Les Etats-Unis déplacent les Européens et les Canadiens, ils ouvrent ainsi la voie vers une reconstruction de Cuba.
Construction du Malecón de La Havane sous le mandat de Fulgencio Batista, 1950
Une position officielle généralisée
Les États d’Europe (sauf l'Espagne) et le Canada, soit la grande majorité des émetteurs de tourisme vers Cuba, déconseillent de visiter le pays. Cette position est due en grande partie à la campagne de désinformation lancée par les Etats-Unis envers Cuba. La réalité cubaine est loin de ces images catastrophiques relayées par l'ensemble des médias dans le monde.
L’industrie touristique suit sans broncher
Les lignes aériennes ont été suspendues les unes après les autres. Les compagnies canadiennes ont été les premières à plier bagages, bien que non concernées par le manque de kérosène. Les hôteliers, et le tourisme en général tributaires des vols vers Cuba, ont été obligés à leur tour de fermer, provisoirement soit disant.
Il n’y a pourtant aucune raison tangible, aucune insécurité et même aucune pénurie qui viennent entraver le bon fonctionnement du tourisme à Cuba. Le secteur, que ce soit privé ou public, est protégé. Il a accès à tous les moyens pour continuer ses opérations dans de bonnes conditions. A préciser que ce tourisme, première économie du pays, profite directement et indirectement à une grande partie de la population cubaine. Aujourd’hui les Cubains souffrent davantage du manque de tourisme que du manque d’essence ou d’électricité.
Mais qu’est-ce qui pousse les institutions d'État et l’industrie du tourisme à suivre la politique de Trump concernant Cuba ?
L’opinion publique retournée par Trump concernant Cuba ne justifie pas tout. Aucun message, aucun article, aucun reportage, ne viennent démentir la position américaine. Bien au contraire, l’ensemble des médias européens et canadiens relaient aveuglément les messages trumpistes. Ainsi l’ensemble des opinions sont émis par des gens hors de Cuba, ne s’intéressant que de loin au sort du pays. Cette opinion sans fondement suit, malgré un discours de rejet, les prises de positions farfelues de Trump quelles qu’elles soient.
Courons vers la porte de sortie, les Etats-Unis ont besoin de la place !
Si les Européens et les Canadiens, présents à Cuba depuis plus de 30 ans, participant à son économie et au développement de sa société, voulaient abandonner leurs positions, ils ne s’y prendraient pas de meilleure manière. Tout paraît être une décision voulue : “Courons vers la porte de sortie, les Etats-Unis ont besoin de la place !”.
Si les Européens cèdent aussi facilement, c’est peut-être que les Etats-Unis ont un plan ? Ce n’est pas le genre de Trump, mais pourquoi pas. Le problème cubain ne date pas d’hier, plus vieux que celui de l’Iran ou du Vénézuela. 60 ans qu’on réfléchit à une solution, et une première intervention a été réussie en guise de coup d’essai, avec le rapprochement opéré par le Président Obama. Il aura donné un avant goût des possibles négociations.
L'essai transformé de Obama
Pendant les deux années 2016 et 2017, de nombreuses conversations - et plus si affinité - ont été amorcées entre Étatsuniens et Cubains et ce, à tous les niveaux, privés comme étatiques.
C’est l’exemple d’une des plus grande chaîne hôtelière américaine, Starwood, qui a signé avec Habaguanex, aujourd’hui entreprise de GAE S.A. (d’origine militaire) un contrat avec une clause suspensive indiquant que dès que les possibilités politiques le permettraient, l’hôtelier américain prendrait le contrôle des hôtels du centre historique. Dans le domaine de la culture, un autre exemple de pré négociation : celui de cet américain qui nous expliquait très sérieusement que le but de sa prospection à Cuba était d’acheter les théâtres de La Havane ! Ces niveaux de négociation n’ont jamais été ni imaginés par les Européens ou par qui que ce soit. Les Américains entreront à Cuba avec une “autre dimension” concernant la prise de position dans les actifs cubains. Leur appétit sera féroce.
Pousse-toi de là que je m’y mette...
