L’effondrement du tourisme à Cuba, les VRAIS chiffres
L'évolution du tourisme durant les 40 dernières années
Auteur:
Stéphane Ferrux-Bigueur
Date de publication / actualisation:
18 février 2026
Dans les 10 premiers jours de février 2026, une dizaine d'articles en français traitèrent de la crise du tourisme à Cuba, avec des angles variés : sanctions américaines, pénurie de carburant, impact sur les chaînes hôtelières, annulations de vols, etc. Des médias comme France Inter, France Info, L’Echo Touristique, Ouest-France, Le Devoir ou encore Radio-Canada reprennent en coeur les commentaires du moment.
Sources cubaines
ONEI (Office Nationale des Statistiques et de l’Information), est l’institution d’Etat chargée d’analyser les résultats du pays en tous genres, dont ceux du tourisme. Elle est relativement fiable, les cadres cubains adorent les chiffres. On peut affirmer : S’ils sont publiés c’est qu’ils sont vrais. Un résultat qui dérange, n’est simplement pas publié.
Sources fiables
Cuba n’est pas un modèle de liberté de la presse, le pays est même classé bon dernier en Amérique par Reporter sans Frontière. Les médias à Cuba sont cubains et dépendent tous directement du Conseil d'Etat, la plus haute instance du gouvernement. Seule une poignée d’agences étrangères ont le droit d’avoir une représentation officielle. Ce sont de grandes agences, certes privées mais avec la notoriété d'institutions. AFP (Agence France Presse) pour la France, Reuters pour l'Allemagne et AP (Associated Press) pour les Etats-Unis. L'Amérique latine est également représentée par quelques agences de presse reconnues. Ces privilégiés abordent avant tout des sujets généraux sur la société cubaine à l’attention de leur marché respectif. Mais ils sont aussi amenés à traiter les sujets économiques, culturels et politiques et donc de temps en temps, à parler de tourisme.
Sources dangereuses
Le reste des médias écrivent sur Cuba sans y être présent et sans même jamais y avoir mis les pieds. Au mieux ils reprennent les dépêches des agences officielles et écrivent en brodant autour ; au pire, ils copient ce que publient les confrères. L’autre technique pour écrire sur Cuba consiste à passer un coup de téléphone à une vague connaissance ou l’ami d’un ami sur place, et de raconter, en toute subjectivité et sans rien contrôler, l'avis d’une personne, généralisant ainsi la description de tout un pays.
En conséquence, les informations publiées sur le tourisme ne sont ni objectives ni exhaustives. On peut même lire de Vanguelis Panayotis, président de MKG, un cabinet de conseil spécialisé dans le tourisme, commentaire repris par France Inter :
“Si on regarde uniquement les clientèles françaises, on est à plus de 10 fois moins en termes de fréquentation”.
Comprendra qui pourra...
Chiffres officielles de la fréquentation touristique à Cuba, 2024 et 2025
Tourisme et tourisme
Cuba est depuis les années 90 focalisé sur le tourisme balnéaire. Grâce à ses 6000 km de plage, répartis sur des îlots et dans des espaces naturels protégés, sans population, il était bien commode pour Fidel Castro, de construire des espaces réservés aux touristes, ne venant ainsi aucunement pervertir l'œuvre de la Révolution. Particulièrement pour le marché français, ça ne s’est pas vraiment passé comme ça. Dès le départ du tourisme à Cuba dans les années 90 notre clientèle européenne a voulu connaître Cuba et les Cubains, se mélanger à la société, découvrir sa culture. Alors que pour les Canadiens, tous ces hôtels balnéaires tombaient à pic pour échapper aux durs hivers du nord américain. Il y a donc bien plusieurs formes de tourisme à Cuba, globalement celui des Européens en vadrouille, et celui des autres (Canadien, Russe…) à la plage.
Les opérations balnéaires des Tour-Operateurs ont diminué, c’est évident. Mais les nôtres, celles des Européens découvreurs de culture, avant tout de type individuel et petit groupe thématique, ne diminuent pas dans les mêmes proportions. Ceci est dû notamment à la haute qualification des prestations et de l’encadrement sur place. Pas un tourisme de luxe ni de masse, mais des voyages basés sur la découverte profonde du pays, tant naturelle que culturelle, et sur les rencontres avec les Cubains.
40 ans de tourisme à Cuba
Toutes les entrées à Cuba incluant les touristes, par pays, depuis 1985.
Voici la base de données originales, un tableau forcément difficile à lire, qu’il faut prendre le temps d'analyser avant de publier des gros titres...
Avec 22 millions de touristes en 40 ans, le Canada est loin devant, parmi les pays émetteurs de tourisme pour Cuba. Si on enlève les cubains résidents à l’étranger, les seconds, ceux qui dépassent la barre des 3 millions (soit 5 fois et demi moins que le Canada), sont dans l’ordre : l’Italie, l’Allemagne et les Etats-Unis.
La France, arrive 6eme au classement des pays visitant Cuba, avec 3,3 millions d’entrées.
Il est clair que de manière générale le tourisme à Cuba a fortement baissé. Mais ce n'est pas un "effondrement" soudain comme on l’annonce. Cuba ne s'est jamais remis du COVID. Les mauvais résultats datent donc de 2023 et la véritable chute de 2020. Quatre ans pendant lesquels le pays n’est pas parvenu à remonter la pente. Début 2026, la baisse du tourisme se poursuit.
Evolution du marché français pour Cuba depuis 2003
L'évolution des entrées à Cuba, venant du continent européen
Une conclusion, parmi tant d’autres : Plus qu’un effondrement en 2025, Cuba à surtout atteint un pic de fréquentation en 2018, rompant totalement avec son évolution moyenne en terme de tourisme. C’est l’effet Obama. Stimulée par la visite du président américain, les cubains ont vécu ce que pourrait être une ouverture de Cuba, c'est-à-dire la levée de l’embargo, démontrant que le marché naturel touristique de Cuba est définitivement le marché nord-américain.