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Préparer son voyage à Cuba par un bon livre

Quelques titres à lire pour mieux s'imprégner de Cuba

Auteur:
Bertrand Ferrux-Bigueur
-
7 février 2020

Cubanía

Cubanía s’efforce de retranscrire, que ce soit par l’image, le son, ou l’écrit, la vie quotidienne de La Havane et de Cuba à un public hétéroclite, curieux, intéressé, souvent non résidents. Toujours en dehors des grands débats politiques, économiques ou des thèmes couramment traités par les médias officiels, Cubanía souhaite au contraire faire témoigner les Cubains de tous les jours, la société dans son organisation actuelle, à travers des lieux, des traditions, des expressions culturelles parfois méconnues.

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Lire, c'est certainement voyager, dans l'histoire et dans le temps... Voyager, c'est aussi lire pour que ses découvertes soient les plus justes. Voici quelques conseils sur la littérature cubaine et les titres à lire si on envisage un voyage à Cuba.

L'écrivain Leonardo Padura, auteur de "L'homme qui aimait les chiens"

La préparation d’un voyage passe par la lecture des ouvrages qui s’y consacrent. La tâche est facile lorsque le pays répond à une vision consensuelle de ses visiteurs ou de ses connaisseurs... Pour Cuba, la difficulté est grande, tant le pays suscite des visions différentes, souvent opposées, même dans le cœur et l’écriture de ses auteurs, natifs ou non.

Alors que choisir ? On peut démarrer ces recherches en reprenant la citation de l’un des auteurs-phares à Cuba, Leonardo Padura, et ainsi y voir plus clair : « Cuba n’est ni l’enfer, ni le paradis, plutôt le purgatoire et c’est bien là qu’on trouve le plus de gens normaux .» 

Lire un roman « moyen » permettrait de vivre Cuba comme au purgatoire, dans la normalité. Pourtant, on découvre dès ses premiers pas sur l’île, qu'elle n'a rien de classique.

Padura, l'incontournable

Et justement, Padura, comme ses condisciples d'ailleurs, sait aussi bien écrire le paradis que l’enfer. Choisir d'emporter dans sa valise un des romans-policiers dont Mario Conde est le héros va sûrement aider à prendre « la température » de La Havane, pour la découvrir divine ou diabolique.

Cuba n’est ni l’enfer, ni le paradis, plutôt le purgatoire et c’est bien là qu’on trouve le plus de gens normaux.

Car l’écriture de Padura est avant tout libre et débridée... comme le protagoniste de sa tétralogie. Tous deux sont également viscéralement attachés à leur île en sachant parfaitement en dépeindre les points positifs comme négatifs, et par-là même, toutes les contradictions.

Des premiers romans jusqu'au dernier La transparence du Temps, les livres de Padura permettent avant même d’y avoir mis un pied, de s’imprégner de l’ambiance si particulière de La Havane. On y boit forcément du rhum, même mauvais, on rêve les petits matins mélancoliques d'arpenter les rues vides de la capitale, depuis le Malecón à Centro Habana jusqu'aux quartiers périphériques et d'en vivre les longues soirées bercées d'une musique parfois entêtante....

La contemporanéité cubaine racontée

Tous les auteurs contemporains ont tenté d’apporter une vision, leur vision de la Grande Île ou de sa capitale par des fictions plus ou moins libres, plus ou moins positives.

Karla Suárez raconte par exemple une épopée familiale dans Le fils du héros. Ernesto y témoigne et cherche à découvrir les raisons de la mort de son père en Angola. L'occasion de comprendre la situation particulière d'une petite île perdue dans les Caraïbes qui, des décennies durant, a envoyé ses enfants au secours du continent africain.

L'écrivaine Karla Suárez, auteure de "Fils du Héros"

Les femmes font l'honneur de cette littérature cubaine actuelle : Wendy Guerra, et son célèbre Tout le monde s'en va, écrit en 2006 et à la suite de la Période spéciale, parle de l'étouffement d'une petite fille partagée entre des parents aux idéologies contrastées. L'héroïne sera forcément remise dans le droit chemin par l'administration du pays, omniprésente. De cette simple histoire familiale, on plonge dans la grande histoire de Cuba, de la révolution à l'exil, si présent dans la vie cubaine.

On peut aussi proposer l'enfer dans la lecture et parler par exemple de Zoe Valdes, Cubaine d'origine mais depuis 25 ans Parisienne. L'auteure a choisi de dépeindre dans ses romans au succès reconnu, un Cuba sale et martyre dans Le néant quotidien ou La douleur du dollar... Est ce vraiment le bon choix ?

Pedro Juan Gutierrez fait lui-aussi un portrait peu séduisant de Cuba, et surtout de La Havane ! Pourtant, on se prête à sourire et parfois à rire des portraits sans fard de ses personnages. Sa Trilogie sale à La Havane est une vaste chronique au cœur de la capitale et au son de la salsa où sexe, pénurie, rhum et marché noir rythment le temps et apportent une vision quelque peu éloignée des cartes postales. Mais n'est ce pas aussi cela Cuba ?

