Impacts pour les voyageurs et acteurs économiques privés
Auteur:
Stéphane Ferrux-Bigueur
Date de publication / actualisation:
7 février 2026
Désormais, Cuba applique un régime de pluralité monétaire, permettant l’utilisation légale de plusieurs monnaies sur son territoire. Cette décision marque l’abrogation de l’unification monétaire introduite en 2021. Le terme « dollarisation », utilisé dans ce contexte, ne se limite pas au dollar américain, mais englobe diverses devises étrangères autorisées. La Banque Centrale de Cuba est chargée d’identifier ces devises et de publier quotidiennement leur taux de change par rapport au peso cubain.
Cet articles tirent ces informations du service économique de l'ambassade de France à Cuba et de l’analyse des textes de la Gazette Officielle de Cuba par DH (docteur en droit français, spécialiste de Cuba).
Contexte et objectifs des réformes
En décembre 2025, Cuba a adopté trois normes juridiques majeures visant à corriger les distorsions économiques et à relancer l’économie nationale. Ces réformes concernent directement les acteurs économiques privés (travailleurs indépendants, micro-entreprises, coopératives, etc.), qui représentent désormais 30 % du PIB et emploient plus de 15 % de la population active. L’État cherche à intégrer ces acteurs dans l’économie formelle, tout en renforçant le contrôle fiscal et en facilitant l’accès aux devises pour stimuler la production et les échanges.
Légalisation et utilisation des devises
Depuis décembre 2025, Cuba a officialisé l’utilisation légale des devises étrangères — et non plus seulement le dollar américain — comme moyen de paiement sur son territoire, aux côtés du peso cubain. Cette mesure, qui légalise une pratique jusqu’alors informelle, marque un tournant pour les voyageurs et les acteurs économiques. Désormais, les travailleurs indépendants, micro-entreprises et coopératives peuvent ouvrir des comptes bancaires en devises, facilitant ainsi l’importation de matières premières, de technologies et le règlement des services internationaux. Les secteurs concernés incluent notamment la production exportable, les chaînes de valeur et certains services, offrant aux touristes et entrepreneurs étrangers la possibilité de régler directement certains biens et services en devises, simplifiant leurs transactions.
Toutefois, cette ouverture ne signifie pas la disparition du peso cubain, qui reste la monnaie nationale. Les acteurs économiques doivent déclarer leurs revenus en devises et en convertir 20 % en pesos cubains, conformément aux directives de la Banque Centrale de Cuba (BCC). Une mesure qui équilibre flexibilité et régulation, tout en renforçant l’attractivité de l’île pour les investisseurs et les visiteurs.
Réforme du taux de change à Cuba : vers un taux flottant pour dynamiser l’économie
Cuba a introduit un nouveau taux de change flottant, baptisé « Segment III », spécifiquement destiné aux acteurs économiques privés. Voir les taux officiels quotidiens. Ce mécanisme, conçu pour être plus attractif que l’ancien taux fixe, vise à stimuler les transactions légales et à réduire le recours au marché informel. Pour les voyageurs et les entreprises, cette réforme offre des avantages notables : les producteurs et exportateurs locaux bénéficient désormais d’un taux plus compétitif pour leurs opérations internationales, qu’il s’agisse d’importer des matières premières ou d’exporter des biens. Cela pourrait, à terme, renforcer la compétitivité des entreprises cubaines et faciliter les échanges avec l’étranger.
Cependant, cette mesure comporte un risque majeur : si le taux flottant ne s’avère pas suffisamment incitatif, les acteurs économiques pourraient persister à privilégier le marché informel, compromettant ainsi l’efficacité de la réforme et limitant son impact sur la formalisation des échanges. Une réussite qui dépendra donc de l’équilibre trouvé entre attractivité et stabilité.