Et lorsqu'on prête attention à la réaction européenne, on a l’impression que le changement a déjà commencé avec un “pousse-toi de là que je m’y mette” des plus naturels, et des Européens qui ne cherchent même pas à se défendre. Pendant les années Obama, la France avait pourtant essayé de tenir une position, si non défensive, pour le moins compétitive : avec par exemple la négociation par le Président Hollande de l'agrandissement de l’aéroport de La Havane, projet abandonné depuis.
Même Miami marche sur les platebandes de l’Europe, et qui plus est à travers la culture, un domaine ô combien sensible pour le vieux continent. Alors que jusqu’alors les Cubains du nord, plus américains que les Etatsuniens eux-mêmes, étaient tournés vers la salsa, le reggaeton et le bling-bling en général, ils redécouvrent leurs racines culturelles à travers la musique traditionnelle jusque-là réservée au public européen. Les choses ont bien changé : Le Buena Vista Social Club avait dû abandonner sa tournée à Miami en 1998 sous la pression de la diaspora de l’époque.
Le gouvernement cubain, lui aussi, prépare le terrain
Et pendant ce temps, contre vent et marée, avec une indifférence déconcertante, le gouvernement cubain continue sa marche forcée vers la modernisation de son économie. Toutes sortes de lois sont adoptées pour faciliter l’investissement des Cubains eux-mêmes, qu’ils soient d’ici ou d’ailleurs, une chose inconcevable il y a seulement 10 ans. Et ça marche ! D’une certaine manière en tout cas, car il est bien difficile avec autant de contrainte : énergétique, économique, administrative… de créer une affaire à Cuba. Pourtant des jeunes s’y risquent. Ils sont travailleurs, ils en veulent, ils ont confiance en l’avenir de leur pays… beaucoup moins dans leur gouvernement actuel, par contre. Et c’est aussi cela la principale difficulté : faire avancer un pays dans lequel les citoyens et le gouvernement se regardent en chien de faillance.
Une ouverture qui profiterait à tous ?
Les Américains n’en ont bien sûr pas conscience : À cause de ce schisme entre la Cuba officielle et les Cubains, il se peut qu’ils gagnent, bien malgré eux, cette guerre économique. En effet, si les Etats-Unis parviennent à trouver un accord avec Cuba - et il suffirait pour cela de se concentrer seulement sur l'économie et ne pas aborder la politique - un apport massif de capitaux, non seulement déplacerait définitivement l’Europe et le Canada, mais surtout, profiterait directement aux Cubains, tout comme au gouvernement cubain. La création simultanée d’innombrables petites entreprises contrôlées par les citoyens eux-mêmes d’une part, et les grands investissements dans l’immobilier, le transport ou l’énergie par les investisseurs étasuniens d’autre part, permettraient de lever l’économie cubaine, mais aussi de motiver la participation des Cubains à leur société et ainsi, de les réconcilier avec leur pays. Il y a de la place pour tout le monde, le chantier est gigantesque, et dans ces conditions, même un gouvernement communiste pourrait avoir sa place, sous réserve d’une certaine modernisation.
Les Européens hors-jeu ?
Les Européens pourraient avoir leur carte à jouer dans cette opportunité économique que représentera bientôt Cuba. Et il y aura probablement certains investisseurs qui réussiront à s’imposer face au raz de marée américain. C’est notre cas : notre expérience et notre marché nous permettront de maintenir une position parmi les acteurs du tourisme. Il est néanmoins évident que la part du lion sera remportée par les Etats-Unis. Le manque d’intérêt de la part de l’Europe, conjugué à son attitude de vassal des Etats-Unis pour tout ce qui concerne Cuba, pourrait bien mettre le vieux continent en dehors des négociations stratégiques du pays.
Cubanía s’efforce de retranscrire, que ce soit par l’image, le son, ou l’écrit, la vie quotidienne de La Havane et de Cuba à un public hétéroclite, curieux, intéressé, souvent non résidents. Toujours en dehors des grands débats politiques, économiques ou des thèmes couramment traités par les médias officiels, Cubanía souhaite au contraire faire témoigner les Cubains de tous les jours, la société dans son organisation actuelle, à travers des lieux, des traditions, des expressions culturelles parfois méconnues.