On peut en citer d'autres, Cubains de Cuba ou de l'étranger, marqués du sceau de la Révolution ou condamnés pour toujours à l'exil. Reinaldo Arenas, Jacobo Machover, José Lezama Lima, Guillermo Cabrera Infante - La Havane pour un Infante défunt est l'un des 100 meilleurs romans en espagnol au XXe siècle selon El Mundo- ou encore Virgilio Piñera...  Tous, s'ils dépeignent tantôt l'enfer, tantôt le paradis réussissent à apporter une vision juste de leur pays, de ses habitudes et de ses spécificités.

Cette « génération de la Révolution » comme l'a qualifié l'essayiste Roberto Fernandez Retamar dans son Histoire de la littérature cubaine du XXème siècle mélange culture et Révolution, vie contemporaine et histoire. Le principal intérêt de toutes ces œuvres est d'en découvrir des visions contradictoires selon leur auteur.

Cuba, une histoire dans l'Histoire

Pour calmer les ardeurs, on peut revenir sur des ouvrages plus consensuels. Le vieil homme et la mer, conseillé par bon nombre d'explorateurs se déroule, certes à Cuba, mais n'apporte pas forcément de vision fructueuse à un voyage.

Alors, quittons Hemingway pour un Cubain de naissance, Alejo Carpentier, considéré à raison comme l'un des plus grands poètes en espagnol. Carpentier et Le siècle des Lumières, Chasse à l'homme ou Le royaume de ce monde dépeint soit son pays, soit toute l’Amérique latine. La force de ses mots emporte le lecteur dans le réel merveilleux ou l'histoire du continent, avec un réalisme et une poésie sans égal.

Le Réel Merveilleux d'Alejo CarpentierLe réel merveilleux est une notion littéraire développée et promue par l'écrivain cubain Alejo Carpentier, à partir de son livre Le royaume de ce monde, publié en 1949, livre sur la révolution haïtienne. Le réel merveilleux réfère à tout phénomène caribéen ou latino-américain qui pour son contexte historique, social et économique particulier, paraît surréel bien qu'il soit profondément réel. C’est l’essence de la vie quotidienne de cette partie du monde où le regard extérieur découvre des choses si incroyables, si "exotiques" qu’on pourrait les assimiler à des miracles. L’Amérique latine serait le site où la frontière entre la réalité et la fiction se rassemble. Le "réalisme magique" de García Marquez, qui surgit que quelques années aprés la notion de Carpentier, construit sur cette idée d'une réalité latino-américaine merveilleuse ou magique. Les deux concepts sont un prisme pour illustrer la réalité spécifique de ce continent.

Plus terre à terre, l'histoire de la Révolution qui a fait de Cuba ce qu'elle est aujourd'hui est aussi relatée par ses protagonistes : sans aller jusqu'à la lecture des Mémoires de Fidel Castro, publiées en 2 tomes Les chemins de la Victoire, puis La victoire de la liberté. On va trouver des dizaines d'ouvrages, plus ou moins romancés à propos de 1959 et de ses acteurs, avec comme principal héros, Che Guevara.

L'Argentin fait en effet fureur dans la littérature : de ses Carnets de voyages, à son statut de « légende du siècle » ou de « compagnon de la libération » en passant par son Voyage à motocyclette ou ses histoires de famille, Mon frère le Che, on trouve autant d'avis que d'auteurs, plus en moins réussis, en phase ou non avec la Révolution et les idéaux du héros.

Alors, quel livre emporter ? Peut-être qu'une bibliothèque ne suffirait pas. On peut aussi se contenter d'un simple guide à parcourir dans l'avion. Mais il importe d'oublier les classiques touristiques pour choisir un compagnon plus original : Nouvelles de Cuba, par 6 auteurs cubains, dont Padura et Wendy Guerra, est peut-être le concentré de nouvelles les plus justes. S'y mêlent l'histoire tumultueuse du pays à visiter, sa culture, son charme, ses codes et ses douleurs.

Wendy Guerra, auteure de "Tout le monde s'en va"

Les guides, amis du voyageur

De son côté, GEO publie Cuba, heureux qui comme... Othon Guerlac : le voyageur du début du XXe siècle dépeint son débarquement en 1902 à la Havane. On découvre un récit d'un autre temps, à l'aube de l'indépendance du pays et dont la lecture rappelle quelques traces de la vie cubaine contemporaine.

Enfin, le Dictionnaire insolite de Cuba par le Cubain William Navarrete explique de A à Z quelques particularités cubaines éloignées des lieux-communs touristiques. Une bonne occasion d'en apprendre plus en quelques lignes et de ne pas passer à côté de l'essentiel.

Lire, c'est certainement voyager, dans l'histoire et dans le temps... Voyager, c'est aussi lire pour que ses découvertes soient les plus justes. Voici chacun enrichi pour son circuit, dans les pages d'un bon roman ou sur les routes de la Grande Île.


Cubanía

Cubanía s’efforce de retranscrire, que ce soit par l’image, le son, ou l’écrit, la vie quotidienne de La Havane et de Cuba à un public hétéroclite, curieux, intéressé, souvent non résidents. Toujours en dehors des grands débats politiques, économiques ou des thèmes couramment traités par les médias officiels, Cubanía souhaite au contraire faire témoigner les Cubains de tous les jours, la société dans son organisation actuelle, à travers des lieux, des traditions, des expressions culturelles parfois méconnues.

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