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Puentes Grandes : le quartier de la première bière cubaine

À la découverte des quartiers de La Havane

Auteur:
Bryan Campbell
-
23 janvier 2020

Cubanía

Cubanía s’efforce de retranscrire, que ce soit par l’image, le son, ou l’écrit, la vie quotidienne de La Havane et de Cuba à un public hétéroclite, curieux, intéressé, souvent non résidents. Toujours en dehors des grands débats politiques, économiques ou des thèmes couramment traités par les médias officiels, Cubanía souhaite au contraire faire témoigner les Cubains de tous les jours, la société dans son organisation actuelle, à travers des lieux, des traditions, des expressions culturelles parfois méconnues.

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Cubanía vous invite à explorer Puentes Grandes, le quartier autrefois industriel de La Havane, qui a donné vie à la première bière cubaine. Une occasion propice pour dépasser le cadre du centre-ville et découvrir, au passage, des histoires cachées par le temps.

L’histoire de La Havane est notamment sous-tendue par l’imagination et l’ingéniosité collectives. Le code d’accès à l’identité locale comprend des aspirations, craintes et rumeurs constamment enrichis. Puentes Grandes est en l’occurrence un de ces endroits qui a vu le jour grâce à la volonté de la ville de se développer. Au long de la rivière Almendares, ancien coeur industriel de La Havane, ce quartier était au tournant du XXe siècle le territoire de la première brasserie cubaine, La Tropical, et de tout son empire. Aujourd'hui oublié, caractérisé par les ruines d'une époque de splendeur industrielle et de loisir, Puentes Grandes est un exemple du désir de fonder, de l’essence caractéristique des Havanais, ainsi que de la frustration provoquée par l’œuvre abandonnée ou inachevée.

Cette invitation à explorer le passé et le présent de Puentes Grandes constitue une occasion propice pour dépasser le cadre du centre-ville, découvrir certaines des sources de croissance du territoire et repérer, au passage, des histoires cachées par le temps.

Río Almendares, débuts et progrès

Ce fleuve, qui n’est ni le plus large ni celui à plus fort débit de Cuba, a été cependant une amulette pour les habitants de La Havane, une  sorte de touche divine susceptible de frayer la voie à la vie. Depuis sa naissance, la ville a apprécié les potentialités du fleuve en tant qu’axe essentiel de son progrès.

Ce qui n’était au début qu’un hameau, né autour de l’un des premiers moulins à sucre situés aux alentours de La Havane au XVIe siècle, a tiré son nom des deux ponts franchissant le fleuve qui faciliterait son développement. Et la vie a suivi son cours pendant les XVIIe et XVIIIe siècles. En dépit de certaines périodes de stagnation, provoquées notamment par des catastrophes naturelles, l’agglomération s’est étendue jusqu’au quartier appelé Mordazo, tout près de celui du Cerro, toujours à proximité du fleuve.

L'usine de bière de Puentes Grandes

Vers la moitié du XVIIIe siècle, une tempête détruit les ponts en bois, connus à l’époque sous le nom de Ponts de la Chorrera, praticables seulement pour les personnes et les voitures. Le capitaine général de l’île fait reconstruire par la suite des ouvrages. Nonobstant, la nature s’acharne quelques années plus tard après la zone. À cette occasion-là, une crue endommage la structure des ponts.

Le quartier s’est relevé à plusieurs reprises, faisant toujours preuve d’un nouvel élan. La zone naissante a attiré l’attention de familles qui y construisaient souvent leurs maisons d’été pour profiter des eaux pures du fleuve. Les avantages qu’offrait l’industrie sucrière, de pair avec la présence marquée de l’église, ont permis à Puentes Grandes de rester à flot, pendant qu’il se préparait pour accomplir sa destinée en tant que zone industrielle et espace d’innovation de la capitale. Le pont définitif a été bâti vers 1827, ce qui a garanti la circulation dans un quartier qui est devenu le noyau d’une zone accueillant des centaines d’habitants et de bâtiments.

Creuset d’innovation et de créativité

L’intérêt éveillé par Puentes Grandes, de par ses potentialités économiques, ouvre la voie à l’expérimentation liée à l’exploitation des ressources. Des scies hydrauliques ont été installées, des carrières ont été exploitées et des usines diverses ont été construites.

Mais l’image de Puentes Grandes en tant qu’espace de création commence à se dessiner avec la fabrication au XIXe siècle de La Tropical, première bière cubaine. Jusqu’à ce moment-là, l’histoire de cette boisson dans l’île avait toujours eu des hauts et des bas complexes, dès l’introduction en contrebande au XVIe siècle jusqu’à la présence de plus de 130 marques vers la moitié du XVIIIe siècle. Après deux tentatives manquées, à la Vielle Havane et à Cárdenas, Puentes Grandes est devenu le berceau de l’industrie cubaine de la bière.

La société La Tropical, qui produisait au début un produit de basse qualité, a réussi à fabriquer par la suite une bière qui a remporté le grand prix lors des expositions internationales de Londres (1896), Bruxelles (1897) et Paris (1912), et ce dans la brasserie basée à Puentes Grandes. Les produits de la société faisaient à l’époque concurrence à ceux de la famille Bacardí qui, en plus de produire du rhum, a introduit des marques de bière qui ont acquis un grand renom sur le marché national.

Le lien entre la société et le quartier s’est renforcé suite à la décision de la première d’offrir comme cadeau à la communauté, dans le cadre de sa stratégie commerciale, la construction de diverses installations, dont Los Jardines de la Tropical, qui constituent peut-être le cadeau le plus précieux et la fierté des habitants du quartier.

La conception de ce parc, principal point de repère du paysagisme à Cuba, a eu une forte incidence aussi bien sur l’entreprise que sur la société industrielle cubaine au XXe siècle. Los Jardines sont devenus l’un des espaces de récréation les plus importants de La Havane à l’époque de la république néocoloniale.

La société a aussi construit le stade La Tropical, rebaptisé de nos jours Pedro Marrero, siège de différents tournois internationaux. Les sports ont toujours joué un rôle de premier ordre dans l’histoire de Puentes Grandes. Nombre des premières compétitions officielles de football à Cuba ont eu lieu dans la zone. Tout porte à croire que la première équipe féminine de cette discipline est formée notamment de femmes du quartier.

Puentes Grandes est peut-être le seul endroit de Cuba où la passion pour le football n’a pu être surmontée par aucun autre sport. Les habitants actuels sont largement attirés par ce sport, à tel point que les rues sont pratiquement vides lorsqu’un match est transmis à la télé ou lorsque le stade La Polar accueille une importante compétition nationale ou internationale. Ce stade a été construit par une autre brasserie qui a atteint un renom national à Puentes Grandes. Selon le slogan de cette compagnie, Polar est la bière du peuple et le peuple ne se trompe jamais. Y a-t-il par hasard un meilleur endroit que Puentes Grandes pour offrir au peuple cubain une autre bière de haute qualité ?

Tout au long de son histoire, Puentes Grandes a été considéré comme un quartier pionnier. Les dizaines d’usines y installées approvisionnaient la ville en papier et en huile. La transformation de cet espace et les traits distinctifs d’une histoire unique à La Havane en font de Puentes Grandes l’un de ces sites perdus qu’il faudrait valoriser afin d’offrir à la ville des opportunités de développement uniques.

En dépit de son passé brillant, les rues du quartier font penser à un présent incertain et arrêté dans le temps. Or, la présence du fleuve Almendares et les ponts qui le traversent, et dont le quartier tire son nom, font penser à une éventuelle rénovation.

traducteur:

Fernández & Reyes

Cubanía

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