stimulera ainsi la concurrence avec l’Etat, ce qui aura des conséquences positives sur la qualité et la diversité des produits. C’est grâce à cette concurrence qu’apparaitra une véritable homogénéisation de l’économie et la fusion des blocs « marché privé et libéré » et « planification d’état ».

D'ores et déjà des impôts seront prélevés à tous les travailleurs, et il n’est pas exclu de voir petit à petit certaines participations directes. C’est déjà le cas dans les transports. Quant au pain, il est évident qu’il augmentera et ce sera la première participation active de la population à un marché non subventionné. Subsiste une question, celle de la proportion de cette participation active et les moyens développés par l’Etat pour intégrer la population à un marché non subventionné. En effet, si les salaires augmentent même 5 fois et le pain 80 fois, ces mesures seront-elles suffisantes ?

Quatrième mesure : fusionner les deux monnaies

Nous y voilà... Il paraît désormais clair que le problème n’est pas de fusionner les monnaies, mais bien de fusionner les économies. C’est à dire mettre à niveau l’économie planifiée d’Etat avec celle du Marché, existant à Cuba dans le secteur de la (pas si) Petite Distribution. Ceci se concrétise, entre autre, par l’utilisation d’un seul taux de change entre le marché extérieur qui traite en dollars et le marché intérieur qui traitera en pesos cubains (CUP).

L’exercice consiste donc à trouver le lien entre la valeur des marchandises en dollars hors de Cuba et celles équivalentes consommées à l’intérieur du pays. Précisément, personne ne peut répondre à cette question aujourd’hui. Car en général les valeurs se forment naturellement sur les marchés répondant au juste équilibre de l’offre et de la demande. A Cuba pour l’instant personne ne peut estimer correctement la demande, qui dépend des revenus qui n’existent pas encore. Tout est donc pure spéculation ou estimation théorique. L’Etat cubain propose de s’adonner à ce périlleux exercice et devra annoncer prochainement ce fameux taux, situé entre les deux taux de change existant actuellement, 1 et 24.

Le marché libéréLe marché libéré est un concept de l’Etat apparu lorsque le marché d’Etat planifié et subventionné a commencé à sentir les premières impossibilités de maintenir sa politique de subvention de la Bodega et autres services comme le transport. Est né alors une nouvelle tendance du Marché, géré par l’Etat, dans le bloc de la petite distribution, au côté et en concurrence du marché privé, le marché dit libéré.

Du jour au lendemain, littéralement, le CUC ou peso convertible disparaitra des boutiques, banques, distributeurs... pour laisser la place au CUP ou peso cubain. De la même manière les comptes en banque en CUC se convertiront en CUP. Durant un certain temps, 6 mois, un an, les mêmes boutiques et banques récupèreront les billets de CUC et les échangeront contre des CUP au taux actuel de 24. Personne n’y perdra.

Quant à ceux ayant des revenus des entreprises d’Etat, ils ne percevront aucun nouveau taux de change. Leur salaire sera dorénavant versé en CUP avec une valeur techniquement supérieur à l’actuelle, mais difficilement calculable. Le choc se fera à la fin des premiers mois, après être allé dans les boutiques, payer les transports, l’électricité et toutes les autres charges. On découvrira si, oui ou non, ce nouveau salaire permet de joindre les deux bouts. Ce sera le moment de vérité pour juger si le taux CUP/dollar aura été bien estimé, si le nouveau salaire aura été bien calculé et si les prix n’auront pas trop augmentés.

Ceux qui sentiront directement le nouveau taux dollar/CUP (entre 1 et 24) sont ceux justement qui utilisent le dollar et par voie de conséquence toutes devises étrangères. Combien faudra-t-il de dollars ou d’euros pour obtenir 1 ou 100 CUP ? Sachant qu’actuellement les prix sont estimés sur un change de 1 pour 24. Tous les changes inférieurs à 24 feront perdre de la valeur aux devises, donc à ceux qui n’ont pas de revenus en CUP. A Cuba ce sont essentiellement les étrangers, résidents ou touristes et les Cubains qui reçoivent des Remesas. Aujourd’hui un café qui vaut 1 dollar (1 CUC) et donc 24 CUP vaudra toujours 24 CUP, il n’augmentera pas... mais il faudra le double en dollar pour se l’offrir si par exemple, pure spéculation, le taux de change du CUP est fixé à 12 au lieu de 24 par rapport au dollar.

