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Festival MatamoroSon

Il faut le voir pour le croire

Auteur:
Julio César Jiménez Jardines
-
4 août 2020

Cubanía

Cubanía s’efforce de retranscrire, que ce soit par l’image, le son, ou l’écrit, la vie quotidienne de La Havane et de Cuba à un public hétéroclite, curieux, intéressé, souvent non résidents. Toujours en dehors des grands débats politiques, économiques ou des thèmes couramment traités par les médias officiels, Cubanía souhaite au contraire faire témoigner les Cubains de tous les jours, la société dans son organisation actuelle, à travers des lieux, des traditions, des expressions culturelles parfois méconnues.

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Il s'agit du seul Festival à Cuba dédié au son, genre musical classé patrimoine immatériel de la culture cubaine et l'un des plus connus de la musique traditionnelle. Il se déroule chaque année, en octobre, dans la ville de Santiago de Cuba.

Public majeur, surtout l'amateur de la musique traditionnelle cubaine. Pour écouter de la musique cubaine traditionnelle en direct, chanter et danser au rythme sensuel et cadencé du son cubain

Santiago de Cuba est la ville musicale par excellence. Berceau du son et de grands musiciens au génie créateur, tel Miguel Matamoros qui donnera son nom au festival, elle cherche à perpétuer le patrimoine musical cubain et à le faire connaître au monde, grâce aux festivals qu'elle organise. Se rendre au MatamoroSon, c’est une bonne occasion pour écouter de la musique en direct, chanter et danser au rythme sensuel et cadencé du son. Le Festival MatamoroSon est pensé pour tous les publics : artistes, danseurs, spécialistes de la musique cubaine, en particulier du son, et les visiteurs. Ils trouvent tous leur place dans cette fête cubaine. Son ambiance spontané stimule le rapprochement entre ces publics si variés et l'intérêt pour le son. Lorsque le festival est en marche, personne ne peut rester insensible à sa musique : tout le monde sort danser !

À Cuba, on parle toujours du caractère festif des habitants de Santiago de Cuba ; on dit que les Santiagueros, très chaleureux, ont du mal à adopter une attitude protocolaire. Que se passe-t-il alors lorsqu'ils préparent un festival ?

Santiago de Cuba berceau du son

Depuis plus de 30 ans, à la mi-octobre, les Santiagueros descendent leurs rues escarpées un peu plus vite que d’habitude, poussés par le son des trompettes qui sonnent lors des fêtes du Festival du Son : ils ont l'air pressés, dans leur hâte de célébrer et de danser au rythme du son.

C'est d'ailleurs lors d'une autre célébration que le son voit le jour. Sa naissance nous la devons à Nené Manfugás, devenu célèbre dans les fêtes du carnaval santiaguero de 1892 pour avoir interprété au tres - guitare à trois cordes - un rythme qu'il appelait son. Cela fit fureur dans la ville et, en 1912, avec la Guerre de Couleur, le genre s'exporte à La Havane. Il était interprété dans les bals organisés par les soldats de l’est du pays détachés à la capitale.

Depuis lors, Santiago de Cuba a apporté des noms importants à la longue liste des soneros cubains, et le son est devenu le symbole de cette ville. C'est pourquoi, c'est ici que se tient le Festival MatamoroSon, c’est à Santiago où l’on peut dire : « Cette dame c'est Macusa, pour laquelle Compay Segundo a chanté », ou « à la fin de cet escalier-là, il y a la maison de Matamoros ». Un lieu emplit de l'histoire du son donc.

Le MatomoroSon ou la volonté de protéger le patrimoine culturel cubain

Dans les années 1970, les Cubains et les Portoricains de New York ont appelé salsa leur façon d'interpréter les rythmes traditionnels de Cuba, un peu plus rapide et cosmopolite. Afin d'empêcher qu'ils ne fassent passer l'ancien genre insulaire pour un nouveau genre new-yorkais, le musicologue Danilo Orozco proposa de créer un Festival du son. Il le conçoit comme espace de réflexion et de présentation des artistes les plus remarquables de ce genre né sur l’île. Son intérêt déclaré, était de donner au son sa juste place. Il baptise le Festival d'un jeu de mots composé du nom du genre et de celui du prolifique musicien santiaguero Miguel Matamoros, célèbre pour ses plus de 190 œuvres musicales qui faisaient danser tout un chacun.

Grâce à l'appui du Centre provincial de la musique Miguel Matamoros et de l'Institut cubain de la musique, les organisateurs se sont mobilisés et la première édition du MatamoroSon a pu se dérouler en 1985. Dix ans plus tard, le Festival faisait déjà partie des rendez-vous incontournables de la ville et avait un caractère international. En 2012, il gagne en importance, lorsque le grand public apprend que le son avait été classé au patrimoine immatériel de la nation. 

Des espaces comme l'amphithéâtre Mariana Grajales, la Maison de la Trova, ou encore la Tarima (l’estrade) de Trocha et Calle 9 ont accueilli les concerts d'artistes populaires comme Pupy y Los Que Son Son, Los Van Van, Eliades Ochoa, La Original de Manzanillo, Los Karachi ou le Septeto Santiaguero, aux côtés des étrangers José Alberto El Canario, les Américains de Son Yuma et le groupe japonais, très apprécié, Makoto y Su Son. Cette affection récompense l'effort nippon pour prononcer correctement le R du castillan.

Un festival au-delà de la fête

Même si les danseurs pensent le contraire, le Festival MatamoroSon n'est pas seulement une fête et la théorie y a également sa place. Notamment lors du Colloque De Santiago « traigo un son », où des spécialistes et des chercheurs présentent des communications et des livres, inaugurent des expositions, débattent, et cherchent à établir la part de vérité dans les différentes légendes urbaines. Comme celle selon laquelle une petite fille aurait demandé à Miguel Matamoros, tandis que le trio se préparait à chanter au Café La Diana, rue Corona : « Monsieur, d'où sont les chanteurs ? », donnant ainsi naissance au son le plus populaire du trio mais également le plus célèbre de l'île.

En réunissant connaisseurs et amateurs, experts et débutants prometteurs, musiciens et historiens, le MatamoroSon devient une galerie de la Cuba profonde, une véritable opportunité pour le visiteur de découvrir la ville authentique, la santiaguera, celle qui danse et résout tout avec une rueda de casino. Le festival est fréquenté par d'inlassables danseurs, ceux qui s’amusent malgré le quotidien difficile, et les visiteurs récemment arrivés qui, séduits par la sensualité environnante, font quelques pas de danse parfois mal coordonnés mais ravis car, en définitive, personne ici ne regarde comment danse l'autre. Et tout le monde revient, parce que le guantanamero Elito Revé et Makoto, le Japonais, annoncent fièrement : « On se produit sur l’estrade de Trocha et Calle 9 ! ». C'est que, pour n'importe quel Cubain, se baigner, se parfumer et aller danser jusqu'au petit matin au son du Septeto Santiaguero : « Es la vida misma. » (« C'est la vie même »).

traducteur:

Leysa Buides Secada

Cubanía

Cubanía s’efforce de retranscrire, que ce soit par l’image, le son, ou l’écrit, la vie quotidienne de La Havane et de Cuba à un public hétéroclite, curieux, intéressé, souvent non résidents. Toujours en dehors des grands débats politiques, économiques ou des thèmes couramment traités par les médias officiels, Cubanía souhaite au contraire faire témoigner les Cubains de tous les jours, la société dans son organisation actuelle, à travers des lieux, des traditions, des expressions culturelles parfois méconnues.

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