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Manuel Mendive : un artiste cubain inclassable

Figure de proue de l'art afro-cubain

Auteur:
Indira Rosell Brown
-
4 février 2024

Cubanía

Cubanía s’efforce de retranscrire, que ce soit par l’image, le son, ou l’écrit, la vie quotidienne de La Havane et de Cuba à un public hétéroclite, curieux, intéressé, souvent non résidents. Toujours en dehors des grands débats politiques, économiques ou des thèmes couramment traités par les médias officiels, Cubanía souhaite au contraire faire témoigner les Cubains de tous les jours, la société dans son organisation actuelle, à travers des lieux, des traditions, des expressions culturelles parfois méconnues.

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Les critiques spécialistes de l'art ont classé Mendive parmi les artistes plasticiens contemporains les plus prestigieux à Cuba et au niveau international. Ses créations révèlent l'imagination prodigieuse d'un artiste qui médite sur la vie et la mort.

Manuel Mendive

L'œuvre de Manuel Mendive Hoyo, est pleine d'un mystère qu'il refuse de révéler afin que les spectateurs puissent le faire d'eux-mêmes. Elle nous plonge dans un univers où convergent créatures magiques et êtres humains entourés par la nature. Chez Mendive, il existe un mélange convaincant entre l’académisme et la force des racines. En plus d’être un peintre connu dans le monde entier, c’est sans doute le plus populaire à Cuba et celui qui mobilise le plus ses compatriotes.

El Mercado (2005)

L'intellectuel cubain Rogelio Martínez Furé a souligné qu'« il est difficile de ranger l'œuvre de Mendive dans une école ou une tendance... son inspiration trouve sa source dans d'anciennes racines nationales et sa figuration est dérivée de certaines peintures et sculptures qui constituent la dernière survivance, à Cuba, du grand art des peuples Yoruba et du royaume du Dahomey d’Afrique de l’Ouest. »

Une style de peinture unique

La religion Yoruba ou santería est présente dans la famille de Mendive, comme dans celle de nombreux Cubains. Cette tradition est le « pilier de son œuvre ». C'est pourquoi les légendes, divinités et symboles de cette foi apparaissent toujours dans ses créations, dans lesquelles il capture également les rêves d'un artiste qui médite constamment sur la vie et la mort. Le journaliste Israel Castellanos l'a défini comme un créateur d'un univers et d'un style très personnels… une sorte de démiurge figuratif qui, d'une certaine manière, a écouté les signaux laissés par ces deux grands jalons de l'art dit afro-cubain : Wifredo Lam (1902-1982) et Roberto Diago (1920-1955).

Los hijos del agua, conversando con un pez (2001)

Manuel Mendive honore la nature avec son travail. Elle s'intéresse à la couleur des fleurs, des oiseaux, toujours présents dans ses créations, aux racines des arbres et à leurs mystères. La terre est une grande source d'inspiration pour le plasticien cubain, qui se plaît à créer des forêts magiques habitées par des créatures zoomorphes et des humains.

Des figurations que le créateur capture selon différentes techniques et styles, sur des supports divers comme le bois, le fer, la toile, et même la peau humaine, si attractive pour Mendive. L'artiste a été l'un des premiers à Cuba à s'aventurer dans le Body Art. Des œuvres que le sculpteur et peintre a exposées sur les corps de danseurs qui, lors des représentations, bougent habituellement au rythme des danses afro-cubaines.

Une carrière précoce

Manuel Mendive est né dans le quartier de Luyanó, à La Havane, le vendredi 15 décembre 1944. Selon ce qu'il a déclaré à IPS, sa famille a eu une influence sur sa formation artistique. Sa mère jouait du piano et bien qu'il ne connaisse pas son grand-père espagnol, il a hérité de ses compétences pour la création plastique. De ses proches, il a également emprunté la religion Yoruba, ou santería, protagoniste de ses créations.

Cielo (1970)

Il connaît le succès dès son plus jeune âge. À seulement dix ans, Mendive remporte le premier prix du concours international de peinture pour enfants parrainé par la Société japonaise Morigana et l'UNESCO. Il gagne grâce à un dessin dans lequel il apparaît en train de regarder sa mère pendant qu'elle cuisine. Et pour concrétiser son rêve, il se forme à l'Académie nationale des beaux-arts de San Alejandro, qui lui décerne son diplôme de peinture et de sculpture en 1963. Des études décisives dans la formation de Mendive, comme il l'a reconnu à plusieurs reprises.

Selon l’artiste, « cette expérience lui a donné l’espoir de devenir un jour peintre »

Son intérêt pour les religions d'origine africaine l'a amené à étudier à l'Académie d'ethnologie et de folklore de l'Académie cubaine des sciences et, en outre, à se former en histoire de l'art à l'Université de La Havane. Les voyages de Mendive en Afrique ont également contribué, selon l'artiste, à nourrir son œuvre, si imprégnée de la tradition magique et religieuse de ce continent.

Un rayonnement international

L'univers magique de Mendive a captivé les amateurs d'art de tous les continents. Son travail a été exposé à la Mpapa Gallery à Lusaka en Zambie en 1982, à la XLIII Biennale de Venise en 1988 et à la Gary Nader Gallery Coral Gables aux États-Unis en 2005. Les principales collections de l'artiste plasticien cubain se trouvent au musée national des beaux-arts de La Havane, au musée Emilio Bacardí, à Santiago de Cuba, au musée d'Art Moderne de Paris, à centre Atlantique d'Art Moderne, à Las Palmas de Gran Canaria en Espagne et au centre John F. Kennedy à Washington aux États-Unis.

Spirit (2007)

Manuel Mendive a également été récompensé par des distinctions prestigieuses telles que le prix collectif Adam Montparnasse de la jeune peinture au XXIVe Salon de Mai de Paris, après seulement cinq années d'études à San Alejandro, et le Prix National au deuxième festival International de Cagnes Sur Mer en France en 1970.

Barco Negrero (1976)

En 1994, il est nommé Chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres de la République française et en 2001, il reçoit le Prix national des Arts Plastiques de la République de Cuba.

traducteur:

Elodie Vandenbossche

Cubanía

Cubanía s’efforce de retranscrire, que ce soit par l’image, le son, ou l’écrit, la vie quotidienne de La Havane et de Cuba à un public hétéroclite, curieux, intéressé, souvent non résidents. Toujours en dehors des grands débats politiques, économiques ou des thèmes couramment traités par les médias officiels, Cubanía souhaite au contraire faire témoigner les Cubains de tous les jours, la société dans son organisation actuelle, à travers des lieux, des traditions, des expressions culturelles parfois méconnues.

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