Pour l’Etat, ce nouveau taux de change sera un ballon d’oxygène pour la gestion des importations et celle plus générale des entreprises cubaines. Le change actuel de 1 pour 1, avait pour effet la sur-estimation du CUP et donc la sous-estimation des produits importés. Le (plus) juste prix de ces importations permettra une gestion davantage en rapport avec la gestion internationale et donc l’intégration aux Marchés. Si une tonne de farine vaut 10.000 dollars elle les vaut aussi bien sur les Marchés qu’à Cuba. Cet équilibre sera en partie rétabli grâce à l’application du change dollar/CUP, probablement plus proche de 24 du marché privé que du 1 actuel de l’économie d’Etat.

Ce qu’il faut retenir

En effet, le but de Cuba doit être d’insérer son Economie dans le monde, c’est à dire de faire correspondre la vie des Cubains dans le contexte mondial. Cuba dépendra toujours des importations et des exportations. Elle devra intensifier sa communication avec le reste du monde, ce qui l’obligera à parler la même langue, la même monnaie, la même économie. Pour cette raison la référence du taux de change de sa monnaie, son niveau de salaire, les prix de revient de ses produits devront être en harmonie avec ceux du reste du monde, du moins avec ceux de ses principaux partenaires.

Une boucherie à Alamar

En conclusion

Ce changement de monnaie et ce changement tout court fera probablement l’effet d’une onde de choc et viendra bouleverser durablement les habitudes des Cubains.

C’est le but, une mesure attendue par les observateurs depuis environ 20 ans. Les prix augmenteront, les salaires augmenteront, les entreprises privées naitront et pourront concurrencer les entreprises de l’Etat. On pourra vivre de son salaire et les petits trafics diminueront. Et même si de nombreux monopoles étatiques subsisteront, il est évident que l’Etat devra se retirer de la gestion de certaines activités créant de la valeur pour la Société. L’Etat devra se limiter à assister ces acteurs de l’économie par la mise à disposition des moyens pour le développement des entreprises, étatiques et privées.

Quelle belle théorie, quel plan merveilleux.

Les mesures à prendre pour le réaliser sont concrètes et prévues. Le gouvernement est enfin prêt à les exécuter. Seulement ce changement qui est un changement de Société appelle à d’autres capacités que celle de légiférer.

Le changement est culturel et comme tout changement culturel le temps qu’il demande est incompressible. On a beau obliger les gens, leur expliquer mille fois, ça ne rentrera dans les têtes que petit à petit. Sans compter tous les défis de formation que ces changements imposent.

Comment forme-t-on un gestionnaire d’entreprise, en combien de temps ? Quelles sont les méthodes pour stimuler les employés qui font semblant de travailler depuis 20 ans ? Quels sont les critères de qualité des produits à mettre sur le Marché et comment obtient-on cette qualité pour concurrencer les privés et entrer sur les marchés extérieurs ?

Autant de questions et bien d’autres qu’il faudra résoudre sur le tas. Ce sera long et difficile. Les Cubains n’en n’ont pas fini de ramer. On dit qu’il en ont vu d’autres. Probablement. Mais on leur souhaite tout de même que celle-ci soit la bonne. Que ce nouveau chemin, cette nouvelle organisation, leur permette de s’élever au niveau mondial, ou pour le moins régional. Surtout qu'ils puissent jouir d’un niveau de vie en correspondance avec l’effort qu’ils auront à fournir dans les prochaines années.


Cubanía

Cubanía s’efforce de retranscrire, que ce soit par l’image, le son, ou l’écrit, la vie quotidienne de La Havane et de Cuba à un public hétéroclite, curieux, intéressé, souvent non résidents. Toujours en dehors des grands débats politiques, économiques ou des thèmes couramment traités par les médias officiels, Cubanía souhaite au contraire faire témoigner les Cubains de tous les jours, la société dans son organisation actuelle, à travers des lieux, des traditions, des expressions culturelles parfois méconnues.

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