Les taux de change à Cuba en 2026 - Commentaires
Depuis le 18 décembre 2025, Cuba a instauré un système de change segmenté pour tenter de stabiliser son économie et corriger les dysfonctionnements du marché. Trois segments coexistent : le Segment I (taux fixe de 1 USD = 24 CUP), réservé aux services publics essentiels (médicaments, carburants, électricité) pour éviter une hausse brutale des prix ; le Segment II (taux fixe de 1 USD = 120 CUP), destiné aux entités publiques et mixtes génératrices de devises pour les rendre plus compétitives ; et le Segment III, un taux de change flottant pour les acteurs privés et les particuliers, censé refléter l’offre et la demande. Cependant, ce dernier segment, bien que conçu pour attirer les acteurs vers le marché formel, peine à convaincre : dès son lancement, son taux (actuellement 1 USD = 432 CUP) est resté inférieur à celui du marché informel (environ 1 USD = 490 CUP), décourageant les Cubains de l’utiliser. Pour l’euro, l’écart est moins marqué (504 CUP pour 1 EUR sur le marché informel contre 530 CUP en taux flottant), en raison d’une demande moindre par rapport au dollar. Cette fragmentation monétaire, initialement présentée comme temporaire, risque de perpétuer les distorsions économiques et de maintenir l’attrait du marché informel.
Pour les voyageurs, changer ou pas ses euros à Cuba
La légalisation de la circulation des devises permet aux voyageurs de payer directement avec ces euros ou ses dollars sur tout le territoire cubain. Il est néanmoins conseillé de changer en pesos cubains une partie de son budget sur place surtout pour des séjours en province. Le peso restant la monnaie officielle, elle est par définition et obligation acceptée partout. Le taux de change entre devises et pesos devra être au plus proche de celui publié chaque jour par la Banque Centrale de Cuba. Il est conseillé de vérifier à chaque transaction le taux appliqué, car encore de nombreux établissements utilisent comme référence le taux du marché parallèle ou même un taux aléatoire fixé par eux-mêmes.
Renforcement du contrôle fiscal : vers une économie plus transparente
Pour moderniser son système fiscal et lutter contre la fraude, Cuba a mis en place des mesures strictes visant à renforcer le contrôle des acteurs économiques. Désormais, tous les professionnels — qu’ils soient indépendants, micro-entreprises ou coopératives — doivent obligatoirement mentionner leur Numéro d’Identification Fiscale (NIT) sur l’ensemble de leurs documents commerciaux, factures et contrats. Ce numéro unique permet à l’État de tracer les activités économiques et de garantir une meilleure transparence, tout en limitant les risques de fraude fiscale.
Par ailleurs, les acteurs autorisés à utiliser des devises étrangères sont tenus d’ouvrir un compte bancaire dédié, où tous les mouvements en devises doivent être systématiquement enregistrés. Cette obligation vise à renforcer la traçabilité des flux financiers et à réduire l’évasion fiscale, en alignant les pratiques sur des standards internationaux. Enfin, le non-respect de ces règles — qu’il s’agisse de l’omission du NIT, de la non-déclaration des revenus ou de l’utilisation non régulée des devises — expose les contrevenants à des sanctions sévères, allant d’amendes financières à la suspension temporaire ou définitive de leur activité.
Ces mesures, bien que contraignantes, s’inscrivent dans une volonté de structurer et sécuriser l’environnement économique cubain, tout en rassurant les partenaires étrangers et les investisseurs sur la fiabilité du système. Pour une agence comme Caraïbes Autrement, ces évolutions pourraient faciliter les collaborations avec des acteurs locaux tout en garantissant une meilleure conformité aux réglementations en vigueur.
Conséquences pour les voyageurs et entrepreneurs : une nouvelle ère de formalisation
Pour les voyageurs et les entrepreneurs collaborant avec des partenaires cubains, ces réformes fiscales impliquent des changements majeurs dans la manière d’opérer sur place. Désormais, les prestataires locaux — hôtels, guides touristiques, fournisseurs de services ou artisans — devront obligatoirement être enregistrés auprès des autorités et déclarer l’intégralité de leurs revenus. Si cette mesure devrait progressivement réduire les pratiques informelles, elle pourrait aussi entraîner une hausse des coûts pour les acteurs non conformes, qui devront s’adapter rapidement pour éviter les sanctions.
De leur côté, les voyageurs sont fortement encouragés à privilégier les prestataires officiels, non seulement pour se prémunir contre d’éventuelles arnaques, mais aussi pour éviter tout risque lié à l’économie informelle, comme des amendes ou des complications administratives. Pour les agences de tourisme étrangères installées localement, cela signifie une nécessité accrue de vérification des partenaires locaux, afin de garantir des collaborations transparentes et sécurisées, tout en offrant aux clients une expérience sans souci. Cette formalisation, bien que contraignante, pourrait à terme renforcer la confiance dans le secteur touristique cubain et favoriser des échanges plus stables et durables.
Opportunités et défis pour les acteurs économiques privés : un équilibre délicat
Les réformes monétaires et fiscales récentes à Cuba ouvrent des opportunités inédites pour les acteurs économiques privés, tout en posant des défis majeurs. D’abord, l’accès légal aux devises facilite grandement l’importation de biens et de technologies, un atout crucial pour le développement des activités touristiques et commerciales. Les entreprises locales peuvent désormais acquérir des équipements ou des matières premières sans recourir à des circuits informels, ce qui améliore leur productivité et leur compétitivité. Ensuite, la possibilité de vendre des biens et services en devises stimule l’exportation et encourage les producteurs à améliorer la qualité de leurs produits pour conquérir des marchés internationaux. Enfin, la légalisation des pratiques informelles offre une meilleure sécurité juridique aux entrepreneurs étrangers, qui peuvent désormais investir ou collaborer avec des partenaires cubains en toute transparence, réduisant ainsi les risques liés à l’économie parallèle.
Cependant, ces avancées s’accompagnent de défis significatifs. La complexité administrative est l’un des principaux obstacles : les petites structures, souvent peu familiarisées avec les démarches fiscales, doivent désormais gérer des comptes en pesos et en devises, tout en respectant des obligations déclaratives strictes. Par ailleurs, la coexistence de plusieurs monnaies et taux de change risque de créer des distorsions économiques, favorisant certains acteurs au détriment d’autres et générant des inégalités. Enfin, le renforcement des contrôles fiscaux et la menace de sanctions pourraient décourager les acteurs habitués à l’informel, surtout ceux qui peinent à s’adapter rapidement aux nouvelles règles.
Recommandations pour les voyageurs : naviguer sereinement dans le nouveau système cubain
Pour les voyageurs se rendant à Cuba, ces réformes nécessitent une adaptation des habitudes, mais offrent aussi l’opportunité de vivre une expérience plus transparente et sécurisée. Il est d’abord conseillé de privilégier les paiements en devises (euros, dollars, etc.) pour les transactions importantes, comme l’hébergement, les excursions ou l’achat de biens. Cela permet d’éviter les complications liées aux fluctuations du peso cubain et de bénéficier de taux plus avantageux. Ensuite, il est essentiel de vérifier la conformité des prestataires (guides, hôtels, entreprises locales) en s’assurant qu’ils sont enregistrés officiellement et déclarent leurs activités. Cette précaution limite les risques d’arnaques ou de problèmes administratifs, tout en soutenant une économie locale plus structurée.
Enfin, les voyageurs doivent se tenir informés des taux de change officiels, notamment du taux flottant (Segment III), qui peut varier. Consulter régulièrement les publications de la Banque Centrale de Cuba (BCC) avant toute transaction permet d’éviter les mauvaises surprises et d’optimiser ses dépenses. Pour les agences étrangères installées localement, ces recommandations sont cruciales pour garantir à leurs clients des séjours fluides et sécurisés, tout en contribuant à une économie cubaine plus transparente et durable. En adoptant ces bonnes pratiques, les voyageurs peuvent profiter pleinement de leur expérience, tout en soutenant une économie locale en pleine mutation.
En conclusion
Les réformes de décembre 2025 marquent une étape importante dans l’ouverture économique de Cuba, avec une volonté claire d’intégrer les acteurs privés dans le système formel. Pour les voyageurs, cela signifie plus de transparence et de facilité pour les paiements en devise, mais aussi une vigilance accrue sur la conformité des prestataires. Pour les entrepreneurs, ces changements offrent des opportunités de développement, à condition de maîtriser les nouvelles règles fiscales et monétaires